Acta sanctorum, vol. XXXVII, p. 970, d, e
LA ItOSE AU MOYEN AGE.
bénies restèrent suspendues dans les airs et s’y réunirent en forme d’une croix entourée d’un limbe lumineux, signe que Jésus acceptait son offrande.
Un jour que la fille du commandant de Grosswardein se promenait, attristée qu’on la voulût marier, dans le jardin de son père, Jésus se présenta à elle et lui mettant un anneau au doigt : « Je veux, lui dit-il, que tu sois ma fiancée ». La jeune fille devint toute rouge de joie et, cueillant une rose, elle l’offrit «à son céleste fiancé. Mais Jésus, la prenant par la main, reprit : « Viens, que je te montre le jardin démon père », et il l’emmena dans le Paradis1. La légende ajoute qu’elle ne revint sur terre qu’au bout d’un siècle et pour mourir aussitôt.
Le plus souvent l’apparition miraculeuse des roses est destinée à témoigner du mérite des saints, surtout de leur mérite méconnu ou ignoré. Suivant une tradition locale « les gouttes de sang du chef » de saint Lucien, martyr et premier évêque de Beauvais, se seraient changés en rosiers couverts de roses vermeilles2. Un auteur espagnol raconte la même
1. Büsching, Volkssagen, p. 163, ap. W. Menzel, Christiche Symbolik , vol. II, p. 195.
2. « C’est chose véritable que les gouttes de sang du chef de nostre martyr, dont la terre fut empourprée, engendrèrent telle quantité de rosiers garnis de roses vermeilles, que le lieu du martyre s’appelle encore la Rosière, pour signifier, comme dit Tertullian, que le sang des martyrs est une graine et une semence des belles fleurs du Paradis. » Louvet, Histoire et antiquités du diocèse de Beauvais . Beauvais, 1631, in-8, vol. I, p. 387. Louvet ignorait que rosière signifie bien plutôt un lieu rempli de roseaux, que planté de rosiers.
LA ROSli DANS LES LÉGENDES CHRETIENNES. 2G3
chose du martyr saint Magin ; des gouttes de son sang seraient nés des rosiers dont les fleurs, dit son biographe1 2, portaient en témoignage de leur origine des taches couleur de sang.
Quand on ouvrit, quelque temps après sa mort, le tombeau de saint Lucius, on aperçut trois3 4 roses sur sa poitrine, qui disparurent aussitôt qu’on voulut les enlever3. On conte la même chose du bienheureux Gandolf, évêque de Milan. Les fidèles, ayant voulu transporter sa tombe du milieu de l’église, où elle était foulée aux pieds, au chevet du chœur, un nuage épais et un parfum délicieux remplirent la basilique, et quand on vint h ouvrir le sépulcre du saint, on y trouva une rose d’une beauté merveilleuse et d’une odeur exquise, aussi fraîche, ajoute le chroniqueur, que si on venait de la cueillir*. Suivant une ancienne tradition 5, on aurait trouvé aussi une rose dans la bouche de saint Louis, de Toulouse. D’après la légende, beaucoup plus récente, de saint Antoine de Stronconio, ce n’est plus une fleur naturelle, mais une rose de chair qu’on trouva dans sa main6.
Dans l’histoire de saint Julien de Vienne et de
1. Acta sanctorum, vol. XXXVII, p. 119, e. Suivant une légende anglaise des fleurs aussi naquirent sur la colline où fut décapité saint Alban. Ém. Montégut, Sir John Maundeville. ( Revue des Deux Mondes, 15 nov. 1889, p. 300.)