JUS DE ROSES OÙ SUC DE ROSES
. . . =, « Succus, en français suc, est la liqueur substantielle d'un mixte, laquelle se tire par expression » (Lémery, Pharmacopée I,
Discoride en donne la recette suivante (Liv. I, ch. CXIL, p. 89 : « On coppe le blanc des roses, avec ciseaux, et pile-on le reste en un mortier. Puis on tire le jus, lequel on laisse sécher à l’ombre, iusques à ce qu'il soit sec, et le garde-t-on pour le liniment des yeux ». Ce sont donc les pétales de roses mondés de leurs onglets que l’on emploie de la sorte. Mattiole, dans ses « Commentaires « nous apprend que « le jus des rouges est le plus estimé en médecine, et celui des incarnates après. »
Préparation du suc : PLINE, qui écrit quelques années après Dioscoride, indique plusieurs procédés de préparations.
« Dans le premier, on se contente de les exprimer, sans ôter les onglets, qui en effet contiennent le plus de suc; dans le second, on ôte les onglets et on fait macérer le reste avec de Fhuile et du vin, au soleil, dans des vases de terre. Quelques-uns ajoutent du sel, d’autres de l’orcanette ou de laspalathe, ou du jonc odorant, parce que alors, c’est un bon remède pour la matrice et dans la dyssenterie. Dans le troisième procédé, on ôte les onglets, on pile les feuilles, on les exprime à travers un linge serré, on reçoit le suc dans un vase d’airain, et on le fait cuire à un feu doux jusqu'à consistance de miel ; pour cela il faut choisir les pétales les plus odorants. » :
Le « Code des Médicaments » de 1818 cite un procédé peu différent. On se sert des « pétales récents de roses pâles » que l’on pile au mortier, exprime fortement et filtre sur papier Gris. Le suc obtenu est « rougeâtre, très odorant, point visqueux, un peu acide ; on le conserve dans des bouteilles, recouvert d'huile » (11).
Nous avons retrouvé, en feuilletant les « Archives de la Société de Pharmacie », dans le volume 51 des « Mémoires et Rapports », un article, daté du 12 août 1820, relatif au suc de roses. Il est signé de Manîredi, pharmacien, travaillant chez M. Vinay, 251, rue Saint- Honoré. Nous le citerons en entier pour montrer tout l'intérêt que
l'on attachait à l’époque à l'obtention d’un suc de roses clair. (11) CODE MEDICAMENTS 1818.
e SUC DE ROSES
Procédé pour l'avoir bien clair et pour le conserver. R. « Pétales de roses de Provins ou de roses pâles que vous voudrez, mettez dans une bassine bien étamée, ajoutez-y une pe-
Te
tite quantité d’eau, faites bouillir à une douce chaleur, remuez souvent avec une spatule de bois, ajoutez de temps en temps de l'eau par petite quantité de manière que l’eau n'excède pas le poids des roses que vous avez employé, laissez-les sur le feu jusqu'à ce que l’eau soit chargée du principe colorant, coulez et exprimez.
Clarification : mettez le suc exprimé dans des matras à longs cols, remplissez-les tout à fait, exposez les matras à une chaleur d'environ vingt degrés et laissez le suc jusqu’à ce qu’il soit clarilé, c’est-à-dire que la fermentation cesse d’avoir lieu.
Il est nécessaire d’avoir du suc exprimé dans une fiole à part, pour ajouter dans les matras, afin de les conserver toujours pleins et en faciliter la clarilication. Le suc ainsi clarifié, on le coule à travers une étamine, et on le conserve dans des bouteilles à longs cols, en y ajoutant un peu d’huile d'amandes douces.
« Par ce procédé, vous aurez un suc de roses qui conserve son odeur et sa couleur et qui peut être employé avantageusement pour les syrops et le miel rosat. »
Cent ans plus tard, dans son « Formulaire Magistral », paru en 1820, Bouchardat donne encore la même préparation, à partir des pétales frais de roses (12).
Actuellement, la thérapeutique moderne a substitué l’eau distillée de rose, au suc de rose.
« Le jus de rose est apéritif, résolutif, abstersif et laxatif, et si modilie le sang bilieux et purge la cholère. I est fort bon à la jaunisse et aux oppilations de l’estomach et du foye. Il fortilie le cœur et est fort propre aux battements d’iceluy : car il purge et chasse hors les humeurs qui causent le bat de cœur. Il sert aussi aux fièvres causées d’humeurs colériques comme sont fièvres tierces » (13).
« Le jus tiré de roses sèches cuytes en vin sert aux douleurs de la teste, des oreilles, des yeux, des gencives, du fondement et des boyaux culiers, aussi aux douleurs de l’amarris, oint avec une plume ou clystérisé » (Dioscoride, Liv. 1, Chap. CXID.
Le suc de roses rouges, « mis dans une bouteille de verre ouverte y bouillira et s’y puriliera ; ainsi purilié, mêlé ensuite avec sucre Îin et mis dans les yeux, il les fortifiera bien, arrêtera les vieilles fluxions et les larmes involontaires » (14).
(12) BOUCHARDAT et RATHERY, Formulaire, 1920. (13) MATTIOLE, Com. Dioscoride I, 84.
(14) D'ATTIGNA, Les Œuvres Médicinales, Lyon 1695, III, 162.
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Le suc de roses rentre dans de nombreux médicaments, parmi lesquels l'Electuaire de succo rosarum. Sa formule tirée de lAntidotaire » de Nicolas (1100 environ), est la suivante : « zucre, jus de rose, sandali blanc et roge, gumme arabic, spodium, scammonée, camire ». Il figure encore au Codex de 1758. « Il vaut a goute et purge cole » (bile) (15). Comme cet électuaire est très hygroscopique, Lémery propose une préparation sous forme de tablettes de suc de roses réformées, « renfermant un peu de gomme adragante ».(16).
L’emplâtre de l’Abbé de Grâce (17), où le suc de roses pâles épuré est mélangé de litharge d’or préparé, de céruse de Venise et de cire jaune. Ïl est propre pour dessécher les plaies et les ulcè-
res (18).
Les pilules Angelico (19) qui doivent leur nom à leurs grandes qualités. Le suc y est associé à l’aloès, la rhubarbe, l’agaric ; elles purgent la bile et les autres humeurs (20).
Le sirop de roses pâles dont nous verrons la formule plus loin, etc...
(5) ANTIDOTAIRE NICOLAS.
(16) LEMERY, Pharmacopée II, 642-643. (17) CODEX, 1756.
(18) LEMERY, Pharmacopée II, 1186.