Acta sanctorum, vol. II, p
2. Laurentius Surius, Vita Susonis ap. Acta sanctorum , vol. II. p. 677, 99.
LA ItOSE Ai; MOYEN AGE .
moyen âge, elle y apparaît aussi comme fleur véritable. Le ciel lui-même pour justifier, ou honorer les saints, en envoie parfois sur terre, a Sainte Dorothée, raconte Jacques île Voragine1, ayant été conduite devant le proconsul Fabrice, celui-ci voulut la forcer à abjurer : « Choisis, lui dit-il, ou de sacrifier et de vivre, ou de périr dans les tourments. » Mais la sainte répondit : « Je suis prête à souffrir tout ce que tu voudras et je le ferai pour Jésus-Christ, mon époux avec lequel je jouirai de la vie éternelle; j'ai cueilli dans son jardin des roses et des fruits délicieux. » Le tyran la condamna alors à la mort. Comme on la menait au supplice, le greffier du tribunal, Théophile, lui demanda comme par dérision de lui envoyer des roses du jardin de son époux, ce qu’elle promit. Au moment où elle allait tendre la tête au bourreau, un enfant se montra près d’elle tenant une corbeille où il y avait trois roses et trois pommes. Alors Dorothée dit : « Seigneur, je vous supplie d’avoir pitié de Théophile. » Et elle reçut la mort. Théophile, étant entré dans le palais du proconsul, reçut les roses ; il crut en Jésus-Christ et il obtint la couronne du martyre. » •
Vincent de Beauvais raconte de Valérian et de sa fiancée sainte Cécile une histoire analogue2, que
1. La légende dorée, traduite du latin, par M. G. B. Paris, 1843, in-12, vol. II, p. 284. L histoire de Dorothée a clé mise en vers allemands à l’époque de la Réforme. Millier, op. laud., n° 509.
2. Vincent» Beli.ovacensis Spéculum historiale , lib. X, cap. 22.
la poésie religieuse a popularisée1. Cécile était chrétienne, mais Valérian était païen ; il se convertit et le jour de son baptême un ange apparut, portant deux couronnes, l’une de fleurs de lis, l’autre de roses ; il donna la première à Cécile, l’autre à Valérian. « Gardez, leur dit-il, d’un cœur et d’un corps purs ces couronnes apportées du Paradis de Dieu ; jamais elles ne se faneront ni ne perdront leur parfum. ))
Ce sont encore ces roses célestes « dont la beauté jamais ne passe ni disparaît », que l’épouse du drame italien de saint Thomas aperçoit sur un « arbre merveilleux » du Paradis 2, symbole de la récompense promise à quiconque croit et se dévoue au Christ.
Sous l’influence du redoublement de ferveur mystique qui marqua la lutte engagée contre la Réforme la légende des roses se transforma. Ce n’est plus du ciel qu’elles viennent ; c’est au ciel qu’on envoie celles de la terre. On conte que Rose de Lima3, ayant lancé vers le ciel des roses qu’elle avait cueillies de ses propres mains, comme pour en faire hommage au « Suprême jardinier », ces fleurs
1. Elle fait l’objet du 38e des Niederlaendisclie Geisiliche Lieder, publiés par Hoffmann von Fallersleben.
2. Yidi una pianta in ciel maravigliosa Quai sopra ogni cosa felice assurge.
Questa a ciascun di noi dava una rosa,
La cui bellczza mai trapassa o fugge.
Alessandro d’Ancona, Sacre rappresentazioni dei secoli xiv, xv e xvi. Firenze, 1872, iri-12, vol. I, p. 436.