‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 293 sur 391 · I.A IlOSE AU MOYEN AOE · texte numérisé non relu

I.A IlOSE AU MOYEN AOE

cristal, ou même à la fois par l’un et l’autre. Ainsi le traître Gombaut dit de la compagne d’Aiol 1 2 :

La dame, ele est plus blanche que n'est flor d’aiglentier, S'a la color rovente plus que rose en rosier.

Dans le Mystère d’Aclam, au contraire, le diable, voulant dépeindre la nature délicate et fragile d’Eve, la compare à la rose, ainsi qu’au cristal et à la neige :

Tu es fieblette et tendre chose Et es plus fresche que n'est rose ;

Tu es plus blanche que cristal,

Que neif qui chiet sor glace en val*.

Les comparaisons tirées de la rose et du lis se rencontrent dans la poésie anglaise, comme dans la nôtre ; c’est ainsi que Chaucer dit de Cléopâtre qu elle

1. Aiol, chanson de geste , publiée par Jacques Normand et Gustave Raynaud. Paris, 1877, in-8, v. 6696-97.

2. Adam, mystère du xue siècle, texte critique accompagné d’une traduction par Léon Palustre. Paris, 1877, in-4, p. 40. Parfois nos poètes n’ont établi de comparaison qu entre la blancheur du teint et le lis, auquel se joint souvent l aubépine. ou qui est remplacé par la neige ou la glace, le cristal, 1 argent et l'ivoire.

gola e peitrina Blanca com neus e Hors d espina.

Àrnaut de Mareuil (Mahn, Troubadours, I, 153.) ele ot plus blanc col et poitrine que flour de lis, ne flour d’espine.

Roman de la Violette, v. 888-89.

Neis la gorge contreval Sanbloit de glace ou de cristal.

Guillaume au Faucon, v. 105. etc., etc.

LA «OSE DANS LA POESIE

était « belle comme est la rose en mai » l, comparaison dont il faut rapprocher la locution anglaise « frais comme une rose en juin»2. Chaucer dit même du soleil à son lever qu’il est « vermeil comme une rose3». Le même poète, pour peindre la beauté d’une des héroïnes des Canlerbury taies, en montre le teint rivalisant avec le doux éclat de ces fleurs4 5 :

Emilie, qui était plus belle à voir que ne l’est le lis sur sa verte tige et plus fraîche que le mois de mai avec ses fleurs nouvelles (car son teint le disputait à la couleur de la rose et je ne sais lequel des deux était le plus admirable).

La rose, cette « fleur favorite » des minnesaenger3, joue dans leur poésie un rôle encore plus grand que dans celle des minestrels, le même que chez les troubadours et les trouvères ; mais les com-

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