CHAPITRE III
La nature de la rose, dit l’auteur des Géoponiques1, a quelque chose de divin ; ce n’était là que l’expression du sentiment général qu’inspirait aux anciens la reine des fleurs ; les Grecs attribuèrent à la rose une origine surnaturelle ; il en fut de même des Romains ; objet pour ces deux peuples d’une espèce de culte, elle joua chez eux un rôle presque égal à celui du lotus dans les croyances religieuses des Egyptiens et des Hindous, et l’imagination inventive de leurs poètes entoura sa naissance des plus gracieuses légendes.
Une tradition, qui paraît bien avoir un caractère primitif, rapporte que le premier rosier aurait surgi
1. nEiOojxat os OstotLa; auto aszéyeiv ^ûasw;. Geoponica sive de re rustica lib. XX, Ccissiano Basso collectore. Lipsiae, 1781, in-8, p. 821, lib. XI, cap. 18, 15.
LA IlOSE DANS l’antiquité
de terre le jour même où Vénus sortit de l’écume des Ilots, et une goutte de nectar, versée par les dieux sur le jeune arbrisseau, aurait alors donné naissance à la rose1. D’après une légende probablement d’origine cyprienne, mais adoptée par Bion1 chez les Grecs, par Ovide3 et Servius* chez les Romains, c’est, au contraire, du sang d’Adonis, blessé mortellement par un sanglier, que naquit la rose, tandis que des larmes versées par Vénus sur la mort de son favori serait née l’anémone. Suivant une autre tradition, Adonis lui-même aurait été changé en rosier5.
Mais la naissance de la rose avait été l’objet de bien d’autres légendes6; un poète latin de la déca-
1. Xapo~7jç oV à-/. OxXaacnjç 85?ïpoaa)p.£V7)V KtiÔqpqv ÈXoyeuaE ttovto; àcppôi...
— oie /.où pôowv txyr)TOv VEOV £pvo; rjvOiac yOcév Anacreontea, LUI (53), v. 11-25. (Poetae lyrici graeci, rec. Th. Bcrgk, III, 1071.)