PARFUM
Le parfum de la rose a été l’objet de très nombreux ouvr ages, dont l’un des plus complets à cet égard est celui du Docteur KR. RRODEL « les produits odorants des rosiers », publié à Paris en 1889.
. Le fr que nous nous assignons ici, est d’éudier le parfum de la rose, en tant qu’agent thérapeutique.
« Les parfums des roses pris à Capoue remettaient, dit-on, l'estomac fatigué d’un grand repas. On les employait aussi contre la léthargie » (41). C’est sans doute à cette croyance qu’il faut rattacher l'emploi immodéré de roses chez les Romains, au temps
(37) MATTIOLE, Com. Diosc. 84.
(38) LEMERY, Dict. des Drogues, 750.
(39) DE CHESNEL, La Rose. 241.
(40) GUILLERMEAU, Hist. Nat. de la Rose, 160. (41) Cité par BUC’HOZ, Dissert. sur les Roses, 4.
d'Horace. Il y avait dans les salles de festins, des roses en guirlandes au ue elles jonchaient le sol, couronnaient les invités, on en retrouvait même dans leurs coupes. Athénée dit aussi dans ses « Diepnosophistes », que l’odeur des roses était un puissant remède contre les pesanteurs de la tête ; que les buveurs s’en servaient pour empêcher les fumées du vin d’offusquer leur raison » (42).
Le parfum de la rose « est fort propre es maladies de la teste procédantes de flegme, mêsme les estoupes parfumées du mêsme parfum, ou autres, mises autour de la teste, y servent ». On fait aussi des frontales de rose, lesquels on parfume à la vapeur de rose, pour secourir à diverses maladies de la teste (43).
Lémery nous explique à sa manière cette action : « J’ai vu des personnes être purgées par l’odeur simple des roses, par les selles avec grande violence, sans les avoir mises dans la bouche ; la cause de cet effet vient des parties spiritueuses volatiles de la rose, qui étant entrées par le nez, dans le cerveau, en raréfient et en délaient la pituite, laquelle coule dans l'estomac, où en picotant les membranes du viscère par son sel, elle excite une espèce de convulsion qui fait le vomissement ; celle qui descend dans les intestins, y agit aussi, mais par les selles » (44).
Actuellement, on n’emploie plus le parfum de la rose dans un but thérapeutique. Mais on peut lui reconnaître d’une manière générale une action tonique et euphorique ; toutefois, il provoquera chez d’aucuns, la migraine, et, dans certains cas très exceptionnels, il peut être la cause d’accidents plus graves surtout chez des sujets prédisposés. C’est ainsi que le Docteur BLONDEL cite le cas de François Vernier, doge de Venise, du compositeur Grétry, etc. qui tombaient en pamoison dès qu’ils sentaient l’odeur d’une rose ».
Si cette réaction est heureusement exceptionnelle, il n’en reste pas moins vrai que l’odeur de la rose, comme bien d’autres odeurs, peut provoquer une hypervagotonie ou une hypersympathicotonie, suivant la nature du sujet (45). En attendant une étude plus poussée sur l’action pharmacodynamique du parfum de la rose, on peut penser avec Montaigne que « les médecins pourraient tirer des odeurs plus d’ usage qu ils ne font, car j'ai souvent aperçu qu’elles me changent et agissent en mes esprits suivant qu’elles sont ».
(42) GUILLERMEAU, Hist. Nat. de la Rose, 159.
(43) Pharmacopée de Jacques SYLVIUS, 429, Paris 1625.
(44) LEMERYŸ, Pharmacopée Universelle I, 201.
(45) D’après « Les Remèdes Galéniques », Laboratoire Dausse 1934.
De à DES LE FRUIT
Mattiole, dans ses « Commentaires de Dioscoride », nous le décrit ainsi : « il y a trois parties considérables au fruit du rosier lorsqu'il est mûr : car il y a la chair du bouton, la graine, et le cotton qui est dedans », et il ajoute : « toutes lesquelles parties sont notoirement astringentes ; et par ainsi, ce fruit est souverain au flux de venre et à toutes fluxions qui viennent aux femmes et singulièrement à la défluxion du sperme » (46).
Il s’agit là du fruit du rosier sauvage ou églantier, le cynorrhodon. Cependant Pline dans son « Histoire Naturelle », semble parler du fruit du rosier, lorsqu'il écrit : « le fruit est très bon quand il est jaune et n’a pas plus d’un an ; on le fait sécher à l’ombre ; le noir est sans usage. On en frictionne les dents douloureuses ; il est diurétique ; on l’applique sur l’estomac et sur les érysipèles récents ; mis sous les narines, il purge le cerveau ».
; CHESNEL signale de son côté, les propriétés astringentes du fruit de la rose musquée (De Chesnel, « Hist. de la Rose », p. 252). /
Voici la description donnée par Lémery du cynorrhodon. C'est un fruit ovale ou oblong, « gros comme un gland, vert au commencement, mais prenant une couleur rouge de corail à mesure qu’il mûrit ; son écorce est charnue, moelleuse, d’un goût doux, acide, agréable : elle renferme en sa cavité beaucoup de semences oblongues, anguleuses, blanches, dures, entourées d’un poil dur qui s’en sépare aisément ; si ce poil s'attache au doigt ou à quelque autre partie, il pénètre la peau et y cause des démangeaisons importunes ; on appelle vulgairement ce fruit Gratecu et Chinorrodon » (47).
« Le cynorrhodon contient du sel acide enveloppé dans beaucoup d'huile » (Lémery, « Dict. des Drogues », p. 305). On s’en sert dans la médecine en tisane ou en conserve.
Cardilucius recommande déjà l'emploi des fruits en gargarisme, dans les cas d’inflammation du gosier. Plus tard (Zuvenchfeld, Michoelis) prescrivent ces mêmes fruits purgés de leurs graines et de leur duvet, pour tempérer l’ardeur de la bile et pour corriger l’intempérie chaude du foie.
Wedelius et Hagendorn les vantent beaucoup comme remède à l’hydropisie. Ils ne sont point d’un moindre secours dans la dysenterie, si l’on en croit Jean Freitagius et Raimont Mindedurus ;
(46) MATTIOLE, Com. Diosc. I, 84, 85.
(47) LEMERY, Dict. des Drogues, 306. A noter que ce nom vulgaire lui vient plus certainement du fait qu’il provoque du prurit à l'anus de ceux qui oublient, avant de le consommer, d’en retirer les poils irritants,
or
Cardilucius, Balthasard Timens, Rivière, Sibroder, Haffman et d’autres s’en sont heureusement servis pour les pertes de sang (48).
« Il est apéritif par les urines et astringent par le ventre, on le donne dans la colique néphrétique pour atténuer la pierre du rein et de la vessie, pour arrêter les cours de ventre » (49).
« La poulpe du fruit de cynorrhodon ou rose canine que notre vulgaire appelle églantier et gratecul par antiphrase, se confit de même qu avons dit au Cotignat (coing), en resserant elle brise Je sable au rein des graveleux » (50).
« Sa saveur est un peu styptique », écrit Jourdan dans sa « Pharmacopée Universelle », parue en 1828 ; « il passe pour être diurétique et antispasmodique, mais c’est bien plus certainement un irritant et un astringent fort énergique, dont l'abus occasionne la toux, le vomissement et le ténesme. »
Nous verrons les fruits du cynorrhodon employés pour ces mêmes pr opriétés astringentes, diurétiques et antiscorbutiques, jusqu’à nos jours. Et il est intéressant de signaler que les Chinois employaient autrefois, sous le nom de gên tchè tzèu, le fruit de la rose rauge de Mai (Perny) en guise de dépuratit (51).
En Suisse, lé cynorrhodon est employé par les paysans, nos jours encore, comme téniluge.
Voici la composition chimique qu’en donne Fournier (. 356 : « acide malique, acide citrique, sucre, gomme, tanin, résine, cire, huile grasse et essence. Les cynorrhodons contiennent en outre dé ces éléments, de la myricine, de la fibrine, de l'albumine, de la vanilline, une huile volatile, de la carotine et une très forte proportion de vitamine € » (52).
On prépare les fruits de cynorrhodon en infusion, en décoction, en poudre, en sirop, en marmelade ou en liqueur.
GRAINE cn. SCHRODER et WEDELIUS, la semence qui Æ enfer-
mée dans le fruit du rosier sauvage est diurétique.
Pour Lémery,; elle est astringente : « on l’'emploie, écrit-il, pour arrêter les gonorrhées » (53). Elle rentré dans la formule de la « Poudre de Mars », de Mÿnsiche
(48) Cité par DE CHESNEL, Hist. de la Rose, 260. (49) LEMERY, Dict. des Drogues, 306.
(50) BAUDERON, Pharmacopée 1627, 13.
(51) REGNAULT, Médecine chez les Chinois, 204. (52) FOURNIER, Plantes Médicinales.
(53) LEMERY, Dict. des Drogues, 306.
MAR ie
Les semences de la rose musquée ont une vertu astringente tandis que pour les Chinois, la graine du rosa hystrix ou rosa loevigata (Kin ying Tzèu) est dépurative.
Lémery, dans.son « Recueil de secrets » publié en 1737, donne cette formule à employer « quand les dents sent fort noires ». « Prenez de la Corne de Cerîi brûlée, racine de Tamarix et Souchet, graine de Roses de chacun 2 dragmes, sel gemme 12 dragmes ; pulvérisez le tout subtilement et de cette poudre, s’en frotter les dents tous les matins » (54).
Ces semences renfermeraient un corps de nature glucosidique qui aurait une action toxique sur la moelle épinière, le système nerveux et le cœur qu’il arrêterait finalement en diastole. (A. Ga-
rello Cantoni, 1939).
On les emploie sous forme de décoction ou d’une infusion (Leclerc).