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CHAPITRE IX

Rechute et Récidives.

La question des rechutes et des récidives de la rougeole n’est pas encore complètement élucidée. Certains observateurs ont admis, peut-être d’une façon un peu absolue, que la rougeole ne récidive jamais, et que les exemples publiés reposent sur une erreur de diagnostic, soit à la première, soit à la seconde atteinte. Nul doute que pareille erreur ne soit et n’ait été souvent commise. II. est cependant des cas dans lesquels l’autorité des médecins qui ont pu observer et suivre la première atteinte, où la netteté des symptômes de celle-ci ne permettent aucun doute et laissent à la tradi-

tion médicale toute sa valeur. D’autre part, on tend de plus en plus à accepter des idées moins radicales sur la non-récidive des maladies mfec lieuses. L’immunité conférée par une première atteinte n’est pas toujours semblable à elle-même.

Il faut faire intervenir ici, comme dans la médecine expérimentale, où l’on observe souvent ces différences, des questions de réceptivité indivi duelle ou de résistance au vaccin, sans négliger les qualités inhérentes au germe lui-même, qui peut avoir acquis des propriétés virulentes sans que ses propriétés vaccinantes aient été développées ou augmentées. Nous ne connaissons pas encore, pas plus pour la rougeole que pour les autres infections, les conditions qui rendent plus ou mom vaccinante une première atteinte de la mal * J. 6 '

Certains auteurs (Thomas, d’Espine) ont attribue une grande importance à distinguer les rechutes et les récidives. Les rechutes surviendraient soit dans la convalescence de la maladie, tandis qu 1 y aurai récidive lorsqu’un temps plus ou moins long se serait écoulé entre la première atteinte et la seconde. Une différence pathogénique distinguer encore la rechute et la récidive, la prenuerejHant liée à une nouvelle inoculation du mêmeerme.

auto-infection; la seconde rekvant plutôt de la contagion. Mais il n’y a guère là, en réalité, qu une question de mots; et si, dans les cas extremes o peut prononcer hardiment l’un ou autre,,ü n en reste pas moins acquis que, dans d autres A bien difficile de dire où commence la récidive et ou

finit la rechute. La distinction pathogénique basée sur l’origine différente des germes dans l’un et l’autre cas n’est pas démontrée davantage.

Ces réserves faites, on peut cliniquement conserver à la rigueur ce langage, .mais en donnant au terme rechute une signification plus précise, quoique encore arbitraire, et qui consiste à entendre par là une nouvelle atteinte typique de rougeole survenant dans les neuf ou dix jours qui suivent les premiers symptômes de la première atteinte. C’est le temps nécessaire pour l’incubation d’une nouvelle inoculation venue du dehors. Après le dixième jour, onpeut dire alors qu’il y a récidive.

Cette distinction n’implique, disons-le de suite, aucune différence pathogénique. Dans l’ignorance où nous sommes sur la durée pendant laquelle les germes morbilleux peuvent persister sur les muqueuses, nous ne pouvons dire s’il s’agit ici du même germe revivifié ou d’un autre germe ; à moins, naturellement, qu’il n’y ait eu contagion avérée, ou que la deuxième atteinte survienne si longtemps après la première — chez des adultes, par exemple, ayant eu la rougeole dans l’enfance, — qu’on ne puisse raisonnablement songer à .une persistance du microbe ancien.

Les rechutes proprement dites sont cependant intéressantes à étudier, précisément parce qu’elles se montrent de préférence dans des conditions où l’infection de l’individu semble s’être faite difficilement. C’est ainsi qu’on les observe, de préférence après les rougeoles incomplètes, dans lesquelles

rechute et récidive.

l’éruption, survenue après des prodromes peu accusés, est extrêmement discrète; ou bien dans les rougeoles à poussées catarrhales successives, à prodromes prolongés, ou bien enfin dans celles où l’éruption, après s’être montrée, rétrocède puis reparaît à nouveau (d’Espine, l. c.). Ce qu’on sait, c’est que la rechute, telle que nous la comprenons, est exceptionnelle dans les rougeoles franches, si elle y a même été signalée (Ziemsen).

Ces rougeoles à rechute sont en général bénignes ; il serait intéressant de savoir si elles confèrent une immunité solide pour l’avenir.

Les récidives de la rougeole, au contraire, ne doivent plus être considérées comme des exceptions. Sans être d’une fréquence extrême, on en possède d’ores et déjà maintenant un nombre de cas suffisant, signalés par différents auteurs, pour qu’on puisse admettre qu’elle est moins rare qu’on ne le croyait. Trojanowsky pense que les récidives de la rougeole atteignent le chiffre de 7 p. 100, surpassant celles de la scarlatine - 6 p. 100. Ces chiffres doivent se rapprocher de la vérité, car, tout en admettant la récidive de la rougeole, on ne saurait aller aussi loin que M. Saint-Philippe (de Bordeaux), qui. estime qu’elle est la règle : proposition certainement exagérée.

On a observé une deuxième atteinte de rougeole au bout de deux semaines après la première atteinte, au bout de plusieurs semaines, de plusieurs mois ou de plusieurs années. Le fait de s exposer à un contage excessif, comme par exemple de soigner

i U GE OLE.

les rougeoleux dans les pavillons d’isolement, est une des conditions de récidive les plus certaines.

11 s’observe en particulier chez les étudiants en médecine, ou chez les infirmières, qui, bien qu’ayant eu la rougeole dans leur enfance, en présentent souvent une deuxième atteinte dans les prem ers moments de leur hospitalisation. Une infirmière du pavillon des rougeoleux à l’hôpital des Enfants, âgée aujourd’hui de plus de trente ans, a été attachée il y a six ans à ce service, neuf jours après son entrée elle eut la rougeole ; or elle l’avait déjà eue dans son enfance. J’ai observé le même fait chez un externe du service de M. Descroizilles. Des exemples semblables, mais d’un intervalle plus court entre les deux atteintes, ont été signalés par M. Sanné dans son article du Dictionnaire encyclopédique, et par d’autres auteurs : Ilenoch, Bohn récidive entrela deuxième etla quatrième semaine), Kraus (1 cas en dix-huit jours), Dauchez (2 cas), Senator (4 cas entre la troisième et la neuvième semaine), etc,

Il semble donc acquis que l’immunité cesse au bout d’un certain temps, variable selon les sujets, ou qu’elle est incomplète et disparaît lorsque les conditions d’un contage actif et permanent sont réalisées, ce qui est le cas pour les personnes qui donnent habituellement des soins aux rougeoleux et qui vivent avec eux, ou en temps d’épidémie.

Les observations de M. Grassot sont encore une preuve que l’immunité s’affaiblit avec le temps. Dans

l'épidémie de Chevilly (Seine-et-Oise), qu’il a observée en 1874, il eut les résultats suivants :

De 2 à 10 ans : 240 cas dont 7 récidives. . .

De 10 à 20 ans : 60 cas dont 8 récidives. . ■

Adultes: 9 cas dont 7 récidives. ...

Vieillards : 1 cas dont 1 récidive. . .

Finlayson aurait même observé deux rechutes successives. La première éruption avait eu lieu le 19 mars, la deuxième le 28, la troisième le 3 avril.

Ces faits sont si exceptionnels que, malgré l’autorité de l’auteur, on peut hésiter sur le diagnostic.

Dans l’épidémie de Castelsarrazin (1882, Rapport au ministre, de M. Bucquoy), M. Boede aurait observé .des cas de récidive dans la moitié des cas, concernant des enfants qui avaient déjà eu antérieurement la rougeole. Il cite en particulier une famille de cinq enfants, dans laquelle tous furent frappés, et dont deux avaient déjà été atteints.

M. Courrent (épidémie de Touchan, l. c.), sur cent vingt malades, a observé deux cas de récidive.

M. M. Streng, assistant de la clinique médicale de Leipzig’ chargé du service des rougeoleux, a vu du 1- janvier 1892 au l«juin 1892, trente malades sur lesquels cinq avaient déjà eu antérieurement la rougeole: c’étaient des sujets de dix-huit à vingt-trois ans, et chez eux la première atteinte avait été constatée par un médecin. L’auteur lui-même eut deux fois la rougeole à quelques mois de distance. Un de ses collègues à la clinique l’a eue trois fois, deux fois constatée par un médecin, une fois depuis qu’il est assistant. M. Streng en publie un autre exemple survenu sous ses yeux chez un malade entré dans son service pour une rougeole,

qui, au septième jour de l’éruption, eut une otorrhée, et au douzième jour, huit jours après la première, une nouvelle éruption, avec conjonctivite, coryza, etc. Ceci constituerait plutôt une rechute. Le malade n’avait plus de fièvre dépuis sa première éruption, et la nouvelle se montra précédée de ses symptômes habituels.

A un autre point de vue, Senator a observé des récidives de rougeole frappant de préférence certaines familles, et on peut se àemander à juste titre avec lui s’il n’y a pas une prédisposition familiale. Cette manière de voir est absolument conforme à nos connaissances actuelles sur l’immunité acquise.

Sous le nom de rougeole récurrente , M. de Saint- Philippe décrit une rougeole dont les récidives surviennent deux ou trois mois après la première atteinte, parfaitement franche d’allures d’ailleurs. Quelle qu’ait été l’importance de celle-ci, il a observé que la convalescence ne s’établissait pas franchement. Les malades gardaient de la fluxion des muqueuses du nez et des yeux, des poussées d’eczéma, d’impétigo, restaient malingres, tristes, inappétents. Alors survenait une deuxième éruption de rougeole. Il a observé douze cas de ce genre, Ils peuvent certainement être acceptés comme des exemples de récidive, mais ils sont probablement complexes, et le diagnostic devra être fait avec les érythèmes infectieux que M. Hutinel a décrits au déclin et dans la convalescence de la rougeole.

La deuxième atteinte de rougeole [est tantôt

sévère, tantôt pas ; elle est tantôt plus grave que la première, atteinte, tantôt moins. Il n’y a aucune loi à cet égard, et cette comparaison n’est d’ailleurs intéressante à faire que dans le cas où les deux éruptions se suivent de près,— quelques semaines à quelques mois.

Gomme causes de ces récidives, on a invoqué une particularité du germe — virulence anormale, nature de l’épidémie, éruption mal sortie la première fois ; — la persistance du germe (persistance d’une adénite dans un cas de Rosenstein?); l’existence d’une maladie intercurrente arrêtant l’éruption — coqueluche ; une infection nouvelle — séjour ou contact permanent avec les morbilleux ; absence d’immunité acquise par la première atteinte (prédisposition familiale). Ci

Il est certaiu que, malgré notre ignorance à ce suj.et, toute la question se résume en des qualités du germe et en des résistances individuelles à la vaccination.

La récidive delarougeole existe donc réellement, et tous les cas qui en ont été publiés ne relèvent pas d’une erreur de diagnostic, ainsi qu’on l’a prétendu, en se basant d’ailleurs sur des faits où cette erreur semble avoir été commise. C’est avec la rubéole, avecla roséole, avec les érythèmes infectieux, que la confusion semble avoir été faite le plus souvent.

Les érythèmes infectieux morbilliformes ou autres sont rares après la rougeole. Ils doivent cependant être signalés pour éviter une erreur de

diagnostic avec une récidive de rougeole. Ils surviennent en général coup sur coup dans les pavillons d’isolement, et coïncident avec des bronchites purulentes ou des broncho-pneumonies, dans lesquelles Y examen bactériologique montre l’existence de streptocoques. Ils apparaissent de deux à dix jours après la rougeole et s’accompagnent de phénomènes généraux graves (hyperthermie, dépression du pouls, albuminurie, faciès blafard) et d ulcérations et de fissures sur les lèvres et sur la muqueuse buccale (Hutinel). Ils procèdent quelquefois par poussées successives.

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