Op. laud., vol. II, p. 309, n° 20, Chansons des roses
4. Le Roman de la Rose, éd. Fr. Michel. Paris, 1864, in-12, v. 899-900, 833-34 et 557-58.
LA UOSE AL' MOYKN ACE.
Qui ot ou chief un chapelet De roses,
jusqu’à Déduit, ii qui « Léesce » en a aussi donné :
. Li ot s’amie fet chapel
De roses qui moult li sist bel,
et à Oyseuse, « la noble pucelle, » laquelle
Ung chapelet de roses tout frois At dessus le chapel orfrois.
« Celui dont le cœur brûle d’amour », dit le Tannhàuser1 faisant en quelque sorte la théorie de cette coutume, « doit porter une couronne de roses ». Chez tous les poètes des derniers siècles du moyen âge, un « chapel» de roses apparaît comme la parure ordinaire des amants :
Si voit de la forest issir,
Tôt bellement et a loisir
Dusc’ a mj.xx. damoiselles
Capeaux de roses avoient En lor chiés mis et d’aiglentier
Por le plus doucement flairier
Et sur .j. destrier de lès lui Avoit cascune son ami,
lit-on dans un ancien lai2, dont il est superflu d’expliquer le sens allégorique.
1. Ob im sîn herz von minne enbran, der soll von rôsen einen kranz
tragen. Minnesinger, vol. II, n° 83, v. 19-21.
2. Lai du trot , v. 76-85 et 112-113, publié par Francisque Michel. Paris, 1845, p. 74 et 76.
Au jardin du voisin je suis entré, dit le héros d’une chanson morave l, je m’y suis couché et endormi, et j’ai rêvé de ma belle amie. Quand je me suis réveillé, personne près de moi, rien que deux roses vermeilles épanouies au-dessus de ma tête. J’ai cueilli ces roses, j’en ai tressé une couronne, les ai mises à mon chapeau et suis allé à la danse nuptiale.
Cette couronne mise ainsi par le jeune Morave à son chapeau, qu’est-elle, sinon le signe manifeste des sentiments d’amour qui l’animent?
Une chanson serbe 2 nous montre également Mitza, « la belle », et « qui a la maison la plus blanche », cueillant des roses et en faisant des bouquets; elle en offre un au faucon gris, c’est-à dire à son fiancé, comme gage de son amour. Dans un chant tchèque3 nous voyons de même une jeune fille cueillir une rose, qu’elle offre successivement à son père, à sa mère, à son frère; mais cette fleur n’est point faite pour eux; enfin elle la présente à son fiancé, à qui seul elle doit appartenir. Les chansons de l’Ukraine parlent aussi d’une jeune fille qui ne veut donner la rose qu’elle a cueillie à aucun des siens, mais la garde pour son fiancé4, tant la rose était devenue le symbole et l’emblème de l’amour.