Idylle VI, éd. Nisard, 1887, in-8, p. 107-109 passim
Élysées, aux bords de leurs lacs immobiles et de leurs ruisseaux sans murmure, rencontrèrent l’Amour, venu étourdiment s'égarer au milieu d’elles ; à sa vue elles sentent se réveiller dans leurs cœurs leurs anciennes douleurs ; elles l’entourent, l'entraînent, l'attachent au tronc d’un myrte et, l'accablant de reproches, le soumettent à de longs tourments. Vénus, accourue au milieu du tumulte, au lieu de porter secours à son fils, se rappelant ses nombreuses trahisons, se joint aux infortunées, l’accuse à son tour et inexorable frappe d'un bouquet de roses l'enfant, qui pleure et tremble. Une sanglante rosée*, ajoute le poète, jaillit alors de ses membres meurtris sous les coups répétés de la rose flexible, qui, déjà teinte de sa pourpre, rougit de feux plus vifs son vermeil incarnat.
Cette scène nous transporte bien loin du sombre séjour des Ombres, tel qu’il nous apparaît dans les poèmes homériques ; ce n’est pas l’auteur de l’Odyssée qui aurait, même s’il l’avait connue, placé la rose dans l’Erèbe. Mais à mesure que les mœurs deviennent moins rudes, que le luxe des jardins naît et se développe, la peinture des Champs-Elysées, qui en est l’image transformée, s’humanise ; leurs paysages se diversifient et s’embellissent; la description qu’en font les poètes devient plus gracieuse ; Virgile, tout fidèle qu’il est à la tradition antique, met déjà dans le séjour des bienheureux, avec de frais bocages, un