‹ La rougeole et la scarlatine dans la grossesse et les suites de couchesChapitre 41 sur 42 · II.... (Marie), 17 ans, couturière, primipare · texte numérisé non relu

II.... (Marie), 17 ans, couturière, primipare

Entre le 3 février à la salle Sainte-Anne, n° 1, hôpital Lariboisière (service de M. Siredey).

Accouchement normal, à terme, d’un enfant bien portant. Rien de particulier pendant la grossesse.

Elle a eu, il y a deux ans, une scarlatine, elle a duré six semaines.

Dans la journée, elle a du malaise, de la céphalalgie, sans frissons, sans fièvre ; pas de douleurs abdominales, pas de nausées ; mais la sœur du service, à midi, remarque une légère teinte rouge disséminée sur le ventre et le cou, il n’y a pas d’angine.1

Le soir, la fièvre s'allume (40°,7) et l’on peut voir déjà sur

le venlre, le cou et les avant-bras, une rougeur diffuse, assez vague. Diarrhée.

Elle descend le 4 février à la crèche, n°6.

Le S. — L’éruption est plus prononcée, pointillé foncé sur la poitrine et principalement sur le cou; rougeur plus vive sur la partie inférieure de l’abdomen et aux plis de l’aîne. Au niveau delà partie interne des cuisses et de la face antérieure des coudes, on note également une efflorescence rosée, moins vive que sur le reste du corps. Il existe une très légère angine, le voile du palais et les amygdales sont rouges, mais non recouverts d’exsudat. La langue présente un enduit jaunâtre au centre, elle est rouge sur les bords. Rien du côté des organes génitaux, pas de douleurs de venlre, pas de fétidité des lochies. État général satisfaisant, la malade continue à allaiter son enfant.

Le 7. — Desquamation de la langue. La rougeurde la gorge a disparu, la peau est sèche, un peu rugueuse, et reprend son aspect habituel. La fièvre est tombée, il n’y a pas d’albumine.

Le 9. — L’exanthème a complètement disparu et on note une légère desquamation furfuracée au pourtour des articulations. Pas d’albumine.

L’apyrexie est complète, et la malade est considérée comme guérie; le diagnostic qui avait été fort discuté jusqu’à ce jour, s’établit en faveur de la scarlatinoïde puerpérale , telle que les auteurs l’ont décrite jusqu’ici ; l'interne du service seul croit à la présence de la scarlatine à allures bénignes.

Le 11. — Nouvelle ascension de la température le matin (39°, 2), seconde éruption plus étendue et plus vive que la première fois, les bras et les cuisses au niveau des articulations et vers leur face interne sont en même temps envahis. Pas d’angine, pas de douleur, pas d’albumine.

Le 12. — Douleurs articulaires dans les épaules et dans les

genoux ; l’éruplion pâlil, la langue est dépouillée. Plus de diarrhée. Pas d’albumine.

Le 18. — Les douleurs rhumalhoïdes qui ont été trop vives jusqu’ici diminuent d’acuité. La desquamation commence au niveau des avant-bras et du ventre; il existe delà céphalalgie et des sueurs profuses. Langue très rouge. Pas d’albumine.

Le 21 . — La desquamation s’établit normalement ; la température monte à 40°, le matin après un examen attentif on découvre quelques fissures sur les mamelons. L’état local au point de vue utérin est parfait.

Le soir, le thermomètre redescend, il n’y a donc pas de complication sérieuse. Pas d’albumine.

Le 23. — La peau est en bonne moiteur, il n’y a plus de douleurs dans les articulations.

En examinant les urines, comme on le faisait tous les matins, on trouve pour la première fois de l’albumine en grande quantité, il se forme par l’addition de l-'acide niLrique un précipité massif. Régime lacté.

Le 25. — La desquamation continue. Même quantité d’albumine. Pasde fièvre, mais les paupières sont bouffies, le visage est tuméfié.

Le 28. — Même état, albumine 2 gr. 1/2 par litre.

Le S mars. — Sous l’influence du régime lacté, la quantité d’albumine diminue rapidement. Albumine 0,50 centigrammes par litre. Dans l’après-midi, la malade est assise sur son lit, quand elle est subitement prise d'éblouissements, de vertiges, puis de syncope. Les convulsions cloniques succèdent peu après. Elle eut ainsi dans le courant de la journée 7 ou 8 accès d’éclampsie. Traitement : purgatifs, chloral 4 grammes en potion.

Le 6. — Il n’y a pas eu de nouvelles attaques. La vue reste un peu trouble. Pas de fièvre.

Le 12. — Rien de nouveau à noter. La desquamation est presque entièrement effectuée.

La quantité d’albumine reste stationnaire: 0,58 centigrammes à 1 gramme. La lactation a continué à s’effectuer, sans suspension.

Le 26. — L’enfant est retiré à la mère, qui n’a plus suffisamment de lait. Bains de vapeur. Julcp : perchlorure de fer, 25 gouttes.

Le 31. — Même état. Encore un peu d’albumine.

Observation II (de Legendre).

(Recueillie et communiquée par M. le Dr Cheurlot). Scarlatine après l’accouchement. — Erythème anormal au début et

considéré comme de la scarlatinoïde. — Albuminurie, urémie,

douleurs articulaires. — Contagion. — Guérison.

Mrao G..., 22 ans, bien conformée, primipare, bien réglée (dernière menstruation vers le milieu de mars), est accouchée le 28 décembre au forceps par M. Lucas-Championnière, d’u i enfant du sexe masculin, -pesant 4 kil. 500.

Le volume de l’enfant rond l’extraction pénible ; le dégagement des épaules est par'iculièrement difficile et se fait avec une petite déchirure de la commissure inférieure. Contusion de la lèvre gauche. Placenta énorme, délivrance normale suivie d’une mélrorrhagie. Malgré l’injection sous-cutanée de deux seringues d’ergotinc (solution Yvon) et la compression méthodique du glob) utérin, il y a tendance à l’inertie utérine pendant quatre heures. Faiblesse grande, nausées, état demi syncopal.

Cathétérisme : la vessh contenait une g.ande quantité d’urine, l’examen n’y révèle aucun pro luit anormal. Après la délivrance une injection vaginale avait été pratiquée avec la solution phéniqu e forte.

Des compresses imbibées de la solulion faible sont maintenues à demeure sur la région vulvaire.

Dans la nuit du 29 au 30, vomissement et fièvre, sans frisson. P. 120. T. 39°, 6.

Le lendemain malin, P. 130. T. 40°. Ventre plat, parfaitement indolore. Utérus revenu sur lui-même, à trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Lochies sanguinolentes et sans odeur. Œdème vulvaire plus prononcé à gauche qu’à droite ; eschares superficielles des lèvres. Urine noire, sans albumine.

Langue sèche, fendillée, dysphagie, pas d’angine, torticolis, sans le moindre engorgement ganglionnaire. Aucune poussée congestive du côté des seins.

En l’absence de tout symptôme abdominal et thoracique, le Dr L. Ch. croit à une fièvre traumatique; il explique l’état de la langue par l’absorption de l’acide phénique, dont l’urine noire est une preuve évidente.

Du 30 au 31. — L’état devient plus grave; fièvre plus violente. T. 41°. P. 138. Délire, insomnie, diarrhée. Aucun symptôme de lymphangite utérine. Œdème de la lèvre gauche augmenté ; eschares grisâtres. Lochies normale1.

Le 31 au soir. — M. le Dr Siredev, appelé en consultation, ne trouve aucune ma’adie organique ; mais n’admettant pas que le traumatisme de la vulve puisse donner une fièvre avec 41° de température, réserve son diagnostic.

Du 31 décembre au lor janvier. — Nuit très agitée, délire avec phénomènes ataxiques; la malade veil quitter son lit. Dans la matinée le calme survient, cl à neuf heures MM. Siredey et L. Championnière constatent sur les jambes, sur le tronc, et plus particulièrement à la partie postérieure du corps, un exanthème scarlatineux typique. Los urines ne contiennent pas d’all umine. Pas d’angine.

M. L. Ch. se croit en présence d’un exanthème scarlatiniforme

analogue à ceux qu’il a observés à la Maternité de Cochin, et dont il a fait une relation fort intéressante, dans son journal (1879) , exanthème qui, par sa marche, sa durée, sa propriété remarquable de récidiver à brefs délais, et surtout sa non-transmissibilité, ne ressemble en rien à la scarlatine. M. Siredey est moins catégorique.

Le 1" janvier. — Légère amélioration. Mais le soir, la fièvre qui s’était calmée, reprend avec la même violence, et la malade délire toute la nuit. Angine éryLhémateuse. Miction difficile, on est obligé de sonder la malade tous les joui s.

Le 2 janvier. — Défervercence notable. T. 38°. P. 96. Nuit plus calme, l’éruption s’est étendue à tout le corps, elle est d’un rouge vif, granité. L’angine est peu intense. Il se développe des douleurs rhumatismales dans les épaules et les coudes. La langue est sèche, et rouge sur les bords ; l’amélioration se maintient les jours suivants.

Le 4 janvier. — Mlle L..., maîtresse sage-femme, âgée de 26 ans, qui gardait MmC C..., est prise d’un mal de gorge avec torticolis, sans fièvre.

Le S. — Mlle L... se plaint d’une violente courbature. Fièvre. La gorge est rouge, les ganglions sous-maxillaires, légèrement tuméfiés, sont doul rnreux. Aucun exanthème.

Le 6. — Elle se met au lit ; vomissements, diarrhée, fièvre violente.

Le 9. — Apparition d’un exanthème, qui se généralise, atteint son maximum le 11, et présente tous les caractères de l’exanthème scarlatineux. A partir de ce moment, cette scarlatine suit son cours normal et sans aucune complication.

Or, M11® L... n’avait pas quitté M™ C... depuis le 27 décembre, et n’avait pu contracter la scarlatine qu’à son chevet.

L’éruption présentée par M'"° C — n’était donc pas un exan-

thème analogue à ceux qui accompagnent les maladies infectieuses, mais un exanthème de scarlatine.

Du reste, à défaut de celle preuve, les complications, qui surviennent ensuite chez la jeune accouchée, ne laissent aucun doute à cet égard : Rhumatisme polyarticulaire, albuminurie, anasarque (24 janvier), accidents urémiques, vomissements, céphalalgie, ralentissement du pouls. P. 54. Abaissement de la température, 36ü.

Le 28 janvier. — Apparition des règles. Avec l’écoulement de sang la congestion rénale semble disparaître; l’albumine diminue dans les urines, la polyurie s’établit, l’anasarque tombe, les accidents urémiques cessent. L’albumine s’est montrée dans les urines pendant encore quinzejours, mais en quantité excessivement faible.

La desquamation s’est effectuée très lentement, par grands lambeaux ; le soixantième jour de la maladie elle n’était pas encore terminée, et Mm<! C... n’avait pas quitté son lit.

Aujourd’hui 31 mars, la faiblesse est encore grande, la marche pénible, surtout de la jambe gauche plus particulièrement éprouvée par le rhumatisme, mais tout fait espérer un complet rétablissement.

L’enfant deMme C. ., et la nourrice, âgée de 21 ans, qui n’ont été éloignés que le jour où la scarlatine s’est déclarée chez Mlle L..., n’ont pas été atteints par la maladie.

Observation III (de Legendre).

Nous laissons la parole à Mademoiselle Lugat, ancienne aide sage-femme à la Maternité, qui a bien voulu rédiger son observation et nous la remettre :

Le dimanche 9 janvier. — En m'éveillant, je ressens un léger mal de gorge, c’était de la gêne, du picotement plus que de la

douleur véritable, il n’y avait pas de difficulté pour déglutir; dans la soirée le mal avait un peu augmenté.

Le 10. — Je me couche comme les jours précédents à six heures du matin, mais je me réveillai plusieurs fois, gênée par la chaleur que j’éprouvais, et les picotements que j’endurais au niveau des épaules et de la poitrine. 11 n’y avait pas de rougeur. Je passais par des alternatives de chaud et froid, c’étaient de peLits frissons.

Le II. — La gorge me fait sérieusement mal, j’avale difficilement en mangeant, ma salive est aussi péniblement déglutie. Je me mets de l’ouate autour du cou, et ne prends plus comme aliment que des potages. M. Siredey, qui venait voir ma malade, m’examina ; j’avais une angine érythémateuse, sans exsudât, mais intense; il ne trouva aucun autre phénomène, mais la fièvre était forte; il fallait donc attendre pour se prononcer sur ce qui allait se produire, il me recommanda de garder le repos, de me mettre au lit, et de ne prendre que du lait.

Le soir, grand frisson, j’eus beaucoup de peine à me réchauffer, et cependant la température de la chambre était de 19°. J’avais une forle fièvre.

M. C... me fait prendre du sulfate de quinine, 0,30 centigrammes. J’avais beaucoup de difficulté à avaler ma tasse de lait. La nuit, presque pas de sommeil, mais agitation incessante.

Le 12. — Je voulus me lever, pensant que je n’avais qu'une simple angine, mais cela me fut impossible, je ne tenais pas sur mes jambes. Le malaise augmenta : nausées, vomissements, diarrhée abondante toute la journée. Je ressentais une chaleur vive par tout le corps, et comme des picotements sur les poignets et au niveau du coude. Ce n’est que le soir que l’on constate une légère rougeur en ces points. Régime lacté.

Le 13. — L’angine est en résolution, mais l’éruption est apparue celte nuit, elle est très nette, de vive rougeur, au cou, aux

reins, el aux membres inférieurs. Il n’y a plus de doule, c’esL une scarlatine. On m’isola dans une chambre éloignée des autres pièces, et on éloigna l’enfant et la nourrice que l'on gardait, sans préoccupations, auprès de Madame C... que l’on croyait atteinte d’une simple scarlalinoïde. Pas de garde-robe, miction normale.

Le 14. — La gorge va mieux, mais je ressens une démangeaison intolérable sur tout le corps, et particulièrement aux membres inférieurs. La langue est un peu sèche el rouge. Douleurs articulaires dans les genoux. Pas de garde-robe. Potages et lait.

Le 15. — Mieux. Un œuf à la coque. Pas de selles.

Le 16. — Plus d’angine, plus de fièvre, l’éruption est éteinte. Une garde-robe.

Le 21. — La desquamation commence aux orteils, puis aux poignets. Je me sens bien et commence à ma lever ; mais M. Siredey me recommande de garder encore la chambre et le lit.

Je me levai définitivement le 1er février, el pus quitter la maison ; à partir de ce jour, j’examinai chaque matin mes urines, je n’y trouvai jamais d'albumine, elles contenaient seulement des sels. Je pris un bain le 10 février, et à la fin du mois la desquamation était finie.

Observation IV (de Legendre).

Scarlatine consécutive à l’accouchement. — Hésitations dans le diagnostic au début. — Douleurs articulaires. — Desquamation caractéristique. — Guérison.

M... (Emilie), 23 ans, primipare. Entre le 23 décembre 1880 à la salle J3ainte-Anne, n° 8, hôpital Lariboisière (service de M .Siredey).

Accouchemenl le même jour, normalement, d’un enfant à terme.

Celte femme a eu la scarlatine à l’âge de 14 ans.

Pas d’accidents les premiers jours, l’utérus rétrocède régulièrement, les seins se gonflent, il n’y a pas de céphalalgie, ni de fièvre. Lochies normales, pas de déchirures.

Dans la nuit du 2a au 26, la malade éprouve une vive chaleur générale, elle a mal à la tète, la gorge est sèche, elle a une soif ardente, elle n’a pas de frissons.

Le 26, à la visite on remarque une vive rougeur de la face, et en découvrant la malade, on voit que le cou, les bras, au niveau des articulations du coude principalement, sont le siège d’une éruption pointillée, s’effaçant momentanément sous le doigt. Rien sur le ventre, ni sur les cuisses.

Il n’y a rien à la gorge, la peau est sèche, chaude, il y a une fièvre vive, la langue est saburrale.

Cetle éruption n’a pas encore de caractère bien déterminé, elle semble se rapprocher, en l’absence de l’angine et de la diarrhée, de l’érythème scarlatiniforme des femmes en couches. Passage à la crèche, n° 6.

Le 27. — L’éruption est beaucoup plus nette, elle est scarlatineuse, plus intense, elle s’est étendue à tout le corps; la peau est chaude et brûlante, 48°, 8, les yeux sont injectés, larmoyants; la malade se plaint de gêne dans la déglutition, on voit en effet, en examinant le pharynx, une angine érythémateuse intense, le voile du palais et les amygdales sont tuméfiés, d’un rouge vif, mais il n’y a point d’exsudation. Céphalalgie, soif vive, anorexie. Rien du côté de l’abdomen, l'utérus revient dans son enceinte. C’est bien une scarlatine.

Le 29.— L’éruption pâlit, et les phénomènes généraux perdent de leur intensité. T. 40° et 40°, 6 le soir. Pas d’albuminurie.

Le 31. — Rien de spécial à noter. L’éruption est presque entièrement éteinte. La fièvre est moins élevée.

Le 2 janvier 1881 (la suile de cette observation m’a été obligeamment remise par M. Quantin, externe, reprenant le ser-

vice), la desquamation commence sur la poitrine. Plus d’angine. Douleurs articulaires dans les doigts, mais sans gonflement. Pas d’albuminurie.

Le 3.— Desquamation des mains, des bras, de la poitrine ; sur la face, les écailles épidermiques sont peu larges. Douleurs rhumatismales dans les articulations des poignets, des coudes, et des épaules. Frictions avec: Vaseline 60 grammes, acide tartrique 2 grammes.

Le G. — La desquamation continue. Pas d’albuminurie. Les douleurs ambulantes parcourent les membres inférieurs et affectent les articulations du genou et du pied.

Le 7. — Même état. Douleurs vives dans les coudes.

Le 15. — L’épiderme est en grande partie renouvelé; cependantàla plante des pieds, la desquamation se fait encore par grands lambeaux. Pas d’albuminurie.

Exeal, guérie le l°r février.

Observation V (de Legendre).

(Recueilli parM. Cornby, interne du service).

Scarlatine consécutive à l’accouchement. — Albuminurie, accidents

urémiques. — Métrorrhagie critique. — Desquamation légère. —

Guérison.

G..., Louise, 23 ans, couturière, primipare. Entre le 4 mars 1881 à la salle Sainte-Anne, n° 1, hôpital Lariboisière (service de M. Siredey).

Accouchement normal à terme. Légère déchirure du périnée.

Le 5, soir, la malade a une (lèvre vive, 40°, 8, elle a eu un frisson dans Ta journée, elle se plaint de céphalalgie, de soif, le ventre est ballonné et sensible, l’utérus est gros et dur. Pas de nausées, pas de vomissements.

Le 6. — Fièvre vive, 41°, malaise et céphalalgie, mais pas de

détermination locale bien accentuée, lu ventre est moins météorisé et moins sensible. Rien à la gorge, rien aux seins.

Les lochies ont de l’odeur.

Elle descend le 7 mars à la crèche, n° 1.

Le 7. — On trouve une rougeur vive répandue sur le ventre, les cuisses et les jambes. C’est un pointillé très foncé sur un fond uniformément rouge. L’érythème disparaît momentanément à la pression.

Le 8. — Angine, langue saburrale, très chargée, gencives tuméfiées et rouges, on trouve pour la première fois de l’albumine dans les urines.

Le 9. — L’état général s’aggrave, la malade a du délire, l’éruption est plus intense ; il n'y a pas de convulsions éclamptiques, pas de vomissements, pas de douleurs du côté du ventre, les lochies sont ahondantes et ont encore de l’odeur.

Le 10. - Au délire a succédé le coma, le pouls est très fréquent et extrêmement petit, la température baisse, l’éruption pâlit, la langue est sèche. Albuminurie.

Le 11. — Le pouls est plus fort, il devient appréciable, la malade sort de sa torpeur, la température reste aux environs de 38°, la langue sedépouille, la soif est moins vive. Plus de délire, pas de tuméfaction du ventre, ni de douleurs abdominales vives, l’utérus n’est pas encore revenu à son état normal, il est gros et couché dans la fosse iliaque gauche.

Rétention d’urine; cathétérisme.

Le 12. — Métrorrhagie abondante. Amélioration. Pas de fièvre.

Le 14. — La desquamation commence au niveau du ventre et des cuisses.

Le 16. — La malade accuse dos douleurs dans les articulations de l’épaule cl du coude gauches. Il existe toujours de l’albumine dans les urines (1 gramme par litre).

La malade est mieux et demande à manger. Régime lacté. Desquamation très peu accusée.

Le 31. — L’utérus est complètement revenu.

La malade est encore dans le service (5 avril), en convalescence.

Observation VI (de Legendre).

(Recueillie par M. Coudray, interne des hôpitaux). Scarlatine après l’accouchement. — Angine. — Éruption normale.

— ■ Miliaire. — Douleurs articulaires. — Pas d’albuminurie. —

Desquamation. — Guérison.

B... (Alice), entre le 18 mars 1881 à la salle Saint-Anne n° 22, hôpital Lariboisière (service de M. Siredey).

Elle accouche le même jour, normalement. La délivrance se fait bien.

Le 21 mars. — (Troisième jour après l’accouchement), la malade a le soir delà fièvre (40°, 5), de la céphalalgie, pas de vomissements, mais une angine légère, avec gêne de la déglutition, et sentiment de constriction ; on voit en la découvrant une éruption rouge disséminée sur le ventre, et la partie interne des cuisses.

On transporte le lendemain celte femme à la salle Sainte-Élisabeth, n° 33 (service de M. Constantin Paul).

Le 22. — L’éruption occupe le ventre, où elle offre le type uniforme ; les mamelles, où la rougeur pointillée est séparée de celle du côté opposé par un espace de peau intacte, tranchant vivement par sa coloration blanche sur la rougeur des parties voisines. Aux bras, aux avant-bras, aux cuisses et aux jambes, la rougeur encore pointillée occupe, suivant la remarque classique, la peau dans le sens de la flexion et du côté interne du membre. Le cou est également coloré, mais l’intensité de la rougeur à ce niveau est beaucoup moindre. Aucune trace d’éruption

n’existe au visage (1). Sur toutes ces parties siège un miliaire à vésicules petites et nombreuses qui donnent à la peau un aspect chagriné et un loucher rude. L’angine persiste avec les caractères du début ; il n’existe pas de dépôt pullacé. Pas d’albumine dans les urines.

On peut écrire sur le ventre de la malade le nom de sa fièvre, et le tracé persiste pendant une ou deux minutes. La langue est couverte d’un enduit jaunâtre, épais.

Le 24. — L’éruption commence à pâlir, la fièvre est moins vive; on voit là où siégeait la miliaire une desquamation circulaire au pourtour des vésicules desséchées. La rougeur du pharynx a disparu.

La langue desquame rapidement et devient très rouge. On note des douleurs rhumatismales dans les articulations de l’épaule et du coude, du côté droit.

Le 27. — La rougeur a complètement disparu, et l’éruption miliaire est en pleine desquamation furl'uracée.

Le b avril. — La malade est encore dans le service, il n’y a plus de fièvre, plus d’angine, on commence à voir la desquamation épidermique se dessinant à l'extrémité des doigts, à la pulpe.

Pas d’albumine dans les urines.

Observation VII (de Legendre).

(Recueillie par M Comby, interne des hôpitaux). Scarlatine après l’accouchement. — Angine insignifiante. Irruption nette, sans miliaire. — Pas d’albuminurie. — Guérison probable (la malade est encore dans le service).

B... (Caroline), 21 ans, entre le 27 mars 1881 à la salle Sainte-Anne, n° 21, hôpital Lariboisière (service deM. Si redey)

1. C’est un caractère considéré comme propre à la scarlalinoïde.

Pas de scarlatine antérieure. Primipare. Accouchement normal le 26 mars. Délivrance régulière.

Le 28. — Dans la journée, elle a un frisson d’une demi-heure, puis la fièvre s’allume, elle a 40°, 5. On ne constate pas de météorisme abdominal, pas de sensibilité péritonéale. Un peu de céphalalgie, pas d’angine, pas d’éruplion.

Le 29. — La fièvre persiste, la malade se plaint de douleurs en avalant, la gorge est en effet rouge, mais il n’y a pas de produits pultacés; i’éruption scarlatineuse commence à se dessiner au niveau du cou, des seins, des avant-bras de l’abdomen. C’est une teinte un peu rouge, avec un granité à peine appréciable. Diarrhée. Montée du lait.

Le 30. — La coloration est beaucoup plus vive, surtout au niveau du cou et des coudes. Pas d’intensité du côté du pharynx.

Le 31. — Un peu d’agitation, la fièvre est très élevée, l’éruption passe à la couleur rose, la langue, jusqu’ici pâteuse, commence à se desquamer.

Pas d’albuminurie.

Le 1er avril. — La malade est mieux, la peau est moins chaude, la fièvre tombe. La gorgeest normale.

Le 2. — On ne voit presque plus les traces de l’éruption ; la langue, maintenant dépouillée, n’a pas une coloration anormale et ne présente pas l’aspect d’une fraise, comme on le trouve indiqué dans la plupart des classiques.

Le 3. — La desquamation commence au niveau des avant-bras, en petites écailles. Bon état général. Pas d’albumine dans les urines.

La malade' est convalescente dans le service.

Observation VIII (de Legendre).

(Communiquée par M le Dr Garran de Balzan). Phlegmatia alba dolens après l’accouchement. — Scarlatine. — Albuminurie. — Urémie. — Eruptions multiples. — Plaques de lymphangite. — Guérison.

Mme D..., âgée de 24 ans, confectionneuse, d’une constitution moyenne, et d’un tempérament lymphatico-nerveux, est accouchée le 7 octobre 1880 de son premier enfant.

L’accouehement a été difficile, et s’est fait au forceps, sous l’influence du chloroforme. Après la délivrance, la malade eut une hémorrhagie assez abondante, qui céda à l’emploi d’injections sous-cutanées d’ergoline.

Le 9. — Malgré l’usage d’injections phéniquées répétées, elle fut prise de frissons violents, et de douleurs abdominales et lombaires, qui diminuèrent sous l’influence delà médication (sulfate de quinine, cataplasme, pommade mercurielle belladonée, etc.).

Le 13. — La malade allait mieux, le lait était monté, et tout accident grave semblait conjuré. L’enfant fut envoyé en nourrice.

Le 21. — La malade fut reprise de frissons, de fièvre, de douleurs lombo-abdominales, s’étendant surtout dans le membre inférieur gauche. On sentait un léger empâtement le long des vaisseaux à la face interne de la cuisse gauche, et l'on constata l’existence d’une phlébite légère. Cet état dura environ huit jours, et la malade paraissait aller mieux, lorsque le 5 novembre elle se plaignit de mal de gorge. Les amygdales étaient recouvertes d’un exsudât blanchâtre, tuméfiés, le pharynx était rouge, et l’on constata les signes de l’angine pullacée avec les phénomènes généraux habituels, fièvre légère, inappétence, état nauséeux.

Le 1 1 . — La température axillaire atleignail40°,8, et l’on remar-

qiiait sur la peau l’existence de plaques rouges, qui n’étaienl autre qu’une éruption scarlatineuse. Celte rougeur débuta par la cuisse gauche, de là s’étendit au ventre et à l’épaule droite ; le lendemain la généralisation était complète, el l’éruption s’était étendue à tout le corps. La langue était recouverte d’un enduit blanchâtre, et la gorge se présentait à l’examen sous l’aspect décrit plus haut.

On constatait en même temps une légère bouffissure de la face ; cet œdème se généralisa, et gagna rapidement tout le corps. Albuminurie.

Les jours suivants, l’état général paraissait s’améliorer, la fièvre diminuait, la peau présentait une rougeur moins vive, et par place une desquamation furfuracée, l’anasarque commençait à disparaître. La malade allait mieux, lorsque le 17 novembre elle eut une nouvelle poussée. La fièvre fut très vive, la température atteignit 41°, et les symptômes généraux furent très graves ; vomissements bilieux ou alimentaires, crises nerveuses et syncopes. Les urines étaient devenues rares et légèrement troubles.

Le 18 au soir. — La malade avait une dyspnée intense.

Le 19. — Le Dr Cadet de Gassicourt appelé en consultation, ordonna des bains à 35°, et pour lui, malgré les symptômes indiqués précédemment, il n’y avait pas lieu de penser à une scarlatine, vu la longue durée de l’affection. Les urines contenaient une très légère quantité d’albuminurie.

Le 21 novembre. — Dyspnée intense allant jusqu’à l’orthopnée. On constatait l’existence de râles sibilants dans toute l’étendue de la poitrine. L'anasarque était considérable.

La dyspnée diminua, grâce à la potion suivante :

J ulep gommeux 90

Oxymel scyllilique 30

Extrait de stramonium 0,02

Kermès 0,10

Teinture de belladone 1

Les jours suivants, la fièvre continua à être vive, le thermomètre marquait 41°. Les symptômes d’une angine intense persistaient. L’anasarque était très marquée, les urines légèrement albumineuses. Çà et là des traces de desquamation.

Le 23. — La dyspnée augmente et devient très intense. Les phénomènes généraux s’aggravent.

Le 26. — Attaques d’éclampsie. L’état de la malade est très grave.

Cet état dura pendant plusieurs jours, la dyspnée se produisait par poussées, alternativement avec les poussées scarlatiniformes, qui se montraient du côté de la peau. Il y eut environ huit ou neuf poussées de ce genre, dont la durée était en raison inverse de l’acuité.

La peau se fendillait, et laissait suinter une sérosité assez abondante.

Vers le commencement de décembre, la malade allait mieux, la desquamation des extrémités se fit en doigt de gant, et celle du reste du corps fut très abondante, et dura pendant plusieurs semaines, revêtant le type de la desquamation l'urfuracée. L’anasarque diminuait. La convalescence fut longue et présenta plusieurs complications : otite et surdité passagère, chute des cheveux et des poils, chute des ongles, altération de l’émail dentaire, eschares gangréneuses aux pieds.

Enfin le 1 S mars, la malade, encore très faible, pouvait se lever et faire sa première sortie.

Aujourd’hui la malade est complètement guérie, les cheveux et les ongles repoussent, la jambe gauche est encore un peu indurée. La malade a repris ses occupations.

Observation IX (de Legendre).

(Recueillie par M. le I)r Pinard, professeur agrégé à la Faculté

de médecine.) Eruption scarlatineuse chez une femme accouchée

depuis quinze jours.

Mm0 P..., âgée de 22 ans, primipare, accouche spontanément et à terme le 30 janvier 1881.

Les suites de couches furent naturelles jusqu’au 14 février.

La montée laiteuse qui eut lieu 48 heures après l’accouchement fut accusée, mais sans provoquer d’accélération du pouls, ni d’élévation de température.

L’involution utérine était régulière.

Le 14 février, éprouva quelques malaises : un peu

de céphalalgie et quelques nausées.

Le 15. —Le pouls qui était resté stationnaire s’éleva à 100. La température à 38°.

Le 16. — Même état, mais Mmo P... se plaignit d’avoir mal à la gorge. Les amygdales étaient volumineuses et très rouges. Pouls 112. Temp. 39°.

Le 17. — L’angine est plus intense.

En examinant la poitrine je découvre de larges plaques irrégulières, très rouges et ne faisant pas saillie, quelques plaques semblables sont observées au niveau de la paroi abdominale et des membresinférieurs. Rien au visage. En présencede ces symptômes je posai le diagnostic de scarlatine ou d’éruption scarlatiniforme.

N’étant pas très sûr de mon diagnostic, craignant de me trouver en présence d’une véritable scarlatine et ne voulant pas servir de transport au contage près de mes nouvelles accouchées, je m’abstins dès lors de voir Mmo P....

J’ai su que l’éruption avait disparu le lendemain, ainsi que l’angine, et que quatre jours après Mmo P..., se portait bien. Malgré tout elle resta à la chambre encore quinze jours, et aujourd’hui la santé est parfaite.

La garde très intelligente el instruite m’a infirmé qu’il n’y avait eu aucune desquamation.

Je dois ajouter que les parents de celte dame, qui avaient chez eux une petite fille alleinte de la scarlatine le 25 janvier, étaient venus dans la chambre de Mmo P..., dix jours avant l'apparition de l’éruption.

Observation X (de Legendre).

Scarlatine après l’accouchement. — Pas d’angine. — Albuminurie.

— Deuxième poussée éruptive. — Éruption scarlatineuse de l’enfant avec miliaire. — Guérison des deux malades.

C... (Joséphine), 29 ans, domestique, entre le 17 janvier 1880 à la salle Sainte- Anne, n° 16, hôpital Lariboisière (service de M. Siredey).

Elle accouche régulièrement le même jour, à 5 heures du malin, la délivrance se fait bien.

Le 18, nous constatons à la visite du soir que la malade a une fièvre vive, la face est injectée, elle se plaint de maux de tête, la peau est brûlante et couverte de sueurs T. 41°, 5 ; elle a, du reste, eu un frisson d’une demi-heure.

Le 19. — L’utérus suit son involution normale, il n'yapas de douleur de ventre, pas de mé éorisme, pas de vomissements, les lochies sont normales, non fétides, i' n’y a pas de déchirure du périnée, ni d’excoriations mammaires ; pas d'angine, pas d’éruptions, el cependant la malade se plaint des mêmes malaises qu’hier, et elle a une fièvre aussi accentuée.

Le 20. — L’éruption a apparu celte nuit, c’est un érythème rouge, formant un pointillé très fin au niveau des articulations du coude, du poignet eide l’épau'e; il est beaucoup moins prononcé au pourtour des genmx et des articulations du cou-de-pied, un peu plus vif à la partie interne des cuisses, et sur la totalité de l’abdomen, ce sont de véritables bandes de couleur rouge,

plu tôt que des plaques laissant des portions de peau saine.

L’examen de la gorge ne donne qu’un résultat insignifiant : les pilliers et le voile du palais sont plus injectés qu’à l’état normal, il n’y a pas de tuméfaction des amygdales, pas d’exsudat, pas dégonflement des ganglions sous maxillaires, aucune douleur du reste, aucune gène de la déglutition. Le soir la température est de 40°, 5.

On saupoudre le corps d’amidon, et la malade descend à la crèche (n° 7).

Le 21. — L’éruption est dans toute sa vivacité. Pas d’angine accentuée ; la langue se desquame.

Le 22. — Toujours pas de troubles pharyngiens, l’éruption s’éteint, la température est encore élevée (38°, 5). Les urines contiennent quelques flocons d’albumine.

Mais Yenfcmt qui avait continué à prendre le sein présente aujourd’hui une coloration uniformément rouge. C’est un pointillé saillant sous le doigt ; la pression modérée de la peau, ou la rayure de l’ongle sur l’abdomen, laisse une traînée blanche qui rougit très rapidement après ; sa température personnelle, prise soigneusement, est de 36°,6.

Le 23. — La desquamation commence sur les bras et sur les jambes, mais la température est remontée (40°), et on note une nouvelle éruption vive sur le cou, et au niveau de la fourchette sternale.

Quant à l 'enfant il est encore de la teinte de l’écrevisse.

Le 24. — Plus d’éruption, la desquamation s’étend sur tout le corps, en petites écailles, de légère dimension. Albuminurie.

L 'enfant devient rose, et on voit maintenant une éruption miliaire très manifeste, à petites vésicules transparentes, mais limitée au front, à la face, et aux orbites ; la température n’a pas atteint 37°. Rienjie particulier à la gorge.

Le 3 février. — La mère demande sa sortie, elle est encore en

desquamation, mais elle n'a plus d'albuminurie ; Y enfant ne présente plus d’éruption, et on n’a pas encore constaté de desquamation.

Observation XI (de Legendre).

(Observation recueillie par M. Cassas, externe des hôpitaux). Scarlatine consécutive à l’accouchement. — Bénignité des phénomènes du début. — Au moment de la desquamation : Albuminurie, puis anasarque, hydrothorax, œdème pulmonaire. — Guérison.

La nommée F. L..., âgée de 19 ans, couturière, d’un tempérament lymphatique, et d’une constitution moyenne, entre au commencement du mois de septembre 1873, salle Sainte- Anne (service de M. Siredey).

Elle accouche le lendemain de son entrée à l’hôpital ; l'accouchement se fait normalement, et la malade allait bien, lorsqu’au cinquième jour elle fut prise d’une fièvre assez vive ; on constate en même temps l’apparition sur les bras d’abord, puis sur le ventre, d’une éruption caractérisée par de très petites taches rouges, non saillantes, laissant entre elles des parties saines, et ressemblant un peu à de la rougeole. L’éruption se généralise en quelques jours. En même temps, la malade se plaint du mal de gorge ; à l’examen du pharynx, on trouve de la rougeur au niveau de l’isthme du gosier, pas d’enduit pultacé, pas d’engorgement au niveau des ganglions sous-maxillaires, qui sont à peine douloureux ; la malade avait donc une angine très légère, et accusait peu de douleur. Ces symptômes d’angine furent remarquables par la brièveté de leur durée et par leur bénignité.

En même temps la sécrétion lactée manque complètement. La malade avait de l’inappétence, de la diarrhée, qui alla en augmentant (quinze selles en une matinée), puis peu à peu, sous

l’influence de la médication (diascordium, s.-nilr. de bismulh), ces phénomènes s’amendèrent, et, au bout de huit à dix jours, la malade allait bien, n’ayant plus qu’une très légère diarrhée. Elle paraissait guérie, elle allait partir pour le Vésinet le 13 octobre lorsqu’on remarqua une légère bouffissure delà face. A l’examen, on constata en môme temps une desquamation, qui se faisait par larges plaques sur les mains et les pieds, et était furfuracée sur la face, le cou, le ventre et la partie supérieure des cuisses. L’anasarque était surtout évidente à la face, mais elle existait aussi, quoique moins prononcée, sur tout le corps. L’examen des urines révéla l’existence de l’albumine, qu’on trouva en grande quantité. L’œdème parut augmenter les jours suivants, puis il resta limité à la face.

L’étal général ne s’aggrava pas. Régime lacté.

La malade reste dans le même état, jusqu’au 23 octobre, jour où elle est prise le soir d’une dyspnée assez intense. Le lendemain matin la dyspnée avait encore augmenté, et on constate à l’auscultation les signes de l’œdème pulmonaire. Les urines sont très albumineuses.

Malgré l’emploi de révulsifs énergiques, l’état général de la malade s’aggrave et le lendemain on la trouve dans l’état suivant : l’anxiété est considérable, les traits sont altérés, les extrémités refroidies, elle a de l’orthopnée (64 respirations par minute). Le pouls est fréquent et petit (132) et la malade a .eu du subdélirium pendant la nuit.

L’anasarque est considérable, la peau est très sèche ; les urines manquent complètement. Les selles sont rares et accompagnées ,de ténesme rectal.

L’état reste à peu près de môme pendant les deux jours qui suivent ; cependant le 26 au soir, la malade paraît aller un peu mieux ; elle a moins de dyspnée, la chaleur est revenue aux

extrémités ; la nuit précédente a été assez bonne. La malade a eu huit ou dix selles. A l’auscultation, on constate que les signes de l’œdème pulmonaire sont moins marqués, et qu’il y a un épanchement pleural du côté droit. Le lendemain 26 octobre, les urines sont revenues, mais sont encore très peu abondantes et très albumineuses. La malade a un peu de diarrhée.

Cet état reste à peu près stationnaire jusqu’au 30 ; à partir de ce moment la malade va mieux et l’amélioration s’aftîrme tous les jours. Les urines sont revenues en quantiLé normale ; l’albumine persiste, mais sa diminution est notable ; les selles sont régulières. Le pouls est moins fréquent, la respiration plus régulière, et les signes d’œdème pulmonaire sont limités au tiers inférieur. La sonorité est normale ; le murmure vésiculaire s’entend dans toute l’étendue de la poitrine, et môme à la base à droite, où siégeait l’épanchement pleural. La desquamation est terminée.

Le 8 novembre. — La malade est en convalescence: l’albumine a complètement disparu, et il ne reste plus d’œdème.

Le 19. — La malade continue à bien aller. Il n’y a plus de traces d’anasarquc, d’œdème pulmonaire, d’épanchement pleural, ni même d’albuminurie. L’appétit est revenu, et les digesLions se font bien.

La peau a recouvré sa souplesse et sa moiteur normales. Les règles n’ont pas encore reparu.

La malade quitte l’hôpital, guérie, le 8 décembre.

Observation

(Tirée de la thèse de M. Aimer, 1862).

État puerpéral. — Éruption prise d’abord pour un érythème scarlatiniforme, symptômes tartifs de scarlatine : desquamation caractéristique, albuminurie. — • Douleurs articulaires — Guérison.

Le 3 décembre, est entrée à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-

Ferdinand, n’ 25 (service de M. Hardy), la nommée Caroline S..., âgée de 24 ans.

Celte femme, de forle constitution, à cheveux noirs, nous dit s’être toujours bien portée ; elle n’a gardé le souvenir d’aucune indisposition l’ayant obligée à garder le lit. Réglée à 15 ans, la menstruation a toujours été régulière et abondante.

Le jour même de son entrée, elle accouche, à terme, d’un enfant bien constitué; jusqu’au 5 décembre, rien de particulier.

A celle date, la malade éprouve, dans la journée, un sentiment général de prurit et de démangeaison à la peau.

Le 6. — Plus de démangeaison, pouls à 100. La malade nous dit avoir eu des sueurs profuses dans la nuit.

Les mains présentent, à leurs faces dorsale et palmaire, un piqueté semblable à des morsures de puce, avec mélange de petites taches papuleuses; le tout accompagné d’une rougeur diffuse générale.

Rien aux aisselles ; le thorax est légèrement rouge; le ventre est couleur d’écrevisse cuite, les cuisses sont très rouges, ainsi que les genoux, à leurs faces interne et externe.

Les jambes n’offrent pas de coloration anormale. Absence complète de miliaire et de sudamina. La main, promenée sur la peau, sent une chaleur intense des téguments ; mais elle n’éprouve pas l’impression de rudesse et de peau de chagrin remarquable dans la scarlatine. Les muqueuses ne sont point prises ; ni larmoiement, ni injection des globes oculaires ; pas d’épistaxis, pas de trace de catarrhe pulmonaire.

Signes complètement négatifs à la percussion et à l’auscultation.

Langue un peu saburrale, mal de gorgea peine sensible pour la malade, très légère rougeur des piliers du pharynx, amygdales normalement colorées, sans concrétions caséiformes ou pseudomembranes.

Face nette à coloration normale.

Le 7 décembre. — Pouls à 100, chaleur assez notable delà peau. Ventre moins rouge que la veille, avec sentiment de démangeaison. Légère rougeur aux genoux, à leurs faces interne et externe ; encore un peu de rougeur aux plis des coudes et aux mains. Langue nette, très légère, teinte rouge du pharynx, sans concrétions sur les amygdales. Pas de mal de gorge. Absence de miliaire et de sudamina, pas de larmoiement, la toux, le catarrhe pulmonaire et l’épistaxis font complètement défaut.

Face nette à coloration physiologique. L’enfant, qui couche avec sa mère et prend le sein, n’a pas d’éruption et se porte bien.

La malade a autant de lait que ces jours derniers.

Le 8. — Pouls à 90, peau chaude : pas de catarrhe pulmonaire ou autre, pas de toux; rien à la percussion ni à l’auscultaLion.

Ventre très rouge, de couleur foncée ; les cuisses ont la même teinte.

Mains tachetéesde petits points papuleux; ainsi que les avantbras; jambes indemnes de toute éruption.

Le thorax a sa coloration normale, les bras également. Le cou présente de petites plaques rouges diffuses. La coloration du cou n’est pas aussi accusée que celle du ventre et des cuisses.

Langue bien nette sur les bords, avec bande blanche au centre, ne présentant point l’aspect de la langue scarlatineuse avec ses papilles hérissées.

Coloralion naturelle du pharynx, avec absence de mal de gorge. Pas de concrétions sur les amygdales, pas de sudamina, pas de miliaire.

La malade ressent quelques étourdissements. Les urines, traitées parla chaleur et par l’acide nitrique, ne donnent aucun précipité. L’enfant, qui couche avec sa mère, n’a aucune éruption et se porte bien.

Le 9. — Pouls à 68, peau à chaleur normale, élal général excellent. Pas de toux, pas de catarrhe; absence de larmoiement et d’épistaxis. Pharynx à coloration ordinaire, sans douleur ni concrétions. Langue rouge, sans papilles hérissées, comme dans la scarlatine.

Rougeur encore assez marquée sur le ventre, la poitrine et les bras, peu manifeste aux points précédemment envahis.

Miliaire sur le ventre. Les urines traitées par la chaleur et l’acide nitrique ne donnent rien. Jusqu’à ce jour on avait cru à un érythème scarlatiniforme, à cause de l’absence des caractères pathognomoniques de la scarlatine, mais la présence de la miliaire fait concevoir des doutes et on attend.

Le 10. — Pas de fièvre, peau à chaleur normale ; langue partout uniformément très rouge , avec papilles légèrement saillantes. Absence de mal de gorge, de toux, de catarrhe, de larmoiement et d épistaxis.

Miliaire en abondance sur le ventre, avec commencement de desquamation furfuracée; rudesse spéciale de la peau au frôlement delà main. Il existe encore quelques points rouges sur les bras, nulle part ailleurs.

Douleurs arthritiques dans les poignets ; l’enfant tête bien ; absence de fièvre chez la mère et l’enfant.

Le 11. — Plus de rougeur; douleurs très vives des poignets et des bras; desquamation très légère, toujours un peu de miliaire ; rien de nouveau du côté de la gorge.

Le 12 — Miliaire persistante, desquamation légère ; les douleurs des bras et des poignets persistent.

Le 13. — Les douleurs arthritiques ont complètement disparu aujourd’hui ; desquamation très abondante sur le ventre et par larges plaques, pas de desquamation autre part.

Les urines donnent un peu de précipité albumineux à la chaleur.

Le 14. — Rien de nouveau.

Au bout de quelques jours, la malade sort, sur sa demande formelle, présentant des symptômes marqués à' albuminurie et de desquamation générale par larges écailles et par plaques.

Observations I et II (deColson)

Scarlatines consécutives ù l’accouchement recueillies dans le service

de M. Bucquoy à l’hôpital Cochin, par M. Colson, interne des hôpitaux (1).

I. — La première malade âgée de 22 ans, primipare, avait, avant son accouchement, de l’anasarque et des flots d’albumine dans les urines. On l’accouche le 10 octobre 1876 au moyen du forceps. Deux jours après, elle est prise de frissons violents, de douleurs abdominales, de vomissements, et d’un phlegmon du ligament large du côté droit qu’on traite par les vésicatoires.

Cette affection évolue sans complications, et le 9 janvier la malade s’aperçoit à son réveil qu’elle est couverte d’une éruption morbilleuse pour laquelle on l’envoie dans le service de médecine.

Le 11 janvier. — A son entrée, on constate un léger catarrhe oculo-nasal, une rougeur pharyngienne analogue à celle de la rougeole, un peu de toux, quelques râles sibilants dans la poitrine, et en même temps une éruption, qui a débuté par la face et qui présente des caractères variables sur les différents points du corps.

A la face et sur le front elle revêt le type scarlatineux, c’està-dire qu’elle est caractérisée par de larges plaques érythémateuses d’un rouge intense, avec piqueté framboisé; à la racine des membres elle est morbilleuse,' constituée par des plaques légèrement saillantes, appréciables au loucher et laissant entre

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