‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 84 sur 391 · cum furit Lyaeus · texte numérisé non relu

cum furit Lyaeus

Cum régnai rosa, cum madent capilli.

Epigr. lib. X. 19, v. 20-21.

Tcmpora sutilibus cingunlur tota coronis :

Et latet injecta splendida mensa rosa.

Fasi. lib. V, v. 335-36.

ni les couronnes faites de pétales cousus, ni la « pluie de roses sous lacpielle les tables disparaissent ».

Ce luxe des roses, auquel le contemporain d’Auguste fait ici allusion, comme de date ancienne, existait en effet bien avant lui et devait encore grandir après. Depuis longtemps les voluptueux de Rome avaient, comme ceux de la Grèce, pris l’habitude de vivre au milieu des roses. On raconte que Denys le jeune, alors retiré à Locres, fit joncher son palais de thym et de roses, et on le vit meme se vautrer au milieu de ces (leurs1. Dans un passage célèbre d’un de ses plus éloquents discours, Cicéron a flétri le raffinement que Verrès porta dans l’usage des roses :

Au printemps, dit-il2, et son printemps à lui ne datait pas du retour des zéphyrs ou de l'entrée du soleil dans tel ou tel signe, il ne croyait l'hiver fini que lorsqu’il avait vu des roses ; alors il se mettait en marche. A l’exemple des anciens rois de Bithynie, mollement étendu dans une litière à huit porteurs, il s’appuyait sur un coussin d'étoffe transparente et tout rempli de roses de Malte. Une couronne de roses ceignait sa tête, une guirlande serpentait autour de son cou ; il tenait à la main un réseau du tissu le plus fin, à mailles serrées et plein de roses, dont il ne cessait de respirer le parfum.

Le goût et l’emploi des roses ne pouvait qu’augmenter et se dépraver au milieu de la corruption dont les empereurs romains donnèrent si souvent

f. Athénée, Deipnosoph. lib. VII, cap. 58 (541). 2. InVerrem , V, cap. 10 et 11. Trad. Nisard.

loti

LA FIOSE DANS l’aNTIQÜITK.

l’exemple. Spartien rapporte1 qu’Elius Vérus avait fait faire un lit formé de quatre gros coussins, entouré de toutes parts d’un léger réseau et rempli de roses dont on avait enlevé l’onglet ; il s’y couchait couvert d’un voile tissu de (leurs de lis et parfumé des plus suaves odeurs de la Perse. Héliogabale faisait parsemer ses salles à manger, ses lits et les portiques où il se promenait de roses, de lis et de violettes, d’hyacinthes, de narcisses et de toutes sortes de fleurs2. On a reproché au premier Gallien de « construire au printemps des chambres à coucher avec des roses3 », et Carin, dit-on4, ne prenait ses repas que sur des lits garnis de roses de Milan. L’invasion des Barbares et les progrès du christianisme devaient seuls mettre un terme à cette dépravation dans le luxe des roses, ainsi qu’à ce luxe lui-même.

Mais toute profanée que fut ainsi parfois la rose, cette fleur divine n’en conserva pas moins toujours quelques-unes de ses plus hautes attributions. C’est ainsi qu’elle continua à servir de récompense aux vivants et à honorer les morts. On donnait une couronne de roses au vainqueur du dithyrambe dans

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