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R. des Roses Blanches ou Pâles cueillies dans le bon temps et mondées de leur pédicule ou bouton.

Pilez-les dans un mortier de marbre et jetez-y peu à peu du suc de roses pâles ou blanches.

Laissez-les en macération pendant deux jours dans un vaisseau bien clos, et ensuite, distillez le tout au bain-marie ou de vapeur.

Si, à la place de roses blanches ou pâles, on emploie des roses rouges, on obtient une eau moins parfumée, mais plus active et «il serait à souhaiter que le monde qui veut souvent être trompé ne s’attachât point tant à l’odeur de cette eau pour juger de 5a bonté », ajoute Lémery.

« On se sert souvent pour la distillation des roses, d’un rosaire qui est un vaisseau distillatoire de médiocre grandeur, composé d’un bassin plat de cuivre étamé en dedans et d’une chape d’étain; on embplit la bassine de feuilles de roses entières et ayant adapté sa chappe et un récipient, on donne un petit feu dessous pour faire distiller de l'eau de roses ; on lève ensuite la chappe, et lon trouve les roses amassées et applaties en une espèce de gâteau, qui a pris la figure du bassin, c’est ce qu’on appelle chapeau de roses, on le retire du vaisseau tout entier, et on le met sécher au soleil suffisamment pour le garder : on s’en sert en fomentation bouilli dans du vin pour fortilier. »

Lémery donne ensuite la manière de préparer l’eau de roses per descensum : « Ayez un grand pot de terre dont l'embouchure soit large, couvrez-le d’une toile nette et la liez d’une ficelle autour du rebord, enfoncez le linge avec la main dans le pot pour y faire une cavité, laquelle vous remplirez de feuilles de roses, posez sur ces roses le cul d’un plat ou d’une terrine qu'on aura chaulflé, lequel joigne bien avec le haut du pot, mettez dans cette terrine des cendres chaudes et un peu de braise pour échauller les roses ; la vapeur qui s’en élèvera fera précipiter par le cul de la terrine, et elle distillera au fond du pot ; continuez le même degré de feu, changeant les roses à mesure qu’elles seront sèches, jusqu’à ce que vous ayez assez d’eau de roses. »

C’est la préparation per ascensum que nous retrouvons décrite, à quelques modalités près, dans les différentes éditions du CODEX de 1758 à 1947. Mais alors que le CODEX de 1758 donne la préparation des eaux distillées de la rose rouge (eau distillée de Îleurs, eau distillée de calice), de la rose pâle (eau distillée de fleurs, eau distillée de calice), et de la rosa damascena (eau distillée de Îleurs), le CODEX de 1949 indique la seule préparation de l’'sau distillée de pétales de la rose pâle (rosa centilolia).

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Si l’on veut une eau de roses colorée, on trouvera la recette dans Charras qui, par ailleurs, s'étend longuement sur les divers modes de distillation des roses. « Pour contenter ceux qui voudraient imprimer la couleur des roses à l’eau qui en distille, on prendra une poignée de roses de Provins coupées sèches, et les ayant arrosées avec tant soit peu de bon Esprit de soufre ou de Vitriol, on remplira le creux du canal du chapiteau de verre, avant que de le mettre et luter sur la cucurbite, car en ménageant bien le feu pendant la distillation, on aura, sans changer la bonne odeur, ni les qualités qu’on doit espérer, une eau de roses de belle couleur, et autant et plus vermeille, si on veut, que les roses dont on l’aura tirée » (25).

Dérivée de ce procédé, Buc’Hoz indique la préparation d’une eau de roses « sans fourneau, sans retorte, ni alambic » : « on prend simplement, dit-il, une terrine dans laquelle on mettra de l’eau avec des feuilles de roses, après quoi on verse dessus 2 ou 3 gouttes de vitrioi ; elles suffisent pour communiquer à l’eau, non seulement la couleur, mais encore l’odeur des roses » (26).

C’est là une falsification que le sieur POMET, marchand épicier et droguiste, avait déjà signalée. I! trouvait assez injuste que la fabrication de l’eau distillée de roses, fut réservée aux seuls apothicaires et distillateurs, alors qu'il avait le droit d’en vendre, « la fabrique d'aucune marchandise ne nous étant permise, dit-il, quoy qu’assez mal à propos, en ce qu’il vaudrait mieux que chacun fit ce qu'il vend, afin qu'il en peut répondre » (27).

Reconnaissons que ce jugement est fort judicieux.

Emploi : On a usé et abusé de l’eau de roses, dans les temps les plus anciens, pour son parfum agréable. Les empereurs romains de la décadence, Néron, Caligula, allaient jusqu’à remplir les piscines des bains publics d’eau de roses. Ils en faisaient répandre sous forme de pluie fine sur leurs convives, au cours des festins, mais cela peut-être dans un but sinon thérapeutique, du moins préventif, les roses passant pour dissiper les vapeurs du vin. Rabelais la distribue généreusement aux habitants de son abbaye de Thélème.… « à l'issue des salles des logis des dames estaient les parfumeurs et testonneurs. Iceulx fournissaient pour chascun matin les chambres des dames d’eau rose » (28).

Ce n’est pas seulement chez les Romains ou dans les récits

(25) CHARRAS, Pharmacopée Royale.

(26) BUC’HOZ, Dissert. sur les Roses, 13.

(27) POMET, Hist. Génér. des Drogues, 176.

(28) RABELAIS, Gargantua, Ch. LV, « Comment estait le manoir des Thélémites »,

AOTE

de Rabelais que nous trouvons ces emplois immodérés d’eau de roses, mais aussi en France où son emploi à été généralisé par les Croisés. On prit l'habitude des ablutions parfumées d’eau de roses, et les jours de fête publique, on en remplissait les fontaines.

Mathieu de Coucy rapporte qu’au cours d’un banquet donné par Philippe V le Bon, duc de Bourgogne, on voyait une statue d'enfant « qui pissait de l’eau de rose » (29).

Ces emplois ne doivent pas cependant nous faire oublier que l'eau de roses a toujours été en bonne place dans l’officine des . . . , . A 4 apothicaires qui la préparaient souvent eux-mêmes : que l'on se

souvienne de POMET !

L'eau de roses est mentionnée dans de nombreux mémoires ; entre autres :

1) Dans un mémoire d’apothicaire du XIV" siècle, émanant de Guillaume Duval, épicier de Rouen, et adressé à Monseigneur le Duc. Elle y figure sous le nom de « yaue rosse » (30).

2) Dans le « Traité des eaux distillées qu’un apothicaire doit tenir en sa boutique », par Laurens Catelan, Maître apothicaire de Montpellier (une vingtaine, dont eau de roses), réédité en 1627.

3) Dans la liste des compositions qu’un apothicaire devait obligatoirement posséder à Châlon-sur-Saône, pour se conformer aux

statuts de 1630 (31).

4) Dans une note envoyée, sous le règne de Louis XIV, par A. Gombault, apothicaire, à Monsieur le Président :

« Plus du 1” Janvier pour canette de eau de rose pour les baptisailles de l'enfant de sa garce : 0 livre 08 sols. »

On pourrait aussi citer à l'infini les mémoires où se trouve consignée l’eau de roses.

Emploi thérapeutique : L’eau de roses à joui de bien des propriétés, et les Anciens (Pline, Dioscoride...) se sont accordés à tirer profit de ses vertus cordiales et astringentes.

Du temps de Philippe le Bel, l'eau de roses était regardée

e A # « n comme cordial, mêlée sans doute à des plantes aromatiques ; elle servait au temps de Charlemagne et de l'empereur Alexis, à prévenir les défaillances.

Rabelais parle de ses propriétés cordiales, associée au vinaigre : « Et y leussent encore sinon qu’on apporta force vinaigre et

(29) BLAIZOT, Parfums et Parfumeurs, 38.

(G30) ANCHEL R.,, Trois Mémoires d’Apothicaires du XIV* siècle (Rev. des Spéc. Décembre 1937).

(81) PREVET, Les Statuts et Règlements des Apothicaires, p. 1607, VII.

eau de rose, pour leur faire revenir le sens et entendement accoutumé. »

FERNEL (1497-1558), médecin de Henri IL, faisait aussi sans doute appel aux propriétés cordiales de l’eau de roses dans ces deux prescriptions, l’une pour les maladies du tœur à base d’eau de buglosse bourrache, eau de rose, chardon bénit, scabieuse, et vin blanc, l’autre pour les inilammations du foie : « Eau d’endives, de chicorée, de pourpier, eau de rose, de plantain, une once de chaque ; vinaigre une once 1/2. On ajoute roses rouges, absin-

the, souchet, trochisque de camphre pulvérisé de chaque 1 drachme (32).

Propriétés astringentes : Ses propriétés astringentes sont mises semble-t-il, plus souvent à profit, surtout en ophtalmologie. Dans « l'Art de conserver sa santé », par l'Ecole de Salerne (33), qui date du début du XIF"* siècle, nous lisons :

« Eaux bonnes pour les yeux Prenez fenouil, verveine, éclaire, rose et rue ; On en distille une eau très saine pour la vue. »

Amatus Lusitanus, qui enseigna la médecine à Ferrare et à Ancône aux alentours de 1550, vint à bout d’une ophtalmie épidémique par l'emploi de compresses d’eau de roses sur les veux et l’instillation d’un collyre à base de sucre candi, de gomme et de cuivre vert (34).

Dans le recueil des « Formules de Pharmacie pour les hôpitaux militaires du Roy », paru en 1747, nous trouvons un collyre, le collyre de Lanfranc, à base d’orpiment, verdet, myrrhe, aloës, eau de plantain et de rose (35).

Contre l’inflammation des veux, N. de BLEGNY donne la recette suivante : « Prenez pulpe de pommes aigres, cuites dans eau de rose et de fenouil, 3 onces, mucilage de semences de fenouil grec tiré avec l’eau de rose, 1 once, blancs d’œuifs au nombre de deux, camphre 1 dragme, et saffran 4 grains, meslez tout ensemble pour un cataplasme ».

En 1804, CHANEL confirme que la pomme bouillie dans de l'eau de roses est excellente pour calmer linflammation des yeux (cité par D' Decaux, in « Revue Phytothér. », Avril 1938, p. 128).

(32) FIESSINGER, Ch. Thérapeutique des Vieux Maîtres, 63.

(33) ECOLE DE SALERNE, l'Art de Conserver sa Santé, 71.

(34) FIESSINGER, Thérapeutique des Vieux Maîtres, 81.

(35) MOREAU et BOUVET, Les Formulaires des Hôpitaux militaires français avant la Révolution.

noie

L'eau de roses est encore employée actuellement en collyres et pour les bains d’yeux, comme légèrement astringente.

Ce sont également ses propriétés astringentes qui la font employer en injections dans certaines uréthrites. Rabelais la conseillait pour la toilette vaginale des dames, et quelque temps après Jean Astruc (1684-1766), médecin de Louis XV, emploie l’eau de roses additionnée de lait de chèvre écrémé, en injections vaginales dans les inflammations de la matrice (36). Fracastor, au milieu du XVI" siècle, l'employait pour laver dès leur apparition les petits ulcères (37). Bauderon nous explique, par ailleurs, cette vertu | astringente à propos de la préparation du sirop de réglisse dans laquelle entre l’eau de roses. « L'eau de rose y est mise, dit-il, pour arrester les fluxions trop tenues, qui fluent en la poitrine, par sa légère astriction et pour la corroborer ainsi que doctement Galien au 12 de sa Méthode nous a laissé par escrit » (38).

Boerhave conseille dans les aphtes et les « engorgements des gencives », sous forme de collutoire, la mixture détersive suivante :

R:Fau'deïroses 2 5e TS ee 3 onces Crème delai ST TR MECS ee

Blanc: d'ŒUrS ER EEE ete ) a 1 once SILOD NICE EE MAIRES A RE AE PROS )

Il semble bien qu’on ait accordé parfois à l’eau de roses, à côté de sa vertu astringente, une propriété anesthésiante, témoins entre autres ces recettes suivantes :

Maimonide (1139-1204), élève d’Averroès qui enseigna à Cordoue, applique l’eau de roses en compressés sur les piqûres de

guêpe ou d'abeille (39).

M. Le Clerc dans sa « Médecine Aisée », parue en 1703, écrit : « la douleur du fondement qui vient de s'être torché avec du papier poivré se guérit en bassinant l’anus avec du lait et de l’eau de rose ».

En Provence, les dames employaient avec succès dans les vapeurs, une potion faite avec 3 onces d’eau de roses et autant d’eau de fleurs d'oranger, échauîlée sur un feu doux, pour y faire fondre sur un morceau de sucre (« Dictionnaire botanique et pharmaceutique », Paris, 1802, p. 557).

On trouve souvent dans les pharmacopées anciennes le mélange eau de roses et sucre blanc, désigné sous le nom de Julep

(36) FIESSINGER, Ch. Thérapeutique des Vieux Maîtres. (37) FRACASTOR, 325.

(38) BAUDERON, Pharmacopée, 45.

(39) MAIMONIDE, Traité des Poisons, 38.

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rosat, jusqu'à la fin du XIX”° siècle où il est mentionné dans de nombreuses pharmacopées allemandes (Jourdan). On le conseille contre les fièvres (Bauderon). Dans la phtisie, Rivière (1589-1655), qui fut professeur à Montpellier et à qui nous devons la potion de Rivière, prescrit à côté du lait de soufre, des juleps de roses. Liébaut recommande dans les cas de pertes blanches d’origine hépatique (selon lui), l'emploi de julep rosat comme cholagogue astringent (40).

D’ATTIGNA, herboriste lyonnais, désigne ce mélange d’eau de roses et de sucre fin pulvérisé, sous le nom de « Syrop du Roi François FE ». Mêlé avec un grand verre d’eau fraîche, il désaltèrera agréablement, « aux grandes chaleurs de l’esté », les délicats qui ont du bien (41).

Ce même d'ATTIGNA signale l'emploi de l’eau distillée des fruits de rosier: sauvage ou cynorrhodons dans les cas de dissentérie, « le malade en boit un demi verre à jeun, autant de temps aue la nécessité l’y oblige » (42).

(40) LIEBAUT, Des maladies et Infirmitez des Femmes, 1651, 1 301. (41) D’ATTIGNA, Œuvres Médicinales, 1695, II, 193. (42) D'ATTIGNA, Œuvres Médicinales, 1695, I, 14,

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