Le Ménagier de Paris , vol. I, p
3. « Aussi sera bonrieste à la jeune fille de cultiver herbes et vio-
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Il serait intéressant de connaître quels furent, au moyen âge, les principaux centres de culture de la rose ; malheureusement on ne trouve que bien peu de renseignements ii cet égard dans les écrivains du temps, et. l’on a encore à peine songé à recueillir dans les Archives ceux qu’elles pourraient fournir1. Les historiens de Provins, MM. F. Bourquelot et Opoix, ont omis de dire ce que fut autrefois la culture de cette lleur dans cette ville, où elle a dû avoir tant d’importance, et ils ne parlent des produits de la rose et du présent qu’on en faisait aux rois à leur passage par Provins qu’à partir du xvic siècle2.
Que Provins ait été depuis une époque reculée un lieu de culture renommé par ses roses, le fait est incontestable ; mais bientôt Paris rivalisa avec lui. Un document, dont je dois la connaissance à une bienveillante communication de M. Siméon Luce,
lettes es courtils et jardins selon leur vocation et exercice, pour les induyre par après a meilleur et plus grand besongne ». Institution de la femme clirestienne , composée par Loys Vives et nouvellement traduite en langue françoise (par Pierre de Changy). Lyon, s. d., in-12, chap. ni, p. 19.
1. Je ne connais qu une exception, ce sont les recherches faites par M. Léopold Delisle dans les dépôts publics de Normandie. Malheureusement cet exemple si utile n'a pas été suivi et la Normandie est la seule province de France jusqu ici dont nous connaissions bien l’état de la culture au moyen âge.
2. « En 1574, la Reine-Mère et les princes du sang... arrivèrent à Provins... On offrit des conserves et des roses sèches... Henri I\ . le 16 avril 1607, arriva au château de Montglas, près Provins... Le corps de ville... lui offrit des conserves cl des sachets de roses». Opoix, p. 136.
CULTURE DU LA ROSE EN OCCIDENT
nous apprend qu’à la fin du xv° siècle on achetait également les roses dont on avait besoin à Paris et à
Provins. C’est ainsi que, sur l’ordre de Louis XI, qui se trouvait alors à La Mothe d’Esgry, dans l’Orléanais, deux messagers furent envoyés en même temps dans ces deux villes « quérir des rozes et boutons »’.
Mais il y avait alors bien d’autres centres de culture de la rose en France. Au Homme près Rouen, elle avait pris déjà au xme siècle assez de développement pour que le. curé perçût la dîme sur les rosiers1 2. L’usage si répandu des chapeaux de rose, auxquels les poètes des xin0, xiv° et xve siècles font sans cesse allusion, les fréquentes mentions des redevances qu’on en faisait3, montrent que la culture de la rose était générale en France à la fin du moyen âge.
Cette (leur occupe une trop grande place dans la poésie allemande ou néerlandaise contemporaine
1. « A Nicolas Mesnagier, varlet de fourrière du dit seigneur (le roi Louis XI), la somme de vingt-sept livres douze solz huit deniers tournois que le dit seigneur lui a ordonnée ou dit mois pour le rembourser de pareille somme qu’il a baillée du sien par lordonnance et commandement du dit seigneur, c’est à savoir vi livres xvm solz vi deniers tournois pour avoir envoyé deux hommes à cheval de la Mothe d Esgry à Paris et à Prouvins quérir des rozes et boutons » 1480, juin, Arch. nat., registre KK 64, folio 62.
2. « Le prestre prend toutes autres diesmes comme de pois ramiers, de rosiers...» Livre des jurés de S. Ouen, ap. Léopold Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole et de V agriculture en Normandie au moyen âge. Evreux, 1851, in-8, p. 49 1 , note 36.
3. Léopold Delisle, op. laud., p. 492. Voir pl. loin chap. v.
LA ROSE AU MOYEN AGE
pour qu’il n’en fût pas de même dans les pays de langue germanique. Depuis Frédéric 11, qui en fut le protecteur, l’horticulture avait fait de grands progrès en Allemagne, la faveur dont au siècle suivant elle jouit auprès de Charles IV contribua encore à la développer'. Mais le goût des fleurs ne fut pas le privilège des princes et des grands; les riches marchands de la Souabe et de la Bavière, ainsi que de la vallée du Rhin, le partagèrent de bonne heure ; les jardins des villes d’Augsbourg, Ulm, Nuremberg, Bâle, Cologne, furent célèbres à la fin du moyen âge1 2; on y voyait les plantes les plus diverses, mais surtout des rosiers ; les roses d’Ulm furent renommées de bonne heure, et le nom de rose de Batavie ou de Hollande, donné h une variété de la centfeuilles3 4, témoigne de l’importance que vers l’époque de la Renaissance prit aux Pays-Bas la culture de cette fleur. Dans toute l’Europe centrale il n’y aura pas désormais de jardin, si humble soit-il, qui n’ait quelques rosiers.
Même spectacle en Angleterre. Un roman du xme siècle nous apprend que déjà alors les roses y étaient employées comme fleurs d’ornement 41 ; un manuscrit du British Muséum nous les montre au
1. Oscar Teicher t, Geschichte der Ziergàrten in Dcutschland , Berlin, 1865, in-8, p. 12 et 21.
2. K. W. Yolz, Beitvàge zur Kultur geschichte, ap. Sckleiden, Die Rose, p. 197.
3. Car: Clasius, Rar. plantarum historia, Àntvcrpiæ,161.p. 111.
4. Thomas Wright, A history of domestic manners and sentiments in Eu gland during the middle Ages , p. 243.
CULTURE UE LA ROSE EN OCCIDENT
siècle suivant cultivées, non seulement pour l’agrément, mais encore pour servir à la distillation *, ainsi que cela se faisait d’ailleurs en France. Ainsi qu’en France et en Allemagne aussi, depuis la fin du moyen âge les roses se multiplient en Angleterre : nul pays n’en connaissait un plus grand nombre d’espèces vers la fin du xvi® siècle.
Mais à quels procédés avait-on recours dans la culture des rosiers ? Le Ménagier de Paris se borne à recommander de les planter, ainsi que les oignons de lis et les groseilliers, après la septembresse1 2 . Pierre de Crescence est plus explicite ; il n’a guère fait cependant que résumer les enseignements de Pline et de Palladius.
On plante les rosiers, dit son traducteur3, par plantes et vergètes divisées en petites parties et mises en semoir ou semence jetée en semoir4 5. La semence est recueillie dedans les boutons rouges et congnoist on leur meureté quant apres vendanges les dictz boutons deviennent jaunes et molz. Se les rosiers sont vieilz on les doit fouyr autour et retailler le secq et peuvent estre retaillez (reproduits) les rosiers tendres et foibles par leurs gettons 8.
Pierre de Crescence ayant été bientôt connu en