IMMUNITÉ
Il est un fait connu de tous que le nourrisson se comporte différemment de l'adulte vis-à-vis des germes morbides d'un grand nombre de maladies
* infectieuses. Très sensible, en effet, à certaines infections du système cutané (érysipèle) de l'appareil respiratoire (broncho-pneumonie), le tout jeune enfant jouit au contraire d’une certaine immunité à l'égard des fièvres éruptives et de la rougeole eil particulier. Plus encore que celui des pédiatres le témoignage des praticiens appelés à soigner la rougeole dans les grands centres peut être utilement invoqué ici. 1] nous apprend, en effet, qu'au cours de certaines épidémies familiales de rougeole le bébé a été souvent le seul à ne point contracter la maladie. En :882, dans sa thèse sur la contagion de [a rougeole, Béclère (1), s'exprime ainsi: € Aucun âge n’est exempt, il faut faire cependant exception en faveur des enfants nouveau-nés et à la mamelle qui
souvent jouissent d’une immunité que viennent dé-
1, Cité par Joannon,
à oi
truire les progrès de l’âge, mais cette immunité n’est pas constante. »
Le fait est exact. [ailleurs le caractère inconstant de cette immunité a pendant longtemps déconcerté les médecins chaque fois qu'ils ont voulu fournir une explication au phénomène. Ainsi Bouchut écrit à ce propos : « Il est évident que les enfants doivent à la prédisposition individuelle l’immunité dont ils jouissent au milieu de foyers d'infection. Et il ajoute : c’est un fait inexplicable il est vrai, mais il est admis par tous les médecins el se trouve justifié par un grand nombre d'observations prises dans toutes les épidémies.» Cet auteur fait en outre remarquer que « c’est là que le mot prédisposition vient se placer convenablement pour déguiser notre ignorance ». Pour Grancher « Il semble que dans les premiers mois l'enfant soit moins apte que plus tard à contracter la maladie, abstraction faite de l'isolement plus sérieux qui l'entoure et de la moindre prise qu'il offre de ce chef à la contagion ; mais il ne faudrait pas inférer de cette remarque que le nourrisson soit réfractaire, aucun enfant, si jeune soit-il, n'offrant d'immunité permanente ct absolüe à la plus contagieuse des fièvres éruptives.» Le professenur Hutinel en parle dans les térmes suivants : -« Les enfants à la mamelle, les enfants nouveau-nés sont exceptiornellement contagionnés. Il est bien certain que ces enfants tenus le plus souvent hors du contact des malades sont moins sujets que les
autres à prendre la maladie... Toutefois l’immunité
du nourrisson n’est pas absolue, car nous avons eu l’occasion d'observer une épidémie de rougeole chez les nourrices allailant de très jeunes enfants et les
enfants eurent tous une rougeole très atténuée. »