SYMPTOMATOLOGIE DE LA SCARLATINE PUERPÉRALE
On a vu à l’historique plusieurs auteurs, Senn, Trousseau, Olshausen, Braxlon-Hicks, Tarnier et Budin, admettre une incubation très longue dans la grossesse, Hervieux, Léopold Meyer croient qu’elle est très courte dans les suites de couches.
Cette incubation ne se révèle d’ailleurs par aucun phénomène morbide bien net, mais tout au plus par un malaise vague, que l’on pourrait rattacher à toute autre cause.
Invasion. — Dans la majorité des cas la scarlatine puerpérale apparaît le premier ou le second jour qui suit l’accouchement, plus rarement le troisième, plus rarement encore le quatrième et le cinquième. Les neuf premiers jours écoulés, on peut dire que l’affection est exceptionnelle (Olshausen). On pourra se convaincre de la véracité de nos assertions, qui nous sont du reste communes avec un très grand nombre d’auteurs, en consultant le tableau statistique annexé à cette thèse. La maladie peut débuter de deux façons très distinctes : soit brusquement, soit au contraire, et nous croyons qu’alors il s’agit surtout de fausses scarlatines, sournoisement et insidieusement. Quand le début est brusque on a noté dans un nombre considérable de cas, soit un frisson violent et unique, soit 1. Rédigé par M. Durand.
une série de petits frissons. En même temps que ces frissons on constate une élévation de température, variant de 38 à 41 degrés. La température peut demeurer élevée, mais en général il y a des rémissions matutinales, surtout dans les cas où la nature de l’affection est douteuse et semble exclure l’idée d’une scarlatine. En même temps, et comme l’ont dit, Malfalti, Olshausen, Senn, Mac-Clintock, se développe un malaise général très pénible, parfois insupportable (Boxall). Il peut exister du délire, mais il convient d’ajouter que les formes méningitiques sont exceptionnelles dans la scarlatine puerpérale. Le visage est rouge, congestionné, et comme enflammé; la soif est vive, l’appétit nul. L’insomnie est la règle. Dans beaucoup de cas, et cela sans doute en raison de la débilitation générale de l’organisme, la maladie prend la forme typhoïde, même dans les scarlatines bien confirmées. La malade immobile dans le décubitus dorsal, semble très déprimée et tout à fait indifférente au monde extérieur. Elle est ainsi plongée dans une sorte de torpeur d’où rien ne peut la sortir. N’est-ce pas là le tableau d’une fièvre typhoïde au quatrième septénaire?
Nous avons recherché et relevé à travers nos observations tous les cas d’angine. Elle n’existait que dans un quart des cas environ. Le plus souvent elle est légère, pullacée, et ne déterminant que fort peu de dysphagie. Malgré cela les ganglions du cou ont été trouvés tuméfiés, même dans les cas où il n’existait que peu de congestion et de gène au niveau du pharynx.
Dans quelques cas, comme celui qui nous est personnel
par exemple, l’angine peut être très violente et franche-
meul scarlatineuse. Il en est de même dans les observations de Martin et de Brown.
Eruption. — Tantôt très précoce, tantôt elle ne se manifeste qu’après trois ou quatre, cinq et six jours. Dans ce dernier cas nous devons nous tenir sérieusement en garde contre l’idée d’une scarlatine. L’érythème peut être franchement scarlatineux, très intense et très généralisé. Parfois il prend une teinte livide de très mauvais augure. En certains points la congestion est telle qu’il se produit des ecchymoses sous-cutanées.
A côté de ce tableau clinique en voici un autre tout différent : ici l’érythème est peu caractéristique, simulant en certains points l’érythème morbilleux, ou l’érythème simple.
Ces éruptions commencent au niveau du tronc, surtout du côté du bas-ventre, envahissant dans les membres le côté de la flexion et les faces internes. Ces localisations n’ont rien de spécial à la scarlatine, attendu qu’on les retrouve dans nombre de toxicodermies, et d’éruptions d’origine manifestement septique. Braxton-Hicks, Olshausen ont fait remarquer que bien souvent l’érythème se généralise beaucoup plus vite que dans les cas ordinaires. Cet érythème, dans une observation de M. Lucas- Championnière, s’est manifesté à sept reprises différentes y et trois fois dans une autre observation due à M. Champelier de Bibes. Le même fait a été signalé par d’autres auteurs. Rien de semblable n’a été relevé pour les érythèmes vraiment scarlatineux. On a bien signalé quelquefois une récidive, mais c’est très rare.
Pendant ce temps les phénomènes généraux évoluent
et s’exaspèrent au moins clans la généralité des cas. Il peut se faire aussi des manifestations morbides locales que l’on ne rencontre pas d’ordinaire dans la scarlatine. Ainsi dans bon nombre de cas nous avons noté, dès le début, l’injection de la face qui est le siège d’un érythème simple, de la rougeur conjonctivale, du larmoiement, du coryza, et les autres manifestations d’une bronchite légère, si bien qu’on pourrait se croire en présence d’une rougeole plutôt que d’une scarlatine.
État du tube digestif — Outre quelques phénomènes stomacaux de peu d’importance, tels que des nausées et des vomissements, il survient une diarrhée qui peut devenir très abondante, ainsi que cela s’observe si souvent dans les infections septiques. On sait par contre que chez l’adulte atteint de scarlatine, la constipation est la règle. Et pourtant nous avons relevé cette diarrhée non seulement dans des faits douteux, mais encore dans des cas où par son origine et la symptomatologie, il nous semble que la scarlatine pouvait être nettement affirmée. Ce phénomène ne vient-il pas plaider en faveur de l’analogie, de la scarlatine avec certaines affections septiques lorsqu’ellg évolue dans certaines circonstances? Les conditions spéciales dans lesquelles se trouve la femme ne sont sans doute pas étrangères à ce mode d’évolution des microbes de la scarlatine, et contribuent peut-être à lui donner l’allure d’une fièvre traumatique.
Arlicidations. — Enfin signalons la fréquence des arthrites qui, comme le rhumatisme articulaire, frappent surtout les grandes articulations, les genoux par exemple et se comportent le plus souvent d’une façon bénigne. Ces
manifestations ne plaident en faveur ni de l’une ni de l’autre des deux affections, étant compatibles avec les deux. Dans le cas d’athrite double du genou cité par Renvers, on a trouvé le streptocoque en chaînette, et non les microbes qu’on a décrits jusqu’à ce jour dans la scarlatine.
Reins. — L’albuminurie est moins fréquente qu’on n’aurait pu le supposer, et malgré les cas de Legendre, notre cas personnel et ceux que l’on trouvera dans notre tableau statistique, il ressort de nos recherches que les néphrites graves sont exceptionnelles.
Nous avons vu assez rarement signaler des complications cardiaques, cérébrales ou pulmonaires (broncho- ' pneumonie, oedème, pleurésies).
Etat de l'appareil génital et du péritoine. — Les manifestations morbides de ce côLé prennent une grande importance par la signification pathogénique qu’on y peut attacher. Beaucoup d’auteurs, entre autres, Malfalti, Senn, Guéniot, Hervieux, ont signalé l’absence habituelle de foute complication de ce côté. Et cependant tous ces auteurs ont vu et relevé quelques cas de métropéritonite manifestement infectieuse. Lorrain se range à l’opinion des auteurs précédents. Dans les cas de Colson nous trouvons des lésions assez analogues à celles de la fièvre puerpérale, pour que nos soupçons soient éveillés. Les Anglais et les Irlan lais ont constaté
l’existence assez fréquente de ces lésions. En Allemagne, Olshausen, bien qu’il s’appuie sur l’absence habituelle de complications génitales pour admettre la scarlatine, se voit obligé de reconnaître qu’on
les rencontre pourtant quelquefois. Dans une de ses observations il y eut péritonite manifeste. Dans les observations de Léopold Meyer nous relevons également plusieurs exemples de ces complications. Le plus souvent on constate du côté des organes génitaux une grande sensibilité, sans grande douleur proprement dite, mais telle qu’on la rencontre habituellement dans les infections septiques légères; les lochies ne sont guère troublées ; et la sécrétion lactée a pu continuer dans certains cas.
Desquamation. — Le plus souvent elle est furfuracée; quelquefois pourtant elle se fait par larges lambeaux.