‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 44 sur 391 · I.A II 08H DANS l’aNTIQUITÉ · texte numérisé non relu

I.A II 08H DANS l’aNTIQUITÉ

Les poètes du moyen âge reprendront cette comparaison, qui s’est fidèlement conservée depuis dix siècles : pour eux aussi, nous le verrons, la rose sera 1 emblème de la grâce et de la beauté. Les Anciens les avaient devancés; chez eux la rose fut à la fois le symbole de l’innocence pudique comme de la beauté.

Cachée au fond des réduits secrets d’un jardin, dit Catulle dans des vers restés célèbres1, ignorée des troupeaux, respectée par le soc de la charrue, tour h tour rafraîchie par la rosée, caressée par les zéphyrs et forlifiée par les rayons du soleil, la rose est la joie et le désir de'tous; mais lorsque l’ongle tranchant, la séparant de sa tige, l’a flétrie, elle cesse de plaire et de séduire.

Utque rosac puro lacté natant folia.

Properce, Elegiae , lib. II, 3, v. 12.

ou par la neige :

Candida candorem roseo suffusa rabore Ante stetit : niveo lucet in ore rubor.

Ovide, Amorum lib. III, Eleg. 3, v. 5-6.

1. Carmina, LXII, v. 39-47. Catulle se sert, du mot générique « flos », mais il est évident, et ses imitateurs ont été unanimes à l’entendre ainsi, qu'il avait en vue la rose.

Ut flos in septis secretus nascitur hortis,

Ignotus pecori, nullo conlusus aratro,

Quem mulcent aurae, firmat sol, educat imber.

Multi ilium pueri, multae optavere puellae ;

Idem cum tenui carptus dcfloruit ungui,

Nulli ilium pueri, nullae optavere puellae :

Sic virgo dum intacla manet, dum cara suis est;

Cum castum amisit polluto corpore florcm,

Nec pueris jucunda manet, nec cara pucllis.

Ainsi, ajoute-t-il, la jeune vierge, tant qu’elle reste chaste, est chère à tous les siens; mais a-t-elle, souillant ses charmes, perdu sa fleur de pureté, elle cesse de plaire et de séduire.

L’idée de grâce et de fragilité attachée à la rose en avait fait l’emblème de l’innocence virginale, celle de beauté conduisit à lui comparer la personne aimée. Anacréon n’a pas cru pouvoir mieux louer son amie Myrille, qu’en disant qu’elle était «une rose entre les jeunes filles 1 ». L’amie de Méléagre, « l’aimable Zénophile, fleur parmi les fleurs, s’épanouit, semblable à la douce rose de la persuasion 2 ». Les poètes de l’antiquité toutefois n’ont pas poussé plus loin la comparaison, et ils ne sont pas allés, comme leurs émules du moyen âge, jusqu’à personnifier leur bien-aimée dans la rose ; mais la langue populaire l’a essayé : « ma rose » fut un terme de tendresse usité de bonne heure chez les Romains — on le rencontre déjii dans Plaute 3 — pour désigner une personne qui était chère.

Si les Anciens n’ont point chanté la rose comme l’image et la personnification même de la personne

Page 1