De laudibus virginum, éd. Migne, p. 241 d, 242 b
LA IlOSR AU MOYEN AGE.
son nom latin, pénétrer bientôt chez toutes les nations germaniques.
Les ordres religieux contribuèrent pour une large part à cette diffusion de la rose. Au milieu des ruines dont l’invasion des Barbares couvrit le sol de l’Empire, le clergé recueillit les débris de la civilisation antique, et les monastères, qui s’élevèrent peu à peu dans toute l’Europe chrétienne, lui servirent d’asile et de refuge. Construits le plus souvent dans des sites, qui témoignaient, chez leurs fondateurs, d’un véritable sentiment des beautés de la nature1 2, on y trouvait toujours, à côté de spacieux bâtiments, un jardin destiné aux besoins du couvent*: s’il renfermait avant tout des légumes, qui servaient à la nourriture des cénobites, des arbres qui leur donnaient des fruits et de l’ombre, avec des herbes aromatiques ou médicinales cultivées pour les remèdes qu elles fournissaient, on y trouvait aussi quelques fleurs destinées — l’expression est d’Albert le Grand3 — au plaisir des yeux et de l’odorat, ainsi qu’a parer les autels aux jours de fêtes; comment parmi celles-ci aurait-on oublié le lis et la rose, que leur signification symbolique associait si naturellement au culte? C’est ainsi que ces fleurs, d’origine orientale, pénétrèrent, au moyen âge, dans tout
1. Ferdinand Cohn, Die Geschichte der Gârten. Berlin, 1856, in-18, p. 36.
2. Charles Blanc. Grammaire des arts du dessin. Paris. 1867, in-8, liv. I, chap. xxvi, p. 328.
3. « Oh delectationora visus et odoratus ». Ai.berti Mac. xi.
De vegetabilibus , lih. VII, tract. I. cap. 14, 119.
CULTURE DE LA ROSE EN OCCIDENT
l’ouest et le nord, comme à l’époque romaine, elles avaient pénétré dans le sud de l’Europe ; déjà au temps d’Aldhclm elles paraissent avoir été connues en Angleterre. Elles le seront bientôt aussi en Allemagne.
Du jardin des monastères la rose et le lis ne tardèrent pas à pénétrer dans celui des burgs et des châteaux des grands. Dans leur admiration pour la civilisation romaine, les rois mérovingiens ne pouvaient manquer d’en imiter le luxe; celui des jardins ne leur fut pas étranger. Fortunat a chanté le jardin de la reine Eltrogothe, veuve de Childebert, « où l’air, dit-il1, est embaumé du parfum des roses du Paradis ». Les soucis de la guerre et le soin de leur grandeur laissèrent peu de loisirs aux premiers Carolingiens pour s’intéresser à la culture des jardins ; mais bientôt les choses changèrent.
Charlemagne, qui, dans ses expéditions en Italie, avait puisé le goût des constructions somptueuses, y puisa aussi, il semble, celui des jardins ; ils embellirent, dit-on 2, sa résidence d’Aix-la-Chapelle ; toutes