‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 183 sur 391 · Morte rosas tingens · texte numérisé non relu

Morte rosas tingens

Hortulus, XVI, Rosa. v. 35.

3. Ave rosa sanguinis Fusi more fluminis De carne Salvatoris.

Philipp Wackcrnagel, Bas Deutsche Kirchenlied von der âlteslen Zeit bis zu Anfang des xvn. Jahrbunderts. Leipzig, in-8, vol. I, 1864, n° 283.

4. « Mundamur roseo sanguine, Ckriste, tuo, » lit-on au-dessous d’une image du Christ à Nuremberg.

5. « Rosa passionis eflusionibus crebris sacratissimi sanguinis psius specialiter fuit rubricata. » Bernardi opéra, III. , 12 (480).

G. Merkt, ibr Kristenleute !

Die Rosen ich euch deute ;

Das sein fünf Wunden roth und zart.

Damit er uns erlôset bat,

Die Frauen und auch die Mann.

J. Gôrrcs, Altdeutsche Voiks- und Meisterlieder, p. 239.

allemand a, même après la Réforme, fidèlement conservé cette comparaison : au xviiu siècle Paul Gerhard s’en servira encore. Elle ne suffit pas à l’ardeur mystique du moyen âge. Saint Bernard est allé plus loin ; il a fait de la rose l’image même du Christ dans sa passion :

Contemplez, s'écrie-t-il dans une de ses homélies sur les Évangiles1, cette divine rose, où la passion et l’amour se disputent pour lui donner son vif éclat et sa couleur pourprée. Celle-ci lui vient sans nul doute du sang qui coule des plaies du Sauveur... Comme durant une nuit froide la rose demeure fermée et s’entr’ouvre le matin aux premiers rayons du soleil, ainsi cette délicieuse fleur qui est Jésus-Chrit a paru se refermer comme par le froid de la nuit, depuis le péché du premier homme, et lorsqu’est venue la plénitude des temps, elle s’est épanouie soudain au soleil de l’amour. Autant de plaies sur le corps du Sauveur, autant de roses ! Regardez ses pieds et ses mains, n’y voyez-vous pas des roses? Mais contemplez surtout la plaie de son cœur entr’ouvert! Ici c'est plus encore la couleur de la rose, à cause de l’eau qui coule avec le sang, quand la lance a percé son côté !

Ecoutons un autre mystique, qu’on a voulu parfois identifier avec saint Bernard2 :

1. Homeliae in Evangelia, lib. II, cap. 38, ap. Mgr. de la Bouillerie, Etude sur le symbolisme chrétien de la nature. Paris, 1866, in-8, 2e édit., p. 267. IV. « Jésus-Christ assimilé à la rose à cause de sa passion. »

2. « Floret in vite nostra, benigno Jesu, nihilominus rosa rubens et ardens : rubens sanguine passionis, ardens igné charitatis,

LA UüSli AU MOYEN AGE.

Sur noire vigne — le divin Jésus — fleurit une rose vermeille et ardente : vermeille du sang de la passion, ardente du l'eu de la charité, humide de la rosée des larmes du doux Jésus.

Noble rose, dit également un cantique des frères Moraves1, grand est ton amour; Seigneur, les plaies couleur de rose ont triomphé du péché, du démon et de la mort.

Un vieux lied, qu’on rencontre à la fois en Allemagne et en Hollande, en Suède et en Danemark, a mis en œuvre d’une manière dramatique ces comparaisons mystiques de la rose et des plaies du Sauveur2. A la première heure du jour, la fille du sultan est allée cueillir des fleurs dans le jardin de son père; la vue des belles fleurs, toutes brillantes de rosée, élève son cœur vers celui qui les a créées ; elle l’adore sans le connaître et souhaite de le voir. Et voilà que le jour suivant à minuit, le Christ lui

roscida eiTusione lacrymarurn dulcissimi Jesu ». Vitis mystica, cap. xxxm, 121 (Migne, Patrol., vol. 184, p. 708). « Il nous faut, dit-il encore, unir la rose de la souffrance à la rose de la charité, afin que la rose de la charité rougisse dans la souffrance et que la rose de la souffrance brûle du feu de la charité. » Necessarium habemus rosam passionis rosae charitatis conjungere : utrosa charilatis in passione eruhescat et rosa passionis igné charitatis ardescat. Gap. xxxv, 126.

1. Du edle Ros’, Dein Lieb ist gross, lierr, durch die rosinfarhnen 44 unden

Hast du Sünd, Teufel und Tod übenvunden.

Paul Gassel, Pose und Naclitigall, p. 22.

2. Hoffmann von Fallerslehen, Niederlaendisclie Volkslieder. Hannover, 1856, in-8, n° 199, p. 345-353.

apparaît sous la figure d’un beau jeune homme ; elle s’étonne et lui demande comment il a pénétré dans la demeure royale. Et Jésus lui répond qu’il a quitté pour elle le royaume du ciel et qu’il est le maître des fleurs. Seigneur, s’écrie-t-elle alors, y a-t-il loin d’ici au jardin de ton père? Je voudrais bien en soigner les fleurs pendant toute l’éternité. « Mon jardin, reprend Jésus, est situé à des milliers, milliers de lieues, » et il lui offre une couronne vermeille, présent de fiançailles, qu’elle accepte. A ce moment les blessures du Christ s’ouvrent. « O bien-aimé, s’écrie-t-elle, pourquoi ton cœur est-il si rouge? Tes mains se couvrent de roses ?» — « Mon cœur saio-ne

pour toi, répond Jésus1, pour toi je porte ces roses; je les ai cueillies dans la mort, en versant mon sang pour toi. Mon père m’appelle, ô fiancée; viens, je t’ai conquise depuis longtemps. » Elle a eu confiance en l’amour de Jésus, dit le poète en terminant; une couronne lui est tressée au ciel.

Mais quelque habituelle que soit la comparaison de Jésus et de sa passion avec une rose, la comparaison de la Vierge avec cette fleur se rencontre encore plus fréquemment au moyen âge. Symbole de la grâce pudique, la reine des fleurs devint alors, il en sera de même et plus encore à l’époque de la Renaissance, l’apanage naturel de la reine des anges;

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