I.A ItOSE AU MOYEN AUE
remarquait1 qu’il était « fait comme celui du bédégar, seulement qu’il était plus arrondi ».
Le savant encyclopédiste avait insisté déjà, dans sa description du bédégar, sur la ressemblance de cet arbrisseau et du rosier.
« Ses feuilles, remarque-t-il 2, ainsi que la fleur et le fruit ressemblent à ceux du rosier, mais la fleur est plus petite. »
Et il ajoute a :
Les feuilles exhalent, surtout au printemps et quand elles sont fraîches, une odeur vineuse.
Ce dernier caractère ne permet pas de se méprendre sur la nature du bédégar ; par ce nom Albert le Grand désigne évidemment le rosier odorant ou rouillé — la R. rubiginosa de Linné, la Weinrose des Allemands, la sweet briar des Anglais, — arbuste auquel, par une* confusion étrange, il a attribué le mot arabe, qui désigne, nous l’avons vu, l’espèce de galle produite sur l’églantier par la piqûre d’un ichneumon, le Cynips rosae.
Il n’est pas plus difficile d’identifier l’espèce de rosier sauvage auquel Albert a assez singulièrement
1. « Cum perficitur pomum eius, est sicut pomum bedegar, nisi quod est rotundius illo. » Cap. xxxii, 213.
2. «In foliis similis estrosario etsimiliter in flore et fructu, nisi quod flos cjus parvae est latiludinis. » Lib. A I, cap. xi, -i2. p. o5S.
3. « In foliis praetendit quasi odorcm vini et maxime in vere. quando recentia sunt folia. »
CULTURE D1Ï LA llOSE EN OCCIDENT.
donné le nom de tribulus, mot qui sert d’ordinaire à désigner la macre ou châtaigne d’eau.
C'est, dit-il *, une autre espèce d'épine, plus robuste que le bédégar, mais qui lui ressemble par la forme de ses feuilles et de ses épines ; sa fleur aussi est plus grande. Quant à son fruit il est plus allongé que celui du bédégar ou de la rose. Mais sous le rapport de la couleur et des graines, les fruits de la rose, du bédégar et du tribulus — pourquoi n’a-t-il pas ajouté de la rose champêtre? — sont entièrement semblables.
Albert, tout en disant, erreur assez peu explicable, que le tribulus n’est pas vraiment de la nature de la rose, ajoute néanmoins qu’on lui donne parfois le nom de rose sauvage \ On se serait attendu h ce qu'il eût dit « rose de chien », — Rosa ccmina, ■ — car c’est évidemment de cette espèce si commune qu’il s’agit ici.
Malgré ce qu’il y a d’incomplet et d’inexact dans les descriptions d’Albert le Grand, elles témoignent, le fait est incontestable, d’une observation personnelle de la nature. C’est un spectacle curieux de voir le dominicain du xme siècle, devançant les
1. « Est aliud genus spinae, quod quidam vocant tribulum, quod est maioris ligni quam bedegar, sed in foliis et spinis est isti simile ; et flos eius latior est quam flos istius... Pomum autem iliius est longius quam pomum bedegar vel rosae. Sed in colore et granis sunt similia pomum rosae et bedegar et tribuli. » Cap. ix,
2. « Hoc quidam vocant rosam silvestrem, sed non est vere de natura rosae. » Cap. ix, 43.