Op. laud., p. 158 et
4. Il aurait fallu prouver d’abord que le culte de l’Astarté phé-
nicienne, d où est sorti celui d’Aphrodite, était lié à la culture de la rose.
LA ROSE DANS l’aNTIQUITK.
remplace la rose de Damas dans la Grèce septentrionale ; son berceau est le mont Rhodope, en Macédoine ; peutêtre fut-elle aussi importée de l’Asie Mineure dans ce pays. Elle était consacrée à Cérès et à Bacchus — la rose de Damas à Aphrodite — et pénétra avec leur culte d’Asie Mineure en Grèce.
On ne saurait édifier un roman avec moins de souci de la vérité historique, ce qui n’a point empêché M. Josef Murr1 d’adopter tout récemment la manière de voir de Karl Koch. Les choses, en réalité, sont moins simples et se présentent sous un autre aspect. Le premier renseignement certain que nous ayons sur la rose de Damas nous a été fourni par Nicolas Monardes2, médecin espagnol du milieu du xvi° siècle ; d’après lui on en faisait un fréquent usage dans plusieurs pays d’Europe, mais on ne la connaissait en Espagne que depuis environ une trentaine d’années. L’était-elle dans le reste de l’Europe occidentale depuis beaucoup plus longtemps ? On a, sans toutefois en donner de preuves, prétendu qu’elle aurait été apportée en Occident pendant les Croisades 3, mais cette date, si on l’admet, est la plus
1. Die Pflanzenwelt in der griechischen Mythologie. Innsbruck, 1890, in-8, p. 78.
2. Ilarum rosarum apud Italos, Gallos, Germanos, diversasque gentes nunc est frequens usus, quas Damasccnas vocanl, quoniam ex Damasco nobilissima Syriae urbc credunt devenisse. Apud nos * vero triginta fere sunt anni, de qua notitiam attingimus ». Aioolai Monardi medici hispalensis De rosis persicis seu Alexandrinis. Antverpiae, 1564, in-12, p. 30 b.
3. James Smith, cité par Lindley-Pron ville, op. latid.. p. 6,.
ESPÈCES DE ROSES CONNUES DES ANCIENS
reculée qu’on puisse assigner à l’introduction de cette espèce de rose en Europe1 : comment donc aurait-elle pu être connue des Grecs et des Romains ? Il n’en fut pas de même de la cent-feuilles, dont la Damascena n’est peut-être d’ailleurs qu’une simple variété2 ; ici, point de désaccord ; tout le monde est unanime à y voir, sinon le type unique, du moins un type incontestable de roses cultivées par les anciens, l’espèce à laquelle « a été particulièrement donné le nom de reine des fleurs3 », la première et probablement la seule fleur double qu’ils aient connue.
La rose à cent feuilles a été souvent considérée comme une simple variété de la rose de Provins ; mais la forme et les dimensions des fruits et des fleurs, de même que la contexture des feuilles, empêchent entre autres de la confondre avec cette dernière4. De plus, tandis que la rose de Provins est
1. Sans s’arrêter à cette difficulté, Sprengel a identifié cette espèce avec les roses de Pestum, chantées par Virgile au ive livre des Géorgiques, et A. Fée avec la rose de Cyrène dont parle Pline après Théophraste, ce que Koch s’est empressé de faire à son tour et sans plus de raison.
2. Poireau, dans T Encyclopédie , vol. VI, p. 276, lui donne le nom de Centifolia Inféra.
3. J. L. Loiseleur-Deslongchamps, La rose, son histoire, sa culture, sa poésie, p. 125.
4. « Ses pédoncules courts et rigides, l’absence de grands aiguillons, ses pétales plus petits et ses sépales, dit Lindley, op. laucl., p. 74, en parlant de la Rosa centifolia, la firent toujours distinguer » de la gallica. « Affinis centifoliae, dit à son tour de Candolle, Prodromus, vol. II, p. 603, de la R. gallica, scd
LA ROSE DANS l’aNTIQUITK.
indigène en Europe, la cent-feuilles y est exotique; Fraas dit ne l’avoir rencontrée en Grèce qu’à l’état cultivé ou échappée des jardins1. De quelle région a-t-elle été importée dans ce pays et dans les autres contrées de l’Occident? A quelle époque y remonte sa culture et celle des variétés qui en sont sorties ?
La rose à cent feuilles n’étant pas indigène en Grèce, pas plus que dans le reste de l’Europe, c’est en Asie ou en Afrique qu’il faut en chercher le berceau : quels sont les peuples de ces régions chez qui on l’a rencontrée d’abord? Auquel d’entre eux revient l’honneur d’avoir le premier cultivé cette fleur appelée à une si brillante destinée ?
Aucune espèce de rose ne croît spontanément en Egypte ; inconnue des anciens habitants de ce pays2, on ne rencontre cette fleur sur aucun des monuments, ni dans aucun tombeau de l’époque pharaonique 3, et elle n’apparaît dans la vallée du Ail que sous les Ptolémées; elle y était donc d’origine étran-
fructibus rotundis foliaceisque valde coriaceis. nervis frequentioribus promiscuis valde anastomosantibus ».