LA ROSE ET LE ROSSIGNOL
muse des orientaux, qu’ils ne manquent jamais d'invoquer au début de chacun de leurs chants.
On ne pouvait mieux caractériser cette fiction, laquelle, suivant le mot de Goethe1, remplace pour les peuples de l'Iran la mythologie qui leur fait défaut. On comprend d’après cela la place considérable qu elle occupe dans les œuvres de leurs poètes. On la rencontre chez les plus anciens, comme chez les plus récents d’entre eux. Déjà Firdousi lui a donné place dans ses plus belles descriptions :
Le rossignol, dit-il2, dans une pièce de vers que j'ai citée en partie, se plaint dans le bocage ; à ses chants la rose répond en soupirant.
Ce poète s’est même servi de la succession des amours du rossignol et de la rose pour compter le temps :
Soixante-dix fois, fait-il dire à un de ses personnages 3, la rose avait fleuri, soixante-dix fois elle s'était fanée, et le rossignol l'avait chantée et s'était tu soixante-dix fois.
A la même époque, tant cette fiction était devenue d’un emploi ordinaire, on voit le poète Anszari comparer les doux entretiens de deux amants à ceux
1. Westostliclier D'uvan (Noten und Ablandlungen. Allgemeines) : « Rose und Nachtigall nchmen den Plalz ein von Apoll und Daphné. »