Le comte H. de Villeneuve-Flayosc, Histoire de sainte
Joret. La Rose.
LA ItOSE AU MOYEN AGE.
line de Villeneuve aurait aussi, pour excuser sa charité, répondu à son père par un mensonge semblable, et les aliments qu’elle distribuait aux pauvres sc seraient également changés en roses fleuries.
Saint Pierre Régalat ne craignit pas davantage de mentir dans une circonstance analogue et il est le héros d’un pareil miracle1. Il portait un jour du pain et des viandes à une pauvre malade, quand il se trouva en face du prieur de son couvent. « Pierre, lui dit celui-ci, tu parais bien occupé, que portes-tu 1k? » « Ce sont des roses, répondit-il tout troublé, destinées à une pauvre affligée. » Or on n’était pas à la saison des roses. « Montre-les », reprit aussitôt le prieur. Et comme Pierre, tout couvert de confusion, dit : « Les voici, » en entr ouvrant sa robe, le pain qu’il portait se changea en roses blanches et les viandes en roses vermeilles.
Le miracle de la naissance des roses a pris place également, en se transformant, dans la vie du bienheureux Eelke Liaukama, abbé du couvent de Lidlum en Frise2. Poursuivi par des frères convers, auxquels il avait reproché leurs désordres et qui avaient juré sa mort, il essaya en vain de les fléchir. Mais quand
Roseline de Villeneuve. Paris, 1867, in-8, p. 296. Sainte Roseline naquit en 1263.
1. Acta sanctorum , vol. VIII, p. 862. On raconte une histoire semblable, à part le mensonge, de sainte Germaine Cousin : mais ce sont de simples fleurs dont son historien nous montre rempli son tablier.
2. Acta sanctorum , vol. Mil, p. 397 e. — J. G. Wolf, Deutsche Sagen, 1864, in-8, p. 587.
ils saisirent et retournèrent les manches de sa robe pour voir s’il n’y avait rien caché, ils les trouvèrent remplies de roses.
La rose figure en particulier dans les légendes destinées à glorifier l’intervention de la Vierge en faveur de ceux qui lui sont fidèles. En voici une dont le but d’édification est manifeste, telle qu’Alphonse le Sage l’a traduite du latin en langue portugaise1; il s’agit d’un gentilhomme qui avait fait vœu d’offrir chaque jour une couronne de roses à la Vierge, ou, si cela lui était impossible, de dire en son honneur un Ave Maria. Un jour qu’il traversait une vallée sauvage, il s’arrêta pour faire sa guirlande accoutumée ; tandis qu’il était tout à cette pieuse occupation, des ennemis survinrent pour le tuer; mais au moment de mettre leur criminel dessein à exécution, ils aperçurent auprès du gentilhomme une dame d’une grande beauté, qui faisait elle aussi une couronne de roses. Cette vue les frappa d’étonnement et de crainte et ils se dirent qu’ils n’avaient qu’à s’éloigner au plus vite, car il ne plaisait pas à Dieu qu’ils tuassent ce gentilhomme2.
Dans une rédaction allemande de cette légende3 il s’agit d’un jeune écolier si indolent qu’il ne voulut
1 . « Milagro do cavaleiro que fazia a guerlanda das rosas a sauta Maria. » Cantigas de santa Maria de don Alphonso el Sabio. Madrid, 1886. in-4, n° cxxi.