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ErupE CLINIQUE
De ce qui précède, c’est-à-dire, ce que nous avons dit au sujet de l’immunité et les remarques qui nous ont été suggérées par nos observations personnelles, la rougeole du jeune âge mérite à juste titre
de rentrer dans un cadre qui lui soit propre, taillé
au premier plan du tableau d'ensemble de l’infection morbilleuse.
Les particularités cliniques qui s’y rattachent nots allons les résumer brièvement au cours des périodes successives par lesquelles passé la maladie.
Pendant la période d’incubation tout d'abord, au lieu que celle-ci soit silencieuse comme il est de règle chez l’enfant plus âgé, le jeune enfant pourra présenter de la fièvre, d’ailleurs peu élevée en général, de la diarrhée, symptôme fréquent, une atteinte plus ou moins profonde de l’état général: l’enfant est grognon, refuse ses biberons, a de l’insomnie, il perd du poids. « Chez un enfant, dit le professeur Hutinel, qui a été en contact avec un rougeoleux, tout dérangement de la santé survenant dans les huit premiers jours qui suivent la contamination doit faire craindre la rougeole ». |
De plus cette période d’incubation qui est remarquablement fixe, dix jours en moyenne, chez l'enfant du second âge peut être anormalement allongée ici, atteindre quinze jours par exemple, quelquefois davantage. Les raisons de cet allongement nous sont connues,
La seconde période dite de doute et de contagiosité par quelques auteurs, d'invasion ou prodromique pour les classiques, fait suite à l'incubation et se caractérise par des symptômes à peu près invariables traduisant l’envahissement de l'organisme par les germes morbilleux. Ces symptômes sont: la fièvre qui parfois peut faire défaut chez certains nourrissons débiles inaptes à réagir, elle peut également manquer chez de jeunes enfants vigoureux porteurs d’une immunité relative qui font une rougeole réduite au minimum. Quand la fièvre existe et c’est le cas habituel, elle présente un type en escalier : le sommet est atteint dans les instants qu précèdent l’exanthème: le plus haut point de la courbe dépasse rarement 39° 6.
Avec ila fièvre, le catarrhe oculo-nasal, signe à peu près constant. Le catarrhe laryngé et laryngotrachéal se traduit par une toux sèche et férine, ce , symptôme manque rarement. Le catarrhe intestinal provoque de la diarrhée. | |
Le signe de Koplik enfin qui permet de faire le diagnostic précoce est exceptionnellement absent. On le recherchera soigneusement à son siège de prédilection, sur la face interne des joues au voisinage du canal de Sténon. Il est d’une aide précieuse pour le diagnostic des rougeoles sans exanthèmes, assez communément observées chez le jeune enfant.
Cette période d’invasion a une durée fixe de quatre jours en moyenne: il lui fait suite la période
d’éruption : éruption sur les muqueuses : énanihème ; éruption sur la peau; exanthème.
Nous avons fait remarquer au sujet de nos observations la coïncidence du début de l’éruplion avec la chute de la température. Cette coïncidence nous à paru d’une constance remarquable; nous l'avons observée une autre fois chez un nouriison de six mois entré tout dernièrement au pavillon de la rougeole de l'Hôpital des Enfants Malades. Il nous a semblé dès lors intéressant de signaler le fait en y insistant un peu.
L’exanthème lui-même peut manquer, nous l'avons déjà ditet cette éventualité serait assez fréquente pour nombre d'auteurs.
Toutefois il ne nous paraît pas illogique d’admeître qu'il puisse s'agir, dans un certain nombre de cas tout au moins, d'une éruption qui passe inaperçue, soit à cause de son peu d'intensité, soit qu'elle parcourt rapidement son cycle. Nous avons observé cinq fois sur six cette disparition rapide des phénomènes éruptifs Lant sur la peau que sur les muqueuses. Si, par ailleurs, les autres signes de l’infection sont peu marqués, le catarrhe tout particulièrement, en. l'absence de fièvre et de phénomènes éruptifs pou: vant être méconnu dans son essence et étre attribué à une adénoïdite banale, rien d'étonnant dès lors à ce que la rougeole elle-même reste méconnue. Ces cas frustes sont très intéressants à étudier car, par l'immunité qu'ils confèrent, ils nous aident à com-
prendre pourquoi chez certains sujets l’état réfrac-
taire de la naissance semble se prolonger indéfiniment. à
Les complications observées au cours de la rougeole du jeune âge sont identiques à celles qu’on rencontre pendant la première enfance. Peut-être, dans le cas qui nous occupe, la diarrhée se montret-elle plus souvent tout en étant plus grave.
Proxosric
La rougeole du tout-petit est toujours grave, mais celte gravité dépend de plusieurs facteurs. Si la mère n’a pas eu la rougeole, la maladie est beaucoup plus grave ; nous ÿ avons insisté à propos de l'immunité: notre cas personnel (voir observ. IV) en est un exemple. L'âge du sujet joue apparemment un certain rôle. Les statistiques montrent, en effet, que la mortalité dans les villes augmente de trimestre en trimestre au cours de la première année de la vie ; et cela tant pour le chiffre de mortalité absolue que pour le chiffre de mortalité relative. C’est d'ailleurs dans le courant des trois derniers mois de la première année que la courbe de mortalité passe par un maximum. Pendant le second trimestre, nous l'avons déjà vu, la rougeole est relativement bénigne à cause du reliquat d’immunité naturelle dont bénéficie encore l’enfant, En définitive, la notion d'âge intervient peu pour établir le pronostic de la rougeole des six à sept premiers mois : ce quiimr£orte c'est la rougeole de la mère. Enfin, soigné à l’hôpi-
das —
tal, l'enfant court davauiage de risques que s'il est soigné dans sa famille : c’est une notion courante. En effet, Taillens sur 7 cas observés dans sa clientèle privée ne signale aucun décès, Il est loin d'en être ainsi dans le milieu hospitalier. Sur 45 cas relevés par nous, les jeunes enfants ont succombé dans la proportion de 62 0/0 (28 décès); la broncho-pneumonie est en cause dans la presque totalité des cas de mort. L'âge exact de 34 enfants (sur {45) nous étant connu, voici comment se répartissent les décès suivant l’âge.
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Nous voyons par ce tableau l’affreuse mortalité que comporte la rougeole des premiers mois de la vie lorsqu'elle est soignée à l'hôpital, Il est vrai que les statistiques d'hôpital sont faussées en ce sens que les enfants amenés dans les services spéciaux sont déjà pour la plupart gravement touchés par une com- plication sévère, (broncho-pneumonie surtout), Ce sont le plus souvent les seuls enfants qu’on amène, les autres continuant à recevoir leurs soins à domicile, si l’évolution de la maladie est régulière. Il /importe donc de prévenir le mal, impuissants que
nous sommes à le guérir: c’est Jà le but de toute prophylaxie.
Prophylaxie. — Jusqu'à ces dernières années la prophylaxie de la rougeole n’avait causé que des déceplions. L'’isolement, en particulier, venant presque toujours trop lard atteignait rarement son but, de sorte qu’un cas de rougeole venant à éclater dans un milieu de tout-petits, crèche ou pouponnière, laissait le médecin désarmé et angoissé.
: Nous avons déjà vu à propos de l’immunité que le sérum convalescent de rougeole renferme des
immunisines en abondante quantité ; nous savons également que le sérum des anciens rougeoleux en renferme, quoique en quantité moindre, et que dans
le cas d’une mère ex-rougeoleuse, en particulier,
une parlie de ces immunisines traversent le placenta -pour procurer à l'enfant un état réfractaire transitoire. |
Partant de ces faits Ribadeau-Dumas et Et. Brissaud, en 1918, ont traité et guéri une rougeole grave en faisant des injections massives de sérum de convalescent. M. Méry en 1920, a essayé systématiquement et avec succès le sérum de convalescent dans le traitement des rougeoles malignes.Or,la difficulté de se procurer les quantités considérables de sérum uécessaire à cette thérapeutique des doses massives devait condamner la méthode sans retour.
Mais Nicolle et Conseil, à la suite de recherches entreprises en 1916 à l’Institut Pasteur de Tunis, ont netlement mis enévidence les propriétés préventives: