‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 149 sur 391 · Rosenberg, lihodologia, p · texte numérisé non relu

Rosenberg, lihodologia, p

3. Ersilia Caetani Lovatelli, La festa delle rose. (Antologia nuova, vol. XVIII, p. 7). Vambcry, liei.se , in Mittelasi.cn , p. 188.

LA ItOSH AU MOYEN AGE.

misère, hésitait néanmoins à sc séparer de sa jeune femme, pour aller chercher fortune’. Celle-ci finit toutefois par le décider à s’éloigner en lui donnant un bouquet de roses, qui, lui dit-elle, ne se fanerait pas, tant qu’elle lui resterait fidèle. Le guerrier part et entre au service d’un seigneur d’une contrée voisine. Le maître remarque bientôt avec étonnement que son serviteur portait toujours sur lui un bouquet de roses, fraîches même au milieu de l’hiver ; il l’interroge sur leur provenance et leur nature. Le guerrier lui raconte son histoire; le gentilhomme ne peut s’empêcher de rire de sa crédulité et lui dit que sa femme est une sorcière.

Cependant il envoie en secret un de ses deux cuisiniers essayer de la séduire. Le cuisinier trouve moyen de pénétrer jusqu’à la femme du guerrier ; celle-ci, pour se soustraire à ses sollicitations, feint de lui accorder un rendez-vous ; mais elle le fait tomber clans un souterrain et elle le force d’avouer son dessein et le mobile qui le fait agir. Surpris de de ne pas voir revenir le premier cuisinier, le seigneur envoie le second dans la ville du guerrier ; mais il n’est pas plus heureux que son camarade et a bientôt le même sort. Le gentilhomme, sous un prétexte, se rend alors lui-même, en compagnie de son serviteur, dans la ville de ce dernier. Le guerrier ayant, dans une entrevue avec sa femme, appris

1. Rcinhold Kôhler, Zu der Erzühlung Adams von Cobsa ni. (Salir buch fiïr romanische und cnglische Literatur. vol. Mil (annco 1867). p. 4 i-65).

LA ItOSE DANS LES LEGENDES DE l’oIUENT. 201

de sa bouche ce qui était arrivé, invite son maître à un repas, où il est servi par ses deux cuisiniers, déguisés en esclaves; il les reconnaît cependant à la fin et leur témoignage met hors de doute la fidélité et la vertu de la femme du guerrier.

Cette légende était trop curieuse pour ne pas se répandre chez les peuples voisins de la Perse; on la rencontre dans un recueil de contes turcs appelé AI faradj bad ash shidda (La joie après la tristesse) ; toutefois ce n’est pas un bouquet de roses, mais une branche verte de cyprès, ce qui offre un caractère moins frappant et surtout moins poétique, qui doit rendre témoignage de la vertu de la femme absente, Le traducteur turc du Livre du Perroquet a, au contraire, conservé la fleur de l’original ; mais il a remplacé le bouquet par une seule rose. C’est aussi une rose que nous retrouverons dans la forme française de cette légende merveilleuse. Dans un conte hindou de Samadeva Bhatta, l’histoire de Devasmita, c’est un lotus rouge, au contraire, donné parÇiva aux deux époux, qui doit être par sa fraîcheur conservée le gage de leur mutuelle fidélité1.

La rose n’est pas seulement dans les traditions persanes le gage de la constance pendant la vie, sa naissance miraculeuse est devenue aussi l’emblème de l’affection conservée même dans la mort. Tajin, le favori du chef des Khaled, Zein-eddi, et son ami

1. Jahrbuch fur rom. u. englische Literatur, vol. VIII, p. 47. Cf. Edélestand du Méril, Floire et Blanceflor, poèmes du xmc siècle. Paris, 1856, in- 1 8 . Introduction, p. 167-169.

LA ROSK AU MOYEN ALI'

Mem, ayant, raconte une légende kourde1, aperçu, clans une procession solennelle, les deux sœurs de ce prince, en devinrent éperduement épris ; Tajin, cl’une famille illustre, obtint sans peine la main de son amie ; il n’en fut pas ainsi de Mem, de naissance obscure, et il fut réduit à aimer en secret la sœur de Zein-eddi, la belle Zin. Trahi par un serviteur, il fut, après bien des dangers, jeté en prison. Cependant Zein-eddi, le voyant près de mourir et redoutant la vengeance de Tajin, lui rendit la liberté et consentit à l’unir à sa sœur. Mais Mem expira de joie à la vue de sa chère Zin ; celle-ci mourut bientôt elle-même emportée par le chagrin et, sur son désir, fut enterrée à côté de Mem. Sur chacun de leurs tombeaux on vit croître un rosier, dont les branches s’entrelacèrent, en témoignage de leur immuable affection.

Dans les légendes hindoues, la rose n’a pas pris un caractère moins merveilleux que dans celles de la Perse, mais on ne l’y rencontre qu’a une époque relativement récente, comme celle où cette fleur a été cultivée dans la Péninsule. Telle elle apparaît en particulier dans le conte de Gui i Bakâvalî i^La rose de Bakâvalî)2. Le roi Zaïn-ulmulûk, frappé de cécité, ne peut être guéri qu’au contact d’une rose, qui se

1. Transactions of the Ethnological Society, vol. II, p. 244 et suivantes ; ap. Schleiden, p. 263.

2. La rose de Bakâwali, traduit de l hindoustani par Garein de Tassy. ( Allégories , récits poétiques et chants populaires,

LA ROSE DANS LA POESIE DE l’oRIENT.

trouve dans le jardin de Bakâvalî, fille du roi des Péris. Les fils du monarque se mettent à la recherche de cette fleur miraculeuse. Les aînés ne peuvent atteindre au but de leur entreprise ; mais plus heureux, le cadet, Tâj-ulmulûk, après de longues aventures et grâce à l’aide des devas, pénètre dans le jardin de la péri. Dans une des salles de son magnifique palais se trouve un bassin plein d’eau de roses ; au centre se dresse une fleur épanouie d’une extrême beauté et d’une odeur délicieuse ; Tàj-ulmuluk comprend que c’est là la rose de Bakâvalî ; sans hésiter il ôte ses vêtements, entre dans le bassin et va cueillir la fleur. Revenu sur le bord, il reprend ses vêtements, serre la rose dans sa ceinture, et, après avoir visité le palais enchanté de la péri, il se met en route pour regagner le palais paternel. De nouvelles aventures l’attendent ; Tàjulmuluk en triomphe comme des premières. Et au contact de la rose qu’il a si heureusement conquise, les yeux du roi aveugle deviennent « lumineux comme des étoiles ».

La rose n’a pas été seulement entourée par les Orientaux de gracieuses légendes, elle a été le thème favori des chants de leurs poètes. Depuis son réveil au xie siècle jusqu’à l’époque de sa décadence au xv°',

1. Joseph von Ilammcr, Geschichte der scliônen Redekünste Per siens. Wicn, 1818, in- 4.

LA ROSE AU MOYEN AGE

la poésie persane n’a point cessé de célébrer cette fleur, parure des jardins de l’Iran : avec le cvprês, le narcisse, la tulipe et le jasmin, mais bien avant eux et au-dessus d’eux, elle l’a exaltée dans ses chants ; s’il y a quelque chose de conventionnel et d'affecté dans l’espèce de culte qu’elle lui a voué, si l’éloge perpétuel qu’elle en fait tombe parfois dans la mièvrerie et frise la banalité, par l’importance et la place qu’il y a prise, le culte de la rose n’en est pas moins un des traits caractéristiques de cette poésie facile et voluptueuse. Tous ses représentants ont associé cette fleur à leurs fictions , il n’est point une de leurs œuvres où elle n’ait sa place; ils lui doivent quelques-unes de leurs peintures les plus charmantes.

Écoutons, dans une description du printemps, Firdousi i, l’un des plus grands et des plus anciens poètes de la Perse, — il vivait au xie siècle — :

Les jardins de l’éclat des roses rougissent; les collines sont couvertes de tulipes et d’hyacinthes ; dans les bosquets se plaint le rossignol ; la rose répond en soupirant à ses chants.

Et Nisami, traitant, un siècle après Firdousi, le même sujet :

Jardinier, s’écrie-t-il 2, viens renouveler notre joie, en ouvrant ton verger à la rose... dont les lèvres

t. Cilc par Schleiden, Die Rose, p. 238.

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