‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 323 sur 391 · I.A II O SI'. AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.A II O SI'. AU MOYEN AGE

voit par la description de Fortunat, on ornait aussi de roses la table des festins :

Regarde, heureux convive, ces mets délicieux1 que Todeur embellit, avant que le goût lui-même les pare; la foule de ces fleurs vermeilles le sourit ; les champs ont à peine autant de roses que cette table en porte.

Toutefois cet emploi des roses emprunté aux Romains ne paraît pas s’être conservé longtemps après Fortunat; du moins je n’en ai pas trouvé de trace dans les siècles postérieurs; les trouvères et les minnesaenger n’en parlent pas ; tout au plus est-il question dans quelques écrits, par exemple dans la vie de saint Martin, par l’abbé Richer, de roses et de plantes aromatiques répandues sur le sol des salles à manger2. Dans les fêtes nuptiales, au contraire, les roses ont pris place, comme dans l’antiquité, durant tout le moyen âge. On en répandait en particulier avec des lis dans les salles où se donnaient les festins de noces3 :

Respice delicias, felix conviva, beatas,

Quas prius ornât odor, quam probet ipse sapor. Molliter arridet rutulantum copia floruni,

Vix tôt campus habet quot modo mensa rosas.

Lib. XI, cap. xi. De floribus, v. 1-4. Rosa, storax et galbanum, cum terebintbo platanus Pavimenti planitiem, per florem pingunt speciem.

3. Oucli was ûf dem esterich Ein pfellor über ail gebreitet Unde dar ûf gespreilet Von bluomen ein grôziu kraft, Als ez diu vrouwe lugenthaft Crâne , v. 17409-18.

Durch ir selber ère gebot :

Liljen unde rôsen rôt.

Dise edlen bluomen wàren.

Darumbe daz sie bàren Dem sal einen edlen smac.

LA IlOSE DANS LES USAGES DE LA VIE.

On étendit sur le sol un précieux lapis et dessus on répandit une grande quantité de fleurs, comme la noble dame l’avait ordonné en son propre honneur : des lis et des roses vermeilles, belles fleurs qui devaient remplir la salle d'un doux parfum.

Une chanson populaire1 nous apprend qu’en Serbie on répandait des roses sous les pas des nouveaux époux, et, avant le mariage, des jeunes filles, en Lusace2, distribuaient aux invités des roses qu’elles avaient cueillies elles-mêmes.

Les roses figurent aussi dans des espèces de tournois — le siège du château d’ Amour — dont l’origine paraît remonter aux premières années du xiii0 siècle. Rolandinus Patavinus nous a laissé la description des fêtes de ce genre qui se donnèrent, peut-être pour la première fois, à Trévise en 1214, mais ont persisté dans certaines contrées presque jusqu’à nos jours3. Si elles ont été rarement décrites, ces réjouissances, véritables batailles de fleurs aux proportions héroïques, ont été souvent représentées, en particulier sur des coffrets ou boîtes en ivoire4. On y voit un château flanqué de tours avec sa poterne et leurs créneaux. Sur les créneaux et aux fenêtres du château des dames se défendent avec

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