Edm. Boissier, Flora orientalis, vol. II, p
2. S il fallait en croire Sprengel, qui a donné en 1829- iO une
ESl’ÈCES DE ROSES CONNUES DES ANCIENS.
connaissons des roses cultivées par les Grecs se réduit donc à ce que nous apprend Théophraste, et cela est trop peu pour que nous puissions en rien conclure. Le naturaliste grec a sans doute connu plusieurs races de roses cultivées, il a même signalé entre elles des différences, mais rien n’indique qu’il ne les ait pas toutes rattachées au même type. Il en a été de même pour Dioscoride. C’est le point de vue où la science grecque en est restée. La science romaine est-elle allée plus loin ?
Deux de ses représentants les plus autorisés, Columelle et Palladius, quand ils ont parlé de la culture de la rose, ne paraissent pas en avoir su plus que leurs devanciers de la Grèce, Théophraste et Dioscoride ; ils n’ont rien dit du moins qui permette de penser qu’ils en distinguaient plusieurs espèces1;
nouvelle édition de la Matière médicale (Leipzig, in-8, 2 vol ), Dioscoride aurait connu deux autres espèces de rose ; on trouve en effet, dans cette édition (lib. I, cap. 130, vol. I, p. 124), le passage suivant, cpii, manquant dans toutes les autres, semble être l'addition d'un copiste : ti os vpuaa -/.al p.ovoVjXXa e!; a-avta àyprjauTEpa. ”'E<rn y.ai ÈJCiysiâ t’.va, pu/pÔTcpa, ànAa, aypia, e;ç noÀÀà un; '/.TjTicUuî; E'jXaêeoxepa : « Àurea rosa », dit, dans son commentaire (vol. II, p. 404), Sprengel, qui ne parait pas douter de l’authenticité de ce passage, encore qu’il n’en justifie pas l’origine, « est K. lutea Dal.; agrestis vero et ÈTitysio;, R. arvensis ».
1. Il a fallu une singulière inadvertance de Sprengel ( Gescliichte der Botanik , vol. I, p. 130) pour parler de la rosa Sarrana ; s il avait lu plus attentivement ou moins perdu de vue le texte do Columelle, il aurait vu qu’il s’agit (lib. IX, 4) des « violettes pourpres » (Sarranae violae) ou (lib. X, v. 287) de « roses plus éclatantes que la pourpre de Sarra » :
Jam rosa mitescit Sarrano clarior oslro.
LA HOSE DANS l’antiquité.
pour eux, il n’y a qu’une rose cultivée — la rosa — comme il n’y a qu’une seule rose sauvage ou églantier, — le cynosbatos ou sentis canis. — Reste Pline.
Le naturaliste latin distingue d’abord, mais d’une manière singulièrement vague, l’églantier de la rose proprement dite ou cultivée. « Le végétal qui porte la rose est plutôt une épine qu’un arbuste », dit-il en parlant de la seconde1, mais cette (leur « vient aussi sur une ronce », ajoute-t-il en faisant allusion à la première. 11 connaissait aussi, comme Columelle, le nom cynosbatos, mais, tandis que celui-ci désigne évidemment l’églantier par ce nom2 3, la description qu’a faite Pline1 de l’arbuste auquel il l’attribue, ne saurait convenir qu’à une ronce4 5; il semble avoir réservé à l’églantier le nom de cynorrliodos* . Mais il confond toutes les roses sauvages sous cette dénoinitiation, et on ne trouve rien dans son Histoire naturelle qui permette de croire qu’il en a connu, encore moins distingué, plusieurs espèces. Mais il
1. « Rosa nascitur spina verius quam frutice, in ru ho quoque provenions. Hist. natur., lib. XXI, cap. 10 (4).
2. (Spina) quam Graeci vocant y.uvo'aSaTov, nos senlem canis appellamus. De re vustica , lib. XI, cap. 3.
3. Cynosbatos... folium liabet vestigio hominis simile. Fert et uvam nigrarn, in cujus acino nervum liabet, unde nevrospatos dicitur. Hist. natur., lib. XXIV, cap. 74.
4. Il faut dire toutefois qu’au livre X\ I, chap. 71. il semble que le mot cynosbatos désigne bien l’églantier : « Rubi mora ferunt et alio genere similitudinem rosae qui vocatur cynosbatos ».
5. Radix silvestris rosae, quae cynorrhodos appcllatur. Ilist. natur., lib. VIII, cap. 43(41). — Radicem silvestris rosae, quam cynorrhodon vocant. Ibid. lib. XXV, cap. 6.
ESPÈCES DE «OSES CONNUES DES ANCIENS
a distingué plusieurs races ou formes, sinon plusieurs espèces, de roses cultivées.
Après avoir décrit, non sans originalité, l’inflorescence de la rose et parlé de quelques-uns des emplois de cette fleur, Pline ajoute1 :
Les espèces les plus célèbres parmi nous sont la rose de Préneste et celle de Campanie; d’autres ont ajouté la rose de Milet, qui est d'un rouge très vif et qui n’a pas plus de douze pétales ; vient ensuite celle de Trachinie, qui est moins rouge, puis celle d’Alabanda, dont les pétales sont blanchâtres: la moins estimée est la rose épineuse (spineola), qui a beaucoup de pétales, mais très petits.
Après ces renseignements, qui paraissent lui appartenir en propre, Pline continue, en paraphrasant Théophraste, qu’il n’a pas toujours bien interprété 2 :
1. « Généra ejus nostri fecere celeberrima Prænestinam ot Campanam. Addidere alii Milcsiam, cui sit ardentissimus color, non excedenti duodena folia. Proximam el Trachiniam minus rubentcm. Mox Alabandicatn viliorem, albicantibus fol iis . Vilissimatn vero plurimis, sed minutissimis spineloam » Ibid., lib. XXI, cap. 10
2. « Différant multitudine foliorum, aspcritale, laevore, colore, odore. Paucissima quina folia ac deinde nuraerosiora : quum sit genus ejus quarn centifoliam vocant : quæ est in Gampania Ilaliæ, Graeciae vero circa Pbilippos : sed ibi non suae terrae proventu. Pangaeus mons in vicino fort, numerosis loliis ac parvis : unde accolae transférantes conserunt. ipsaquc plantationc proficiunt. Non autem talis odoratissima est ne cui latissimurn maximumque •folium ». Ibid.. 3.
LA ROSE DANS l'a.NTIQL'ITÉ.
Les roses diffèrent par le nombre des feuilles, par la rudesse, le poli, la couleur, l’odeur. Le nombre des feuilles, qui n’est jamais de moins de cinq, va toujours croissant, au point qu'il est une espèce à cent feuilles : elle vient en Italie dans la Campanie, et en Grèce aux environs de Philippes ; mais dans ce lieu elle ne croit pas naturellement : elle vient du mont Pangée, qui est dans le voisinage, et qui produit des roses à pétales nombreux et petits ; les habitants les transplantent et par là les améliorent. Cette espèce n’est pas très odorante, non plus que celle dont la feuille est très large et très grande.
Si Pline n’a pas eu un texte de Y Histoire des plantes différent de celui que nous possédons, il s’est permis avec Théophraste de singulières licences, et en transposant ou réunissant des phrases séparées, il a fait dire au naturaliste grec des choses auxquelles celui-ci n’avait guère pu ni dû penser. Pline a emprunté au disciple d’Aristote la mention qu’il a laite de la rose si parfumée de Cyrène ; mais je ne sais où il a pris ce qu’il. dit de la « rose grecque des Latins », — le lyclinis des Grecs, — « qui n’est pas plus grosse qu’une violette à cinq pétales, mais n’a pas d’odeur », de la græcula, aux pétales réunis en peloton, de l’espèce appelée mosceuton, à la tige semblable à celle de la mauve et aux feuilles d’olivier, ainsi que de la coroneo/a « rose d’automme », qui tenait le milieu pour la grosseur entre les trois précédentes, et seule était odorante, tandis que les autres étaient sans parfum1. Il est impossible de reeon-
J. « Est et quac Gracca appellatur a nostris, a Graecis lyclinis.-
ESPÈCES DE ROSES CONNUES DES ANCIENS
naître clans toutes ces fleurs des espèces ou variétés de roses1, et l’énumération qu’en a faite ici l’écrivain latin montre combien peu il tenait à l’exactitude.
On comprend d’après cela combien il est difficile d’identifier les variétés de roses mentionnées par Pline; Gaspard Bauhin 2 l’a tenté, ainsi que l’Ecluse, mais ils ne sont arrivés qu’à des hypothèses plus ou moins ingénieuses, et il était difficile qu’il en fût autrement, puisque les descriptions de Y Histoire naturelle sont incomplètes. Les conclusions de Bauhin n’en ont pas moins été acceptées par A. Fée dans sa Botanique de Pline3, ainsi qu’elles l’avaient été en partie dans l’édition allemande de Y Histoire de la Botanique, de Sprengel. D’après ces deux derniers auteurs, la rose épineuse (spineola) serait la Bosa spinosissima L. ou myriacantha D. C., formes de la rose à feuille de pimprenelle, et tous voient dans
... unquam excedens quinque folia, violaeque magnitudine, odore nullo. Est et alia Graecula appellata, convolulis foliorum paniculis... Alia funditur e caille malvaceo, folia oleae habente. mosceuton vocanl. Atque inter has media magnitudine autumnalis quam coroneolani vocant. Onmes sine odore, praeter coroneolam. » Ibid., 4.
1. La rose grecque ou Lychnis a été considérée comme étant le Lychnis coronaria L., la mosceuton, qui « certes n’est pas la rose musquée », dit justement Ilardouin ( Pline de Lemaire, vol. VU, p. 14, n. 25), est regardée par Desfontaines (ibid.) probablement comme Y Altliaea rosea.
2. Pinax theatri botanici, sive Index in Theophrasti , Dioscoridis, Plinii et botanicorum qui a saeculo scripserunt opéra. Basileae, 1623, in-8, p. 480.
3. A la suite du livre XXVI de Pline dans l’édition Panckoucke.