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ESSENCE DE ROSES

L’essence de roses est ce liquide épais, huileux, volatil, et très odorant de couleur jaunâtre que l’on recueille à la surface de l'eau de roses obtenue par la distillation des pétales de la fleur, des roses dites « pâles » (Rosa Damascena, Mill, R. Alba L, R. Centifolia L., R. moschata).

Sa découverte semble bien postérieure à celle de leau de roses. LANGLES qui a recherché son origine chez les peuples orientaux, donne la date de 1612 (43), et ceci après avoir compulsé de très nombreux ouvrages persans ou mongols, parlant de la rose et de l’eau de roses. Or, à cette même époque, l'essence de roses était connue en Europe, témoin le « De destillatione liber « de Géronimo Rossi, paru à Ravennes en 1582, où son auteur avait remarqué que l’on peut séparer de l’eau de roses une matière huileuse extrêmement odorante, et le livre « De destillatione » de Porta paru à Rome en 1608 où l’on peut lire « Omnium dif cillime extractionis est rosarum oleum, atque in minima quantitate sed suavissimi odoris ».

La difficulté et le peu de rendement (44) de cette extraction expliquent que Ettmuler qualifie ce procédé de « paradoxe chymique ».

Quoiqu'il en soit, à la fin du XVIF"* siècle, les fabriques d'essence de roses de Turquie sont célèbres et fournissent déià une quantité appréciable d'essence qu’elles vendent à prix d’or.

POMET en 1694 écrit : « On peut aussi tirer des roses une huile blanche et fort odorante ; mais sa grande cherté et le peu qu’on en peut tirer, est la cause que nous n’en vendons que très peu » (45). De même, CHARRAS, en 1717, écrira à propos de cette « huile distillée de roses », « on ne la prodigue pas tant à cause de sa cherté » (46).

Le Codex de 1818 donne la préparation de l'huile volatile de roses. L'opération est la même que pour l'obtention de l’eau distillée de roses, mais on adapte au bec du chapiteau un récipient Florentin qui permettra de séparer plus aisément l'huile surnageant.

(43) L. LANGLES, Recheïrches sur la Découverte de l’'Essence de Roses 1804.

(44) On estime actuellement qu'il faut environ 100.000 roses pour retirer 10 grammes d'essence. E. PERROT, Matières premières du Règne Végétal, II, 1362,

(45), POMET, Histoire des Drogues, 1694.

(46) CHARRAS, Pharmacopée Royale, 1717, 476.

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Voici un autre procédé employé au début du XIX”"* siècle, et rapporté par de Chesnel dans son « Histoire de la Rose » (1838). « On effeuille des roses musquées dans un vase de bois, où l’on a mis de l’eau et on l’expose à l’action du soleil. La chaleur dégage la partie huileuse des pétales qui vient nager sur l’eau ; on la recueille soigneusement avec du coton fin que l’on exprime immédiatement dans de petites bouteilles. »

Actuellement, on emploie surtout les procédés par extraction; on met une couche de graisse, puis une couche de pétales frais et ainsi de suite ; le tout est maintenu au baïin-marie.

On écrase ensuite le mélange à la presse hydraulique à chaud et l'on recommence à disposer de nouveaux pétales frais dans cette graisse. Quand celle-ci à atteint le degré de saturation convenable, on extrait l’essence par lalcoo!l à 85°, laissé en contact avec la matière grasse très divisée. On a recours également à d’autres solvants qui ont tous plus ou moins d’inconvénients, soit au point de vue qualité de l'essence, soit au point de vue prix de revient industriel, comme par exemple le sulfure de carbone, le chlorure de méthyle (Massignon), la paraîfine, les huiles de pétroles. Tous cés procédés donnent une essence uniquement réservée aux usages de la parfumerie (47).

Mais nous ne devons pas oublier que la parfumerie fut d’abord chez les Grecs une branche de la Science médicale, et surtout que l'essence de roses à ses débuts, jouissait de propriétés thérapeutiques très appréciables : « l'expérience nous apprend, et nous voyons tous les jours que les choses puantes causent des nausées et que les bonnes odeurs relont le cœur », dit Ettmuler (48). « Elle est fort propre pour réjouir et fortilier le cœur et l'estomac », écrit Pomet (49). « On la donne intérieurement depuis 1 ou 2 gouttes jusqu'à 5 ou 6 gouttes, l'ayant incorporée avec quelques dragmes de sucre fin en poudre et dissoute dans sa propre eau » (50).

Le XIX"° siècle lui attribue des propriétés stimulantes et antispasmodiques (51) comme d’ailleurs à toutes les substances d’odeur forte. Les Turcs ont une grande confiance dans ses propriétés

(47) D'après BLONDEL, Les produits odorants des Rosiers, 1889, 142-143.

(48) G. DESCHAMPS, « Etude Comparative du Codex Français », Thèse Paris 1891.

(49) POMET, Histoire des Drogues, 1694.

(50) CHARRAS, Pharmacopée Royale, 1717, 475.

(51) FONSSAGRIVES, Traité de Mat. Médic. Paris 1885, 957.

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aphrodisiaques et absorbent à cet effet de fortes quantités de confitures de roses (52).

Le Docteur BLONDEL, qui a étudié spécialement « les produits odorants des rosiers » (53), nous rapporte ses observations personnelles faites sur l'essence pure. « Nous avons ingéré nousmême, écrit-il, pendant 10 jours, une dose croissante d'essence de roses en débutant par 5 gouttes et en augmentant chaque jour d’une goutte. À jeun, elle provoque des crampes d'estomac très marquées, même à la dose de 2 gouttes sur un morceau de sucre : la saveur est d’ailleurs âcre, amère et des plus désagréables. Ingérée vers la fin du repas, elle nous a paru stimuler légèrement les fonctions digestives pendant les premiers jours. À partir de 10 à 12 gouttes, les crampes reparurent ; la digestion loin d’être excitée était sensiblement entravée, ralentie, avec flatulence marquée. Les seuls effets généraux que nous ayons observés se sont bornés à une tendance assez marquée au sommeil.

Un cobaye auquel nous avons?injecté sous la peau 1 cc. d’essence de roses par Jour, est mort au bout de 4 jours, dans une torpeur profonde qui avait duré près de 48 heures. L’autopsie nous a révélé seulement un état légèrement congestif des méninges. »

A l'analyse, l'essence de roses révèle la présence de 12 à 15 % de paraîfine ; cette paraîffine cristallise et se dépose dans une solution alcoolique à 9° ; c’est elle qui constitue la partie solide dénommée stéaroptène, inodore. La partie liquide (oléoptène) est composée de 60 à 65 % de géraniol, 15 à 20 % de citronellol, et surtout de corps à odeurs suaves (54). La stéaroptène est inodore mais son étude présente une grande importance au point de vue industriel, car l'estimation de la valeur d’une essence de roses, est basée entièrement sur la proportion qu’elle renferme de ce COTpS.

Il est à noter que l’on trouve sur le marché très peu d'essence de roses véritable, et c’est peut-être là qu'il faut voir la désaftection actuelle pour les parfums à base de rose, qui furent tellement en honneur au début du XIX": siècle (55).

On la trouve encore employée actuellement dans quelques spécialités pharmaceutiques (huiles nasales, etc….).

(52) La Poudre Blanche ou Farine Virginale de Mynsicht renferme entre autres produits de l'huile distillée, ou essence de rose. Son nom de Virginale lui viendrait au dire de Lémery, de ce que « les filles sont comme excluses de s’en servir à cause. de l'essence de roses qui pourraient leur exciter des vapeurs » (LEMERY, Pharmacopée I, 362).

(53) BLONDEL, Les produits odorants des rosiers, 1889.

(54) PERROT, Matières Premières Usuelles du Règne Végétal, 1943, 1365.

(55) Sur 270 recettes de parfumerie données dans la « Toilette de Flore », ouvrage publié par Buc’hoz en 1773, plus de 50 renferment des roses.

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