ÉTUDE CLINIQUE
Au point de vue de la clinique un certain nombre d'enseignements se dégagent des observations de rougeole congénitale avec symptomatologie évidente que nous venons de signaler. Puisque l’exanthème de l’enfant peut coïncider avec celui de la mère tout nous aulorise à croire que la période d’incubation
dans la rougeole congénitale est la même que dans la rougeole acquise.
A l'exception de la fièvre qui est rarement signalée dans les cas publiés, la période d’invasion de la rougeole congénitale se caractérise par la symptomatologie habituelle de la rougeole acquise.
Les catarrhes manquent rarement et ils sont parfois intenses. La toux est fréquente, la plupart des auteurs y insistent. Se montrant à cette époque de la vie, la toux ne manquera pas de frapper l’entourage du nouveau-né. La diarrhée peut se voir également. Il est intéressant de constater les calarrhes dans la rougeole congénitale. Nous savons que dans la rougeole acquise l’inoculation du virus se fait par l'intermédiaire obligé des muqueuses et en particulier des muqueuses oculaires et nasale : les germes pénètrent ensuite dans la circulation générale. Dans la rougeole congénitale le processus est pour ainsi dire inverse: l'infection des muqueuses succède à l’envahissement de la masse sanguine par les germes pathogènes. Nous avons là une démonstration de l’affinité que possède le virus morbilleux pour le tissu des muqueuses.
Pour ce qui est de l’éruption elle présente les caractères habituels de l’exanthème morbilleux: tantôt elle peut-être particulièrement intense, devenir confluente, se généraliser à tout le corps ou au contraire respecter certaines parties. Tantôt elle peut être discrète et fugace.
Nulle part nous n'avons trouvé signalé le signe de
dia re Koplik, sans doute à cause de la difficulté de le différencier nettement des autres lésions de la muqueuse buccale à cet âge de la vie.
Au point de vue de l’évolution celle-ci paraît assez favorable dans la majorité des cas, l’exanthème - semblant constituer alors toute la maladie. Les complications ordinaires de l'infection morbilleuse sont à redouter. La broncho-pneumonie, la diarrhée pouvant rapidement emporter le petit malade. Fieax a pu écrire ceci : ;
« Rien de semblable à ce qui se passe cheal'adnlté Pas de catarrhe oculaire, pas de catarrhe nasal, rien du côté des voies respiratoires. Pas d’élévation de la température. Ce qui domine ce sont les troubles digestifs, anorexie, constipation, abaissement de la température, le tout aboutissant très vite au syndrome de l’athrepsie. »
Il nous reste enfin à envisager deux éventualités exceptionnelles.
1° Rougeole chez la mère non suivie de la contamination de l'enfant
Il peut arriver dans certains cas, rares du reste, que la mère ait une atteinte franche de rougeole sans qu'il s'ensuive forcément une contamination apparente de l’enfant. Deux cas à FO ReSERS suivant que l'enfant survit ou non :
a) L'enfant succombe. — En cas d'avortement ou en cas d'accouchement prématuré ou à terme mais
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où l’enfant ne vit pas suffisamment longtemps pour permettre à la maladie de se développer, il est impos. sible d'affirmer l'absence de contamination. Il est vraisemblable que dans un certain nombre de cas tout au moins, l’enfant portait en lui le germe de la rougeole ; mais la mort a empêché la maladie de se développer.
b) L'enfant survit. — Lorsque la survie dépasse une semaine où deux et qu'aucune éruption n’apparaît il ne faut pas non plus se hâter de conclure à l'absence de contamination, car dans ces accouchements au cours de la rougeole l'enfant, nous l'avons déjà vu, a souffert de la maladie maternelle ; il naît le plus souvent débile et finit par succomber à peu près dans la moitié des cas d’après une statistique de Nouvat. Il se peut alors que l'organisme bien qu'infecté, n’ait pas -eu la force de réagir jusqu'à réaliser l’exanthème. Parfois à une date plus ou moins éloignée de la naissance on peut observer une desquamation dont les caractères rappellent ceux de la
desquamation morbilleuse. Quelle en est sa valeur
au point de vue du diagnostic rétrospectif ? Nous la croyons très faible, voire nulle à cause de la fréquence et du polymorphisme des processus desquamatifs des premiers jours de la vie. Cependant dans un cas de Mason ce diagnostic rétrospectif semble avoir pu être posé : Û
« La femme entre à l'hôpital le 19 mai 1904 avec signe de Koplik, exanthème buccal et palatin, une éruption maculo-papuleuse sur le point de pâlir inté-
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ressant le corps entier et un rash confluent à la face. Légère desquamation au nez et aux oreilles.
Une semaine après son entrée à l'hôpital, l’éruption de la mère a pâli laissant une pigmentation considérable de la peau et une desquamation à la face. Accouchement le huitième Jour.
Examen de l'enfant à la naissance. — Mac Collom trouve qu’il existe des marbrures de la peau intéressant le corps tout entier et une desquamation semblable à du son sur la poitrine et aux aisselles. Le lendemain la desquamation apparaît sur le front, à la face plantaire des orteils et entre les orteils.
Le second jour, desquamation furfuracée sur la poitrine et à la face ; le treizième jour, très fine desquamation furfuracée aux aisselles et aux tempes.
Le vingt et unième jour, disparition de la desquamation et il n’y avait aucun signe de rougeole.
L'enfant resta en contact avec sa mère et ne contracta pas la maladie. »
Ainsi dans les deux cas que nous venons d’envisager aucune conclusion ne semble permise.
Par contre, si l'enfant normalement constitué à la naissance présente par la suite un développement régulier, si aucun signe morbide n'apparaît dans les délais ordinaires, si de plus il contracte la rougeole plus tard on est en droit d’affirmer l'absence de con: tamination transplacentaire. Toutefois dans le cas où la contamination intra-utérine n’a pas eu lieu et que l’accouchement s’est produit un certain temps après la défervescence il est possible que l’orga-
nisme maternel ait eu Le temps d'élaborer des immunisines lesquelles transmises au rejeton confèrent à ce dernier une certaine immunité.
Mais il est vraisemblable que cet état réfractaire acquis hâtivement ne soit pas de l’ordre de grandeur de celui dont jouissent jusqu’à 6 mois les enfants “nés de mères ayant eu la rougeole antérieurement à leur grossesse. Toutefois ces faits demanderaient à être vérifiés de plus près.
2 L'enfant a la rougeole sans qu'il existe de rougeole maternelle concomitante
Ces cas de rougeole dissociée paraissent tout à fait hypothétiques ; la question ne mérite d’être posée que par allusion à ce qui se passe dans la variole où l'enfant peut apporter en naissant les stigmates cutanés témoignant d’une variole anténatale et sans que le moindre symptôme de variole ait pu être constaté chez la mère. |
Il existe une curieuse observation de Douglas où l'enfant né de mère indemne de tout symptôme de rougeole manifesta les premiers signes de l'infection morbilleuse le dixième jour après sa naissance. Le treizième jour un exanthème typique se développa sur tout le corps. Aucun cas de rougeole ne semblait régner dans l'entourage et Douglas qui fit l’accouchement se demande s’il ne fut pas responsable de
la contamination.
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