‹ La RougeoleChapitre 29 sur 67 · ROUGEOLES BÉNIGNES · texte numérisé non relu

ROUGEOLES BÉNIGNES

Elles comprennent les rougeoles abortives et les rougeoles frustes (d’Espine).

Le type des rougeoles abortives est représenté par les cas dans lesquels, après des prodromes ordinaires, on voit l’éruption se montrer avec ses caractères habituels, mais disparaître après un jour ou deux, laissant le malade en convalescence dès le cinquième ou le sixième jour; ou bien par ceux dans lesquels tous les symptômes sont atténués. La fièvre est à peine marquée ; l’éruption des muqueuses, celle de la peau sont si peu accusées qu’on pourrait hésiter à ranger ces cas dans le cadre de la rougeole, si ces formes légères ne donnaient lieu parfois, par contagion à d’autres enfants, à des cas de rougeole typiques 1 .

1. On verra là une analogie avec certaines lièvres infectieuses avec le typhus abortif par exemple, d’une part, et avec le typhus lævissimus.

Dans les rougeoles frustes , c’est un symptôme important qui fait complètement défaut : fièvre, éruption des muqueuses ou éruption cutanée.

Ces formes, parmi lesquelles il convient de ranger les rougeoles sans catarrhe (éruption des muqueuses) et les rougeoles sans éruption cutanée (morbilli sine morbillis j, ont été vues surtout dans le cours des épidémies de rougeole.

Thomas, qui a observé la première de ces formes, l’a signalée surtout chez les jeunes enfants, qu’elle mettait à l’abri d’une attaque ultérieure de rougeole. C’est là certainement un argument sérieux en faveur de sa nature morbilleuse. Cependant la plupart des auteurs la rattachent à la roséole (d’Espine, Sanné).

L’existence de la rougeole sans exanthème a été aussi contestée. De nopibreux et sérieux observateurs l’ont pourtant signalée (Sydenham, Trousseau, Blache, Rilliet et Barthez). Seitz a même observé une desquamation furfuracée dans des cas où l’éruption n’avait pas eu lieu ou avait pu passer inaperçue par sa fugacité (?). En dehors de toute épidémie, il est certain que des cas de ce genre n’éveilleraient pas l’idée de la rougeole; et pourtant dans le cours des épidémies, on observe des malades qui présentent de la fièvre, du catarrhe et chez qui il ne se produit pas d’éruption ou bien chez qui elle est si discrète et si fugace qu’elle passe absolument inaperçue. Quelques rougeurs sur la face, quelques taches caractérisées et c’est tout. S’agit-il là en réalité d’une rougeole, mais d’une rougeole préma-

FORMES CLINIQUES

turément abortive avant l’éruption cutanée ? L’hypothèse n’a rien qui puisse heurter l’esprit avec nos connaissances sur la nature du catarrhe. La difficulté qu’on a à admettre de semblables formes de la rougeole tient à ce qu’on n’a pas assez à l’esprit la nature spécifique et éruptive du catarrhe dés muqueuses. Or, celui-ci, ainsi que nous l’avons vu, n’est que le premier acte de la poussée éruptive. Si l’on réfléchit que l’activité du virus morbilleux peut se trouver éteinte après la poussée des muqueuses, soit par suite d’une virulence affaiblie ou des conditions de terrain sur lequel il se trouve agir, l’absence de l’éruption cutanée paraîtra aussi rationnelle que sa fugacité dans les formes aboçtives. En réalité, la rougeole sans éruption cutanée serait le type des rougeoles abortives. Son existence ne saurait donc être mise en doute, tant à cause de l’autorité des observateurs qui l’ont décrite qu’à cause des conditions épidémiques où elle se montre.

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