Cité par Loiseleur-Deslongchamps, La Dose, p
4. Curae pesteriores seu plurimarum non ante cognitarum aut descriptarum stirpiurn... novae, descriptiones. Raphclengii, 1611, p. 12.
5. « Accipio llavas rosas multiplici foliorum sérié praeditas ex-
CULTURE DF, LA ROSEfEN OCCIDENT. 101
occidentale et centrale, elle pénétrait aussi chez les peuples Scandinaves, comme le montre sa présence, avec le lis, dans leurs légendes et leurs chansons populaires. Elle y fut, ce semble, importée par les ordres religieux, les véritables créateurs, dans les pays du Nord, de l’horticulture, restée à peu près inconnue des populations païennes de ces contrées, mais l’une des occupations favorites des cénobites chrétiens h A quelle époque la rose commença-t-elle à être cultivée dans les jardins des couvents Scandinaves ? Il est difficile de le dire ; mais il est vraisemblable que les religieux étrangers établis en Scandinavie ne purent manquer longtemps d’y faire venir des rosiers, avec les autres plantes, arbres ou arbustes qu’ils prirent à cœur d’importer dans leur patrie d’adoption2. C’est ce que fit entre autres, à la fin du xii° siècle, Guillaume, abbé d’Eskilsô, religieux de l’abbaye de Sainte-Geneviève de Paris. Appelé, en 1165, par l’évêque Absalon en Danemark3, on le voit, dans une lettre écrite par lui, entre 1192-1194, au moine Etienne, « s’en remettre aux bons soins » de
tare. » Rariorum plantarum historia. Antverpiae, 1601, in-fol., p. 114.
1. F. C. Schübeler, Die Culturpflanzen Norwegens , mit einem Anhange ilber die altnorwegische Landwirtschaft . Christiania, 1862, in-4,p. 164.
2. « Die Mônche brachten Ostbaumo, Wurzeln, Krâuter und Blumen vom Auslande mit sich ». F. C. Schübeler, ibid.
3. Il mourut en 1202. Rasmus Nyerup, Historisk-statistike Skildringer af Tilstanden i Danmark og Norge i aeldre og nyere Tider. Kjôbcnhavn, 1803. in-12, vol. I, p. 166.
i.a nos K ai; moyen a oiî.
ce l'rèrp pour lui envoyer, de France probablement, îles graines de divers légumes et berlies, ainsi que des drageons et des greffes d’arbres'. Y avait-il parmi ces arbres ou arbustes des rosiers? Je l’ignore; mais moins d’un demi-siècle plus tard, lien ri Harpestreng, dans sa pharmacopée \ énumérait longuement les propriétés médicinales de la rose, et comme il parle d’une préparation faite avec des roses fraîches, il n’est guère douteux que ces fleurs ne fussent déjà cultivées en Danemark.
Elles ne durent pas tarder non plus à l’être en Norvège et en Suède. La culture fut poussée très loin dans les jardins des couvents que les religieux de l’ordre de Cîteaux fondèrent dans le premier de ces deux pays ; et on rencontre aujourd’hui encore naturalisées dans la contrée où se trouvait en particulier celui de Hovedô, près Christiania, des plantes non indigènes qui n’existent ailleurs que cultivées. Lorsque les poètes nationaux parleront de la rose et lui emprunteront, ainsi qu’au lis, quelques-unes de leurs plus gracieuses comparaisons, ils pourront bien le faire à Limitation de leurs modèles de France ou d’Allemagne, mais ils seront compris de tous
1. « Caeterorum olerum semina et herbarum diversarum atque radicura et arborum surculos tuae nobis prudentiae providere relinquimus ». Jacobus Langenbeck, Scriptores rerum danicarum medii aevi. Hauniae, 1786, in-fol. vol. VI, p. 75, ep. lxxvi.
2. Danske Laegebog fia det 13de Aarhundrede, fôrste Gang udgivet efter et Pergamenihaandskrift i der store kongelige Bibliothek , med Indledning , Anmarkninger og Glossarium , af Christian Molbech. Kjôhenhavn, 1826, in-8, p. 88.
CULTURE DE LA ROSE EN OCCIDENT
leurs compatriotes, puisqu’ils chanteront des fleurs connues aussi d’eux tous.
La rose fut connue chez les peuples slaves, comme chez les nations Scandinaves, après leur conversion au christianisme, et peut-être même plus tôt chez quelques-uns d’entre eux ; il faut ici, en effet, distinguer entre les Slaves méridionaux et les Slaves
septentrionaux et occidentaux. Les premiers trouvèrent la rose cultivée à leur arrivée dans le nord de la péninsule des Balkans, habitée à la fois par les Grecs de la Macédoine et par les populations romanes de la Mésie et de la Dacie ; c’est d’eux qu’ils reçurent la rose ; de là les deux noms que cette fleur porte chez ces peuples ; l’un d’origine hellénique, trendiphil (gr. m. -rptavi açuXXov ’), usité en Bulgarie et, sous la forme troïanda, dans l’Ukraine et la Russie méridionale, l’autre d’origine latine 1 2, slavon roja 3, bulg. rouzi, serbe rouja et rosa, rousa dans le dialecte de Raguse 4.
1. Bern. Langkavel, Botanik der spaeteren Griechen. Berlin, 1866, in-8, p. 7, donne encore les formes xpavxâouXXov etxp'.a/ovxâouXXov.
2. Le nom roumain de la rose est rosa et dans certaines localités rousa. A. T. Laurienu si J. G. Massimu, Dictionariulu limbei romane. Bucuresci, 1876, in-8, s. v.
3. Miklosisch, Lexicon palæo - slovenico - graeco - lalinum. Vindebonae, 1862-65, in-8, s. v. A ces mots il faudrait ajouter le vocable gjul, emprunte plus tard aux Turcs par les Bulgares.
4. « Das Serbische bat fur die Rose eine zvvcifache Benennung ruza und rosa , rusa ; in beiden Formen ist es entlehnt, nur ist es in der ersteren einc jungere, in der letzteren, in Dalmatien üblichcn
Joret. La Rose.
lü'i
LA II OS K AU M0YKN AOK.
Quant aux Slaves septentrionaux et occidentaux, il est évident qu’ils ont connu la rose beaucoup plus tard que leurs frères du Sud, et ils l’ont peut-être reçue à la fois par l’intermédiaire de ces derniers et des Allemands ; mais’ de quelque côté qu’elle leur soit venue, les noms qu’elle porte chez eux sont, comme chez les Slaves méridionaux, d’origine latine: russe rojn, pol. roza , lith. rôle , tchèque roule . 11 en est de même chez les Hongrois, qui appellent la rose cultivée roeza. Quant à la rose sauvage, son nom slave est chipka ou chipak l.
A quelle époque remonte la culture de la rose chez les Slaves ? Il m’est impossible de répondre à cette question faute de documents, en ce qui concerne les Slaves septentrionaux et occidentaux ; le nom de la rose apparaît, pour la première fois, avec certitude, au commencement du xv° siècle, dans un écrit de Jean Huss2, qui n’est encore qu’une traduction de la Bible. Il est probable néanmoins qu elle était connue depuis longtemps déjà en Bohème, ainsi qu’en Pologne, et peut-être même en Russie. Les Slaves méridionaux, eux, cultivèrent ou du moins
Form rosa, rusa eine altéré Entlehnung aus dem Romanischen ». Miklosiscli, Die Rusalien (Sitzungsberichte der hais. Akademie, vol. XL VI, an. 1864, p. 405).
1. Karadschitsch, Lexicon serbico-germanico-lalinum. Yindebonae, 1852, in-8, s. v.
2. « Je n’ai pu trouver dans notre littérature ancienne un seul mot sur l’histoire delà culture de la rose en Pologne, dit M. Kaczvnski, dans son livre Roza, publié en 1880 »; il m’est permis de n ôtre pas plus avancé.
CULTURE DE LA ROSE EN OCCIDENT
connurent la rose, sans doute, dès les premiers temps de leur histoire. Le mot slavon roja apparaît déjà dans un document du xi° siècle ; mais ils devaient, quelques-uns d’entre eux du moins, la connaître bien plus tôt.
C’est aussi sans doute d’assez bonne heure que prirent naissance les légendes dont les Slaves, comme les peuples germaniques et les nations romanes, ont entouré la rose ; la plupart d’entre elles devaient exister avant la fin du moyen âge, encore qu’on ne les rencontre le plus souvent que dans des monuments postérieurs. C’est la raison qui m’en fera rapporter quelques-unes.