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LA ROSE EMPLOYÉE COMME CORDIALE

Si la rose à été considérée de tout temps comme cordiale, tonique et fortifiante, elle le doit à son tanin, c’est bien certain, mais aussi sans doute à la belle couleur pourpre rappelant celle d'un sang généreux, et peut-être au fait qu’elle est la reine des Îleurs, donc une chose précieuse comme l'or et les perles, avant par conséquent une action élective sur l'organe le plus précieux, e Cœur.

Ambroise PARE nous donne une autre explication : « C’est, écrit-il, une preuve fait par raison », « les conserves de roses sont faites pour le cœur, parce que sont en soi et rendent de soi une odeur, c’est-à-dire un air ou exhalation fort suave, bénigne et familière à la nature et substance du cœur, en tant qu’elles peuvent engendrer, multiplier, éclaircir et subtilier les esprits vitaux, par similitude de leur substance aérée, spirituelle et odorante » (54).

(53) DORVAULT, L'Officine, Paris, 1928. (54) A. PARÉ, Discours de la Licorne, 216, 217.

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Qu'il s'agisse de la poudre de rose (CHARRAS), dela conserve de rose (LEMERY), du jus de rose (MATTIOLE), de l'eau de rose (RABELAIS), de l'essence de rose (POMET), du sirop de rose (LEMERY), du sucre rosat ou des tablettes rosat (CHARRAS), etc…., toutes ces préparations sont estimées « fort propres à réjouir et fortilier le cœur » (POMET), « à fortilier le cœur et l'estomac » (LEMERY), « à fortilier et réjouir le cœur et les parties nobles » (CHARRAS), « à fortilier le cerveau » (CHARRAS), « ce qui a sans doute donné l’idée à Dejean d'employer la poudre de rose rouge « pour égayer l'imagination ».

BUCHOZ et JOURDAN au début du XIX"° siècle signalent les propriétés cordiales de l'esprit de rose et plus près de nous le Docteur Leclerc propose encore le bédéguar comme tonique contre la tuberculose.

Nous retrouvons aussi la rose dans la composition d’'Eaux de

Cologne célèbres de la Ein du XVIIF"* siècle ou du début du XIX"° siècle, et cela ne saurait nous étonner, lorsque l’on sait qu'à ses débuts, l’eau de Cologne fut employée en usage interne comme stimulant et tonique (55).

L’Apothicaire Johannes Hermann qui soutint sa thèse à Strasbourg en 1762 sur la Rose du point de vue botanique et médical, nous rappelle que Paracelse proposait les fleurs de Rosier sauvage comme un élixir de choix pour conserver les vieillards, et il termine en disant qu'il n’est presque aucune partie du corps humain, aucune maladie, pour laquelle la rose n’ait été prescrite en remède (Nulla fere corporis humani pars, nullus morbus est, cui non ab aliquo medicina e Rosa prescripta fit) (56).

En dehors de ces propriétés purgatives, astringentes et cordiales, la rose a jouit de propriétés moins universellement reconnues et dont certaines ne vont pas sans nous surprendre.

Propriétés antiseptiques et cicatrisantes que nous accorderons bien volontiers à la rose et plus spécialement à son essence ; c’est cette propriété antiseptique qui fut mise à profit par Vénus pour embaumer le corps d'Hector, et bien longtemps après par Nostradamus pour combattre l'épidémie de peste de 1546. Maimonide nous rapporte que les Arabes appliquaient l'huile de rose sur les

(55) Cf. EAU DE COLOGNE, p. 21.

(56) HERMANN : Dissertatio….

(57) Jérôme FRACASTOR, Liv. IL, Ch. X: Hieronymi Fracastorii de contagionibus et contagiosis morbis, et eorum curatione,

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morsures de bêtes. Ici s'ajoute au pouvoir antiseptique et cicatrisant de la rose, un pouvoir calmant. Jérôme FRACASTOR, dans le chapitre X, consacré au traitement de la syphilis ou mal français, préconise de laver aussitôt après les rapports, les parties génitales avec de l’eau de rose (Aqua rosaceam) et de prendre des évacuants, l’un des meilleurs étant le miel rosat (57).

— Propriétés cholagogues, dues sans doute à la présence de l'acide gallique.

— Propriétés calmantes et soporifiques, déjà mentionnées par PLINE : « La rose apaise les douleurs d'estomac (PLINE), les maux de dents (PLINE, CHARRAS), les douleurs de tête (PLINE, DIOS- CORIDE, LEMERY), les maux d'oreilles (Mme de SOBRY) ; elle est cniplo ee contre l'épilepsie. Ses propriétés hypnotiques dues à son essence, mises à profit par les magiciennes dans l'antiquité, puis par PLINE, DIOSCORIDE, LEMERY, ont été largement démontrées comme nous l’avons vu par les expériences actuelles de BLONDEL. Les médecins salernitains (XF”*° siècle) prescrivent la rose pour « tempérer les ardeurs que l'amour cause » et cela fait aussi partie des propriétés calmantes. Par contre la rose est encore employée de nos jours en Turquie comme aphrosidiaque.

— Propriétés dermatologiques :

A ces usages dermatologiques on peut rattacher la propriété que possèdent les roses de faire repousser les cheveux (Strabus) ou du moins de les empêcher de tomber (Bruzon de la Martinière) ou de les conserver (Dejean).

La graine, selon Schroder et Wedelius, serait diurétique : c’est cette même propriété qui est mise actuellement à profit par Leclerc pour faire diminuer l’albuminerie et activer la diurèse dans les néphrites.

Les vertus antirabiques de la rose et de l’églantier découvertes par Pline, Tragus, Césalpin, ont été remises à l'honneur à la fin du XVIII": siècle par le Chevalier Digby dans son fameux remède contre la rage, et signalées par Baudot dans ses Essais antihydrophobiques comme étant encore en usage dans les campagnes au

début du XIX"° siècle.

LEMERY signale les propriétés vermiluges du bédéguar (peutêtre à cause de son aspect vermicellé ?). Il serait encore employé de nos jours, en Suisse, comme toenifuge par les paysans. OPOIX accordait la même vertu à la rose de Provins.

Si nous ne voyons pas les raisons de l'emploi du bédéguar contre le goître, ou de la rose contre la stérilité (mais elle était dans ce cas mélangée à la graisse de lion), l'usage du cynorrhodon comme antiscorbutique s’est vu pleinement justifié par la découverte de la vitamine C.

PROPRIETES THERAPEUTIQUES SPECIALEMENT ATTRIBUEES A L’'EGLANTIER

Ce sont à peu près les propriétés que l’on a vu attribuées à la rose en général, c’est-à-dire :

— Astringente dans les cours de ventre, les crachements de sang, le flux immodéré des règles (Guillermeau).

— Antiscorbutique.

— Purgative (Guillermeau).

— Cordiale et tonique.

— Toenifuge (en Suisse).

— Antirabique.

— Contre l’alopécie.

— Contre le calcul : « Les petites éponges et le fruit de FEglantier sont fort bons contre le calcul et la difficulté d'urine, si Pon en baille à boire après les avoir réduit en poudre » (Dalechamp).

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