Jolowicz, Op. laud., p
3. Contes inédits des mille et une nuits, trnd. par Trébutien,
Paris, 1828, in-8. vol. Il, p. 356 et suivantes.
LA ItOSIÎ AU MOYEN AGE.
Semblable à une vierge timide, elle cache sa tête, en rougissant, dans une enveloppe de verdure.
Son aspccl réjouit les cœurs, reprit le troisième ; elle renferme la quintessence des plus suaves odeurs. Son bouton qui s’entr 'ouvré ressemble aux lèvres d'une jeune beauté qui s'apprête à donner un baiser à son ami.
Voyez le rosier couvert de ses Heurs, poursuivit le quatrième ; n’est-ce pas comme un Ilot de rubis qui brillent au milieu de l’or et des émeraudes.
Paréla couleur de ses pétales et de ses étamines, continua le cinquième, la rose ressemble aux joues d'une amante ornée de sequins.
Dieu a donné à la rose l’éclat du métal le plus brillant et l’odeur des parfums les plus suaves, dit le suivant.
O merveille de la nature ! s'écria un autre, l'argent de la rosée dont se nourrit la rose se change en or sur sa face.
Je compare le feuillage vert et les fleurs rouges de la rose et ses vertes épines à un carquois d’or et à des flèches d’émeraude, reprend le suivant.
La rose offre les brillantes couleurs de l’aurore, ajouta le dernier, et jette les plus doctes dans l’embarras ; car ils ne peuvent dire si une coupe remplie d’un vin couleur de pourpre et couronné de roses leur donne son éclat ou le reçoit d’elles.
On voit quelle admiration la rose inspira aux poètes arabes ; néanmoins elle est loin d’occuper dans leurs vers une place comparable à celle qu elle a prise dans la poésie ottomane ; formée sur le modèle de celle de l’Iran, il était naturel que cette poésie d’imitation lui empruntât ce motif d’inspiration avec son style de convention et ses grâces affectées. On
LA ROSE DANS LA POÉSIE DE l’oRIENT.
retrouve déjà ees caractères distinctifs de la littérature persane dans les œuvres des plus anciens poètes ottomans. Ahmedi, qui appartient encore au xiv° siècle — il est mort en 1412 — et qui a écrit un long poème en l’honneur d’Alexandre, dit luimême de cette œuvre que c’est un « Gulistan, rempli de roses entr’ouvertes, de fraîches tulipes et d’hyacinthes ». Et quand il va chanter la rivalité sanglante d’Alexandre et de Darius, il n’invoque pas la muse qui lui est inconnue, mais le chantre harmonieux des nuits, cet amant de la rose :
Allons, s’écrie-t-il, rossignol ', voici la saison des roses, que ta douce plainte retentisse; des odeurs du musc et de l’ambre l'air est embaumé, de chaque rameau résonne une douce voix. Les roses resplendissent des teintes du rubis et une bordure d'ambre sert de chevelure aux hyacinthes.
Sheichi, qui vient aussitôt après Ahmedi, rivalise avec les poètes les plus raffinés de l’Iran :
Des roses de ton visage, dit-il dans une de ses pièces de vers1 2, le jour se pare ; il jette les siennes aux vents, admirant le miracle de ta beauté ; le zéphyr est un joaillier, qui fond en émail la poussière de tes pieds et en forme des couronnes d'or pour la tête des roses et des lis. Quand Sheichi chante au milieu des bosquets de roses à
1. Joseph von Ilammer, Geschichte der osmanischen Dichtkunst. Pcslh, 1836, in-8, vol. I, p. 103.
2. Joseph von Ilammer, Op. laud. , vol. I, p. 108, traduit par : « Des feuilles de ton visage le jour se fait un memrnto ».
LA HOSIi AU MOYEN AGE.
la bouche de rubis, aussitôt les doux accents des rossignols lui répondent.
Pour les poètes ottomans, comme pour les poètes anacréontiques de la Perse, ainsi que de la Grèce ou de Rome, la rose est la compagne de la joie et du vin, le signe du plaisir :
Le printemps est venu, jouissons de la vie, dit Xihami dans un de ses ghazels ...Oublions le passé, il est temps de jouir des roses et du vin... Buvez sous ces bosquets de roses, au milieu des narcisses... Ne laissez pas passer les roses sans en jouir.
Voici quelques strophes d’une pièce de vers célèbre, dans laquelle Messihi, contemporain deXihami, chante, à son exemple et avec une grâce affectée, mais charmante, la rose du printemps1 :
Ecoutez le chant des rossignols, voyez le printemps descendre vers nous. Sur les plaines d'alentour il se dresse des berceaux de roses. Les amandiers répandent leurs fleurs d'argent sur son chemin. Jouissez, jouissez de ce que l’amour nous offre ; elle fuit, elle fuit la saison de la rose ! — 3. Les roses resplendissent dans le bocage entourées de la gloire et de la magnificence du prophète. Les hyacinthes et les tulipes brillent sous la splendeur de leurs couronnes sacrées ; la joie, la joie règne aujourd'hui. Jouissez, jouissez de ce que l’amour nous offre ; elle fuit, elle fuit la saison de la rose. — 5. Que sont donc les
1. Je traduis d après f adaptation qu’a faite Wieland de cette pièce de vers et que do Hammcr lui-même (Op. laud.. vol. 1. p. 299), a cru deiroir reproduire.
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roses? Ce sont des vierges (timides). Voyez, comme de leur oreille, par un fil léger, pend en perles d’argent la rosée ! Les roses fleuriront-elles toujours? Non, comme les vierges, bientôt elles se faneront et feront place à de plus jeunes. Jouissez, jouissez de ce que l’amour nous offre ; elle fuit, elle fuit la saison de la rose !
D’importation étrangère et récente dans l’Inde, la rose ne pénétra que plus tard et lentement dans la poésie, comme dans les légendes de la Péninsule, où avaient d’abord exclusivement figuré les plantes de la flore indigène; mais de même que peu à peu elle prit place h côté d’elles dans les jardins des princes et des grands, elle finit aussi par prendre place avec elles dans les œuvres des poètes hindoustanis. Mir Haçan, nous l’avons vu1, la mentionne dans la description du jardin d’Iram ; nous la rencontrons également dans l’ Araïsch-i- Mali fil Topographie de l’Inde) ; l'auteur de cet ouvrage, pour peindre la venue du printemps2, dit que « les manguiers fleurissent et que les roses s’épanouissent innombrables au milieu des jardins ».
L’éclosion de la rose sert aussi à Jawan pour décrire cette saison charmante, en son roman de Barah Maça3 :
Le printemps arrive pompeusement dans le monde. La rose à cent feuilles s’épanouit en tous lieux. La beauté