‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 206 sur 391 · I.A I108E AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.A I108E AU MOYEN AGE

et ne put rien apprendre; mais en dépit de sa paresse il avait la bonne habitude d’aller tous les jours aux champs cueillir des Heurs et d’en faire une couronne dont il ornait une image de la Vierge qui se trouvait dans sa ville natale. Touché par la grâce, il entra dans un couvent de l’ordre de Cîteaux et s’y fit remarquer par son intelligence et sa vertu. Aussi gagna-t-il la confiance de l’abbé et celui-ci le chargea un jour d’une affaire hors du couvent. Son voyage le conduisit au milieu d’un bocage délicieux, plein de fraîcheur et d’ombre. Il s’y arrêta et, descendant de cheval, il se mit à réciter les cinquante Ave qu’il avait oublié de dire ce jour-là. Pendant ce temps deux voleurs de grand chemin vinrent pour lui dérober son cheval. Mais en s’approchant ils aperçurent la Vierge toute rayonnante de beauté et parée des plus beaux atours debout près du religieux, cueillant sur ses lèvres, à mesure qu’il les récitait, les Ave changés en roses, et elle en fît une couronne qu’elle plaça sur la tète du pieux moine, lorsqu'il eut fini sa prière, puis elle disparut1. Les voleurs étonnés renoncèrent à leur dessein et, s'approchant du religieux, ils lui demandèrent quelle était cette dame merveilleuse ; il leur raconta ce qu'il venait de faire; alors frappés du miracle dont il avait été

1 . Als der nvunick hete entsaben ein àvê Marjà unde gesprach, seht, welck ein wunder dà ges- [chah!

wan ez wart zeiner rôsen.

mit griffen harte lôsen die vrouwe dû begunde.

im brechen von dem nmnde eine rôsen nach der andern.

l’objet, au lieu de le dépouiller ils se jetèrent à ses pieds, lui confessèrent leurs péchés et se retirèrent dans son couvent pour y faire pénitence.

Il existe diverses variantes de cette légende en Allemagne ; l’une d’elles rapporte qu’un jeune homme d’une grande dévotion envers la Vierge succomba dans une forêt sous les coups des brigands ; un ange recueillit sur ses lèvres expirantes ses dernières prières, sous forme de douze roses blanches et trois roses rouges et les réunit en couronne 1 : telle aurait été l’origine du rosaire.

En France, la même légende a été également populaire ; au xiv° siècle elle revêtit même la forme dramatique. Un marchand, qui traversait une forêt, allait être tué par un voleur qui l’épiait, quand il se rappela qu’il avait oublié de faire ses dévotions accoutumées à la Vierge ; il s’arrêta aussitôt pour remplir ce pieux devoir. Pendant qu’il récitait ses prières, s’approche de lui, sans être vue,

une femme,

Plus belle et de plus noble arroy Conques ne fut femme de roy...

Un chapel de roses faisoit Et les prenoit la dame doulce De ce marchant dedanz la bouche,

Puis li assist dessus son chief:

récompense de sa dévotion et des couronnes qu’il

1 Bintcrim, Denkwürdigkeiten, vol. VIII, Th. 1, 2, p. 98, ap. Schleiden, p. 105.

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avait si souvent offertes à la mère du Sauveur. Ce spectacle, quand il en a l’explication, fait rentrer le larron en lui-même ; il abandonne son dessein criminel et renonce à sa vie de meurtres pour se faire ermite 1.

L’apparition soudaine de roses se rencontre dans bien d’autres légendes ; parfois elle révèle la présence ou l’approche d’un saint ou d’un être divin, d’autres fois elle est destinée à faire connaître quelque chose de mystérieux ou de caché. Quand François d’Assises visita le couvent de San Subiaco, où pour se mortifier saint Benoît avait coutume de se rouler sur des épines, à son approche celles-ci se changèrent en rosiers qui se couvrirent de roses vermeilles, miracle dont une fresque de la chapelle du couvent a perpétué le souvenir 2.

Marie, dit un ancien lied 3, traversait une forêt, qui depuis sept ans n’avait point poussé de feuilles ; que por-

1. Miracles de Nostre Dame par personnages, publ. par Gaston Paris et Ulysse Robert. Paris, in-8. Miracle de un marchant et un larron, vol. II, 1877, p. 90-119.

2. J.-B.-L.-G. Seroux d’Àgincourt, Histoire de l’art par les monumejits. Paris, 1823, in-fol. — Peinture, pl. G, n° 7, vol. III. p. 121. Dans le Lileraturblalt fur rom. et germ. Literatur du mois d’août 1891, p. 272, M. Suchier parle aussi de roses qui seraient nées sous les pas de saint Patrice, quand il traversait la mer ; mais je ne sais d’où vient cette légende, et n'ai pu en trouver l'origine ni la trace.

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