Trousseau, 6® édition, pp. 207 et suiv
Muqueuses génitales. — On observe habituellement chez les petites filles (8 fois sur 10, J. Simon), dans les premiers jours de la maladie, en même temps que le catarrhe oculo-nasal, des signes de vulvite et d’irritation du vagin, évidemment de même nature que celui-là. La vulve est humide, rouge; la muqueuse vaginale sécrète un liquide muco-purulent plus ou moins abondant. Là se bornent en général les symptômes génitaux. Quelquefois également l’invasion de la rougeole provoque l’apparition prématurée des règles, ou détermine, quand elle se montre entre les époques cataméniales, un léger suintement sanguin, toujours sans grande importance d’ailleurs, envisagé en lui-même.
Henoch a signalé le tenesme vésical et des mictions rares et douloureuses chez une petite fille de trois ans, symptômes qui paraissaient dans la dépendance d’une éruption de la muqueuse des organes génitaux externes.
Système lymphatique. — Les ganglions lymphatiques correspondant aux muqueuses atteintes par le catarrhe spécifique, sont en général indemnes lorsque aucune complication septique ne survient. Cependant, certains observateurs pensent que des adénopathies peuvent se développer dès le début de la maladie et sous l’action du virus morbilleux pur.
Les adénopathies appartiennent à la période d’éruption des muqueuses, et peuvent constituer un signe très précoce, devançant même le catarrhe,
SYMPTOMATOLOGIE.
fait important en temps d’épidémie. Les ganglions cervicaux et sous-maxillaires en sont le siège. Ils deviennent douloureux, s’hypertrophient, sans que le tissu cellulaire du cou y participe. Ces adénopathies sont fugaces, ce qui les distingue des adénopathies secondaires à la tuberculose ou aux infections septiques (Dieulafoy, Henriquez y Carvajal). Ces cas d’adénopathie sont rares, et le diagnostic doit être tout spécialement fait avec la rubéole.
II. — Éruption cutanée. — Caractères cliniques de Véruption. - Dans sa forme normale, l’éruption rubéolique est constituée par des taches rose vif, quelquefois même rouges, peu saillantes, à contours irréguliers et peu accusés affectant quelquefois la forme de croissants. La pression du doigt les fait disparaître, mais elles reparaissent ensuite.
Elles peuvent être isolées, très.petites, de manière à former un semis ou pointillé qui s’observe souvent dès le début de l’éruption et principalement à la face. Entre elles, la peau apparaît avec sa couleur normale.
Au contraire, elles peuvent se fusionner par leurs bords. Il en résulte alors la formation de plaques rouges uniformes, dé dimensions variables.
Dans certains cas, ces plaques ont pu, par leur confluence, en imposer pour une éruption scarlatineuse; mais, quelle que soit leur importance, elles ne couvrent jamais la peau à la façon de celle-ci, on peut dire que c’est là un caractère im-
portant de l'éruption morbilleuse : on peut toujours constater entre les taches l'existence de parties de peau saine.
Les plaques se disposent souvent en croissant ou demi-cercle.
Il arrive fréquemment que les taches morbilleuses donnent la sensation d’une ëlevure au doigt Uans ce cas, on constate qu’il existe au centre de chacune d elles une induration du derme 1 qui se manifeste par une saillie plus ou moins grande à la vue et au toucher. La rougeole est alors dite boutonneuse. Les papules peuvent s’observer sur les plaques, résultat de la fusion des taches, et leur donnent un aspect chagriné. Cet aspect s’observe de préférence à la face, et peut en imposer pour une variole au début.
C est principalement dans cette forme où la congestion est vive qu’on peut constater au niveau des taches des hémorrhagies légères qui leur donnent un aspect ecchymotique.
Cette modification dans l’aspect de l’éruption n'a aucune valeur pronostique, et on ne doit pas la confondre avec la forme hémorrhagique.
Il est beaucoup plus rare d’observer dans la rougeole normale l’existence de vésicules miliaires ou même de bulles.
Cependant cette miliaire, quand elle existe, peut
frWnf U» ? ASSIC0ÜRT L (p - 3S7 > considère ce fait comme fréquent. Il a toujours constaté, au centre des taches rouues 1 existence de petites élevures peu saillantes qui peuvent passer inaperçues à un examen superficiel. 5 P
SYMPTOMATOLOGIE.
se montrer sous forme de vésicules au centre de chaque tache ou d’un semis serré au niveau des plaques. Elle se dessèche en général sans suppurer : on conçoit qu’elle ajoute dans la défervescence à l’éruption morbilleuse un élément desquamatif qui modifie l’aspect normal de celle-ci 1 .
Siège et marche. — L’éruption débute par la face et plus spécialement, mais non toujours, par le menton. De là elle se montre sur les joues, principalement sur la partie de celles-ci qui se trouve au devant des oreilles, puis au pourtour des lèvres, sur le front, sur le cou.
Elle est en général plus intense à la face que sur le reste du corps et s’accompagne de congestion plus vive et de bouffissure ; la couleur en est d’un rouge plus vif, et c’est là qu’on peut y observer de préférence la formation des plaques éruptives. Cet état congestif des téguments de la face masque un peu les caractères classiques de l’éruption. C’est pourquoi il est bon de ne pas rechercher là les éléments d’un diagnostic hésitant encore. C’est sur le corps, et en particulier sur le thorax , à sa partie antérieure (D’Espine), que la rougeole se montre avec son aspect le plus caractéristique et où nous allons la retrouver.
Après la face en effet, l’éruption ne tarde pas à se
1. Les petits enfants présentent souvent, sous' forme de petites taches rosées, arrondies, une éruption sudorale qu’onne doit pas confondre avec la rougeole.
Cette roséole est surtout apparente sur le ventre et sur le dos. (Trousseau.)
généraliser au reste du eorps, et en 24 ou 48 heures elle a envahi, par ordre chronologique, le tronc et les membres supérieurs, puis les membres inférieurs.
Sur ces parties et principalement sur le dos les taches sont d’un rouge plus sombre que sur la face Chez les enfants cachectiques ou affaiblis elles peuvent même être ecchymotiques sur le dos et sur les fesses.
Elles restent stationnaires un temps très court puis vers le troisième jour de leur apparition elles décroissent. Cette décroissance est donc en avance a la face sur le reste du corps, puisque c’est par elle qu a débuté l’exanthème.
Les papules perdent leur éclat, se ternissent; leurs contours deviennent moins nets : la pression • du doigt ne les fait plus disparaître complètement mais laisse à leur place une tache jaunâtre. L’éruption dans son ensemble prend alors une couleur brun cuivré qui, jointe aux desquamations légères quj se montrent, pourrait en imposer pour une syphihde papulo-squameuse généralisée. La peau des malades est comme marbrée.
En général, la durée de cette période de déclin est de quatre ou cinq jours, mais on a observé des cas ou l’exsudation congestive a été telle que ce temps se prolonge pendant plus d’une semaine ' • circonstance qui peut encore favoriser davantage cette confusion avec la syphilis.
L lel est le cas de la forme ccchymotique;
SYMPTOMATOLOGIE.
Desquamation. — En même temps que pâlit l’éruption, il se produit une desquamation, sous forme d’écailles furfuracées, mais qui n’est pas constante. Elle se montre du huitième au onzième jour de la maladie, et demande souvent d’être recherchée artificiellement, par exemple, en frottant la peau avec un morceau de drap noir. Elle n’est jamais généralisée et ne se montre guère qu’à la face et au cou, à la poitrine ou aux paupières seulement. Elle passe d’ailleurs souvent inaperçue et se borne à donner un aspect farineux aux parties de la peau sur lesquelles elle se montre. Exceptionnellement la desquamation se fait par plaques épidermiques, et se prolonge jusqu’au quinzième jour, comme Blache et Guersant l’ont vu.
Symptômes généraux.
L 'élévation de la température accompagne les premières manifestations de l’éruption des muqueuses. L’individualité puissante de la rougeole, presque toujours semblable à elle-même, imprime à la courbe thermique une constance qu’on ne retrouve pas au môme degré dans les autres fièvres éruptives. D’une manière générale, la fièvre commence avec les premiers symptômes du côté des muqueuses, pour atteindre son fastigium au moment de l’éruption cutanée et disparaître dès que celle-ci est développée complètement. Il est donc
intéressant de comparer sa marche à celle de
l’éruption. ,
Dès le premier jour, elle atteint sans les dépasser 39 degrés. Le second jour, elle diminue, ou même revient à la normale. Dans le courant du troisième jour, elle remonte, pour atteindre son apogée le quatrième ou le cinquième jour au moment même où se fait l’éruption cutanée. Il semblerait que l’agent morbide ayant épuise son action ' en déterminant l’éruption des muqueuses, reprenne son essor pour aboutir à un nouveau choc pour l’organisme, se traduisant alors par l’éruption cutanée. La température est bien en rapport en tous cas avec l’éruption qui semble ainsi se faire en deux temps.
Pendant cette rémission du second et meme du troisième jour, les enfants reprennent leurs jeux, et l’on pourrait croire la maladie terminée, si le catarrhe oculo-nasal et les autres phénomènes laryùgo-bronchiquesne persistaient pas.Ce caractère rémittent de la fièvre rougeoleuse est nettement indiqué dans Rilliet et Barthez (p. 255). Les examens thermométriques de Wunderlich, Monti,etc., n’ont fait que le vérifier scientifiquement.
L’apyrexie du second jour et du troisième peut ne pas être complète, soit que la température reste dans le voisinage et au-dessous de 38 degrés, dans ce cas alors, la fièvre persiste jusqu’à l’éruption, soit que, normale le matin, elle remonte tous les soirs, revêtant ainsi le caractère intermittent à type quotidien.
SYMPTOMATOLOGIE.
La rémission ne se fait pas.non plus nécessairement le second jour, mais souvent aussi le troisième ou le quatrième jour, la fièvre reprenant avec l’éruption cutanée.
L’apparition de cette fièvre se manifeste par de petits frissons, se répétant de trois à six fois dans les vingt-quatre heures, suivis de chaleur et dè sueurs (Trousseau *),
L’existence de la fièvre dans la période catarrhale de la rougeole n’est d’ailleurs pas constante. On peut observer des cas où la température reste normale jusqu’au moment où l’éruption cutanée se montre. Alors la température monte brusquement et d’un seul bond à 39 ou 40 degrés, pour suivre ensuite sa marche habituelle. Inversement, on peut observer des faits où la fièvre ne présente pas la rémission habituelle, et reste élevée plus ou moins près de 40 degrés, jusqu’à l’éruption cutanée. Ces faits appartiennent souvent aux rougeoles malignes ou aux rougeoles déjà compliquées, la fièvre morbilleuse étant troublée par celle que produit une infection qui s’installe ; celle-ci n’est d’ailleurs pas fatalement grave.
Au moment où l’éruption cutanée se montre, la température remonte à 39 degrés et atteint son maximum : 40 à 40°,6 au moment où l’efflorescence cutanée bat son plein 1 2 .