Lilia cum rosulis candida mixla rubris
Carm., 23. ( Poetae Lat. medii aevi, éd. Ern. Dümmler. Berlin, 1881, in-8, vol. I, p. 243.)
2. Beneficiorum fiscorumque regaliurn dcscribendorum formulae, ap. Pertz, Monumenia Germaniae hislorica, legum tomus I, p. 180.
3. « Hortulus ad Grimaldum. » Migne, Patrol., vol. CXIV, n° 24, p. 1123.
4. Schleiden, Die Rose, p. 199. «Walafridus Strabus hat nur (!) das Wort « Rose » und macht dazu aus den Yersen der Alten einige neue Verse. » Est-ce dans « les vers des Anciens » que Walafrid a trouvé l’éloge de la Vierge et du Christ? On serait tenté de croire que Schleiden n ’a pas lu Y Hortulus qu’il traite avec tant de dédain. Biese (Die Entwickelung des Naturgefuhls irn Mitlelalter , Altona, 1888, in-8, p. 81), qui l’a lu, n’a pas hésité à reconnaître ce qu’il y a de personnel et d’original dans les descriptions de ce petit poème.
LA Itosn AU MOYEN AGE.
de la Genèse en vieil allemand, faite au xe siècle1 2 3, place, avant tout autres plantes, avec le lis, dans le Paradis terrestre, dont il a fait un jardin semblable à ceux qu’on voyait dans tous les couvents de l’époque.
L’éloge que Macer Floridus fait de la rose, dans son traité des « Vertus des simples » *; ce qu’il dit de ses propriétés curatives ne peut s’appliquer aussi qu’à l’espèce cultivée. Il en est de même de la rose, dont l’abbesse de Saint-Rupert près Bingen, Ilildegarde, a décrit au xn° siècle, dans son livre Des Plantes a, les propriétés médicinales. Ilildegarde ne parle pas par oui-dire, mais en connaissance de cause ; c’est la religieuse habituée à préparer des remèdes qu’on entend ici ; on ne peut mettre en doute dès lors qu’elle n’ait réellement connu, sinon même cultivé, les roses dont elle indique l’emploi et les vertus4 ; et cette circonstance qu’elle traite aussitôt après des propriétés du lis montre encore que dans la première de ces deux plantes, il ne peut
1. E.-G. Graff, Diutiska. Denkmàler deutschev Sprache und Literatur. Stuttgart, 1829, in-8, vol. III, p. 48.
2. De herbarum viribus, cap. xxi. Parisiis, 1506, in-18, c. 3. Bibl. Méjanes, C. 1953.
3. Liber subtilitatum diversavum naturarum crealurarum et sic de aliis quammultis bonis. Pliysica. Lib. I. De plantis, cap. 22. (Migne, Patrol., vol. GXCVII, p. 1139.)
4. On devine que ce n'est pas là la manière de voir de Schleiden ; pour lui Ilildegarde n’a pas vu les plantes dont elle parle, et elle n'a fait que copier dans d’autres ouvrages des mots qu elle ne comprend pas. Il est impossible de pousser plus loin le parti pris. Cf. Die Rose, p. 220, note 246.
CULTURE DE LA ROSE EN OCCIDENT
être question pour la pieuse et docte abbesse que de la rose à cent feuilles, inséparable depuis si longtemps du lis dans la culture des jardins, comme dans la poésie.
Tous les auteurs du moyen âge, qui se sont occupés d’horticulture, ont parlé de ces deux fleurs. Dans l’énumération que l’un des plus anciens, Alexandre Neckam, a faite1 des plantes que devait, suivant lui, renfermer un jardin plus idéal, il est vrai, que réel, et que Thomas Wright 2 a eu le tort de regarder comme le modèle d’un verger anglais au xne siècle, — on y voit des arbres tels que le citronnier et le dattier, qui n’ont jamais pu être cultivés dans un parterre de la Grande-Bretagne, — le religieux anglais a, lui aussi, mis au premier rang des rares fleurs qu’il connaissait, les roses et les lis, auxquels il a joint la violette 3 et, chose singulière, la fabuleuse mandragore, ainsi que la pivoine qu’il paraît ranger parmi les herbes aromatiques.
1. Hortus ornari débet hinc rosis et liliis, solsequio, violis et mandragoris, inde petroselino, et costo, et maralro, et abrotano, et
coriandro, salvia, et satureia, hysopo, monta, ruta, dilaemo,
pionia. » De naturis rerum , etc., edited by Thomas Wright. London, 1863, in-8, lib. II, cap. 166, p. 274. ( Rerum Britannicarum medii aevi scriptores , vol. XXXIY.)
2. A liistory of domestic manners and sentiments in England during tlie middle âges. London, 1862, in-8, p. 297.
3. Au lieu de violis , Th. Wright avait lu d’abord molis, mot qui n'existe pas plus que ovlulano, qui n’est que 1 adjectif qualificatif de nasturtio (du cresson de jardin), mais dont il a fait, par une singulière inadvertance, un nom de plante.
LA «OSE AU MOYEN AGE
Jean de Garlandc1, au siècle suivant, avait aussi, dans son jardin, qui semble avoir été celui d’un bourgeois de Paris, à cette époque, des roses et des lis, ainsi que des violettes. C’étaient là les principales et. presque les seules fleurs d’agrément cultivées de son temps. Albert le Grand n’en mentionne guère davantage. On ne s’occupait à peu près alors que de la culture des plantes aromatiques et potagères avec celle de quelques arbres fruitiers. Alexandre Neckam en a donné une liste assez longue, Albert le Grand a suivi son exemple ; mais il a fait plus ; il nous a laissé une description précieuse — je pourrais dire scientifique — du jardin, tel qu’on le comprenait et qu’il existait alors2.
L’horticulture avait fait bien des progrès depuis les premiers siècles du moyen âge ; les expéditions en Orient avaient révélé l’existence d’espèces végétales, jusque-là inconnues dans l’Occident, et dont quelques-unes y furent importées ; Thibault IV, comte de Champagne, en particulier, rapporta, diton3, de Syrie la rose de Provins cultivée jusqu’en ces
1. Dictionarium , n° LXXIII, ap. Géraud, Paris sous Philippe le Bel. Paris, 1837, in-8, p. 609.
2. De vegetabilibus libri VII, historiae naturalis pars XVIII. Edilionem criticam ab Ernesto Meyero coeplam absolvit Carolus Jessen. Berolini, 1867, in-8, p. 636-38, lib. VII, tract. I, cap. 14.
3. « Il alla au secours des chrétiens... et rapporta de la Terre- Sainte la fameuse rose rouge dont nous voyons l’espèce se perfectionner à Provins. » Félix Bourquelot, Histoire de Provins. Provins, 1839-40, in-8, p. 179. « Le plant en a été apporté de la
CULTURE DK LA KOSR E^ OCCIDENT.
dernières années dans cette ville et aux environs. Ce ne fut pas là sans doute un fait isolé. Le sentiment croissant de la nature dont témoignent les œuvres des poètes contemporains, comme le bien-être grandissant, ne pouvaient que développer le goût des jardins. Chaque demeure seigneuriale 1 et, bientôt, chaque habitation bourgeoise en possédèrent un, comme chaque monastère. C’est dans le « verger » féodal que se déroulent le plus souvent les scènes héroïques ou gracieuses décrites par les poètes. Les assemblées les plus graves s’y tenaient, comme les réunions les plus gaies et les plus joyeuses. Le jardin occupait dans la vie tout entière une place trop grande pour que les écrivains du moyen âge n’aient point songé à le faire connaître. Albert le Grand n’y a pas manqué.
Le savant allemand a consacré un chapitre de son traité des végétaux à la « plantation du verger 2. »
Syrie par Thibaut VI et ce n’est qu’à Provins que ces fleurs ont conservé la belle couleur pourpre et le parfum qui leur sont propres, ainsi que toutes les propriétés médicinales. » Christ. Opoix, Histoire et description de Provins , 2e édit., 1846, in-8, p. 388. Malheureusement Opoix ne cite aucun document, ce qui eût bien mieux valu que de chercher à identifier la rose do Provins avec les « roses milésiennes » de Pline, ou ce qui est encore plus étrange, avec les prétendues « roses de Saron » du Cantique des Cantiques.
1. « Der Garten fehlte an keiner Burg. » Alvin Schultz, Das hôfische Leben zur Zeit der Minnesinger. Leipzig, 2e éd., 1888, vol. I, p. 43.
2. Lib. VII. tract. I, cap. 14, par. 119-125, « De plantatione viridariorum. »
Jouet. La Rose.
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LA H08K AU MOYHH A«K.
Il comprendra d'abord, dit-il, un gazon d’une herbe line, soigneusement sarclé et foulé aux pieds, vrai tapis de verdure, dont rien ne doit dépasser l’uniforme surface \ A l’une de ses extrémités, du côté du midi, se dresseront des arbres : poiriers, pommiers, grenadiers, lauriers, cyprès et autres de ce genre, où s’enlaceront des vignes, dont le feuillage protégera en quelque sorte le gazon et fournira une ombre agréable et fraîche 1 2. Derrière le gazon, on plantera en quantité des herbes aromatiques et médicinales, par exemple la rue, la sauge, le basilic, dont le parfum viendra réjouir l’odorat, puis des fleurs, telles que la violette, l’ancolie, le lis, la rose, l’iris et d’autres semblables3 4, qui par leur diversité charment la vue et excitent l’admiration*. Enfin, à l’extrémité du gazon, dans l’espace réservé auxfleurs,
1. « Gaespite macro subtilis graminis totus locus impleatur... et conculcentur gramina a pedibus in terrain, donec... vix aliquid de ipsis possit considerari ; tune enim paulatim erumpent capillariter et superliciem ad modum panni viridis operient. » 120.
2. « In caespite etiam contra viani solis plantandae sunt arbores aut vîtes ducendae, ex quarum frondibus quasi protectus caespis umbram babeat delectabilem et refrigerentem... piri et mali et mala punica et lauri et cypressi et hujusmodi. » 122.
3. « Per quadratum aromaticae lierbae, sicut ruta et salua et basilicon plantentur, et similiter omnis generis flores, sicut viola, aquilea, lilium, rosa, gladiolus et bis similia. »
4. « Post caespitem sit magna herbarum medicinalium et aromaticarum diversitas, ut non tantummodo delcctet ex odore secundum olfactum, sed et flores diversitate rcficiant visum, et ipsa multimoda sui diversitate in admirationcm trahant se aspicientes. » 123.
CULTURE l)H LA ROSE EN OCCIDENT.
Albert le Grand recommandait de relever le terrain de manière à y former un siège verdoyant et « fleuri », où l’on pourrait venir s’asseoir et se reposer doucement l’esprit
Tel était, d’après le célèbre dominicain, le verger ou jardin d’agrément du moyen âge. Qu’on le restreigne à l’espace planté d’herbes aromatiques et de fleurs, en y joignant quelques légumes, oignons, poireaux, ail, bettes, melons, concombres et autres1 2 3, et l’on aura le jardin d’un bourgeois du xin° siècle, comme celui de Jean de Garlande, comme l’était encore à peu près, à la fin du siècle suivant, celui de l’auteur du Mènagier de Paris ' — lequel, outre les quelques fleurs déjà mentionnées, cultivait aussi la lavande et la giroflée, plantes inconnues avant lui, mais qu’on trouve désormais dans tous les jardins. Qu’on agrandisse, au contraire, ce verger, qu’une fausse poterne y conduise de la demeure seigneuriale4, qu’on l’entoure d’une enceinte de murs, qu’un parc peuplé de fauves et où retentit léchant des oiseaux, s’y joigne
1 . « Inter quas herbas et caespitcm in extremitate caespitis per quadratum elevatior sit caespis llorens et amoenus et quasi per medium sedilium aptatus, cum quo rcfîciendi suntsensus et homines insideant ad dclectabiliter quiescendum. » 121.