Acta sanctorum, vol. LVI, p. 887 b
2. The buke of John Maundeville being the travcls of sir John Maundeville , kniglit , 1322-1356, fro/n the ni. copy h. s. Egerton 1982, together with the french text. . . by George Fr. Warner. London, 1889, in-fol. ch. ix, p. 35.
ches. « Et ce furent, ajoute naïvement le narrateur, les premiers rosiers et les premières roses qu on eut encore vues. »
Bien que le pseudo-Mandeville ’, pour donner plus de crédit à ce miracle, dit que le nom de « Champ flori » porté par le lieu où se serait passée la scène, en avait conservé le souvenir, il semble avoir tout simplement arrangé et intercalé dans le récit de son voyage une légende qui avait cours de son temps. On la rencontre sons une autre forme, dans un poème inédit sur le Nouveau Testament1 2. Ici il s’agit d’une fille d’Abraham, devenue grosse pour avoir respiré le parfum d’un arbre du jardin de son père, — l’arbre de la science du bien et du mal — ; elle est condamnée h être brûlée; mais quand elle monte sur le bûcher, les brandons s’éteignent aussitôt et se couvrent de Heurs et de roses :
Onques n’i ont .1. sol tison,
Tant bien espes, ne vif charbon,
Ne fussent roses de rosier Et flor de lis et aiglentier ;
Le feu estaint, c’est vérités.
Cette naissance miraculeuse des roses, leur subs-
1. Le voyage mis sous le nom de John Maundeville est probablement l’œuvre du médecin liégeois Jean de Bourgogne, dit à la Barbe, — « Johannes de Burgundia, aliter vocatus cum Barba » — qui se sera caché sous ce nom. Edward B. Nicholson, The Academy , n° 623, 12 april 1886, p. 261.
2. Renfermé dans le manuscrit de Grenoble 1137. Jean Bonnard, I.es Traductions de la Bible en vers français au moyen âge. Paris, 1881, in-8, p. 181.
LA IlOSIÏ AU MOYEN AU lî.
titution ii d’autres objets, se produit surtout quand il s’agit de soustraire un saint aux reproches ou au châtiment qu’il aurait encourus pour une infraction faite dans un but de charité. Sainte Casilde, fille du roi de Tolède, Aid emore, dans l’ardeur de sa charité, portait aux esclaves chrétiens les mets qu’elle pouvait dérober à la table royale ; un jour son père la surprit, mais lorsque, irrité, il souleva son manteau, à la place des vivres que celui-ci recouvrait, il n’aperçut que des roses1. Sous cette forme dramatique la légende de la naissance de roses miraculeuses devait bien vite se répandre ; on la retrouve dans tous les pays.
Sainte Rose de Viterbe2 portait un jour, suivant sa coutume, du pain aux pauvres ; son père la rencontra et lui demanda ce qu’elle avait dans les pans de sa robe ; elle l’entr’ouvrit aussitôt et la lui montra remplie de roses de diverses couleurs. Saint Nicolas, moine du couvent de Tolentino, fut aperçu par le prieur, comme il portait aussi du pain aux pauvres ; le prieur lui ayant demandé ce que renfermait sa corbeille, il la découvrit, et, encore qu’on fût en hiver, elle se trouva pleine de roses vermeilles et parfumées3.
La légende qui concerne sainte Elisabeth de Hongrie est surtout célèbre, depuis que la peinture l’a popularisée :