‹ La RougeoleChapitre 38 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PRONOSTIC

Influences qui agissent sur le pronostic. — Age. — Conditions d'hygiène. — Forme de la maladie. — Époque de l’année. — Épidémies. — Statistiques.

Pronostic.

Le pronostic de la rougeole varie selon les âges, selon l’état de santé antérieur du sujet au moment où la maladie le frappe, selon les conditions d'hygiène qui l’entourent, selon la forme de la maladie, selon l’époque de l’année, selon les épidémies.

En ce qui concerne l'âge des malades, il est une opinion assez répandue de croire que la rougeole est une maladie nécessaire, fatale, d’autant plus grave que les malades sont plus avancés en âge, et qu’il vaut mieux l’avoir dans l’enfance que plus

de la rougeole.

tard. Dans ce but, bien des familles opposent a 1 isolement une force d’inertie très grande. On ne saurait trop réagir contre une semblable erreur : la rouqeole, bien au contraire, est plus grave chez l'enfant que chez Vadulte, et elle est d'autant plus redoutable que l’enfant est plus jeune.

La rougeole est une maladie très grave de un à deux ans; elle conserve son cachet de gravité jusqu’à trois ans; à partir de cet^âge, abstraction faite des complications, la guérison est de règle. . a .

Tous les médecins sont d’accord sur ce point, M l’on fait abstraction de certaines épidémies d’une gravité exceptionnelle et dont nous avons déjà parlé ou de celles qui sévissent dans certaines agglomérations dans lesquelles les conditions d hygiène sont aussi mauvaises que possible, cette loi ne souffre guère d’exception. M. Millard {caus. ora e) n’a jamais vu de rougeole grave chez l’adulte normal et bien portant.

Yoici quelques chiffres à ce sujet :

Proportion de morts par rougeole, selon les âges sur 1 000 décès :

8,87 au-dessus de 15 ans,

901,43 au-dessous de 15 ans.

(Statistique de 1883 et 1884, 1- trimestre : Ollivier, Études d’hygiène, t. I, p. 50.)

D’après M. Ollivier (Leçons cliniques sur les maladies des enfants 348), voici également quelques statistiques

PRONOSTIC

indiquant le pronostic général de la rougeole selon l’âge En 1886-1887, àl’hôpital des Enfants, il y a eu 342 morts sur 942 malades, sur lesquels :

Cas.

Au-dessous de 3 ans. . . 432

de 3 à 5 ans. 275

— de 5 à 15 ans. 257

M. Hecquet (Abbeville) a donné là proportion sur

18 mois à 4 ans.

4 à 8 ans. . . .

8 à 15 ans.. . .

A Copenhague, une statistique (1867-1879) donne :

Au-dessous de 1 an. ... 14,2 p. 100 de décès.

do 1 à 5 ans . 42 — —

- de 5 à 15 ans. 0,6 - —

Dans l’armée italienne en 1877-1879, la rougeole a fourni 112 décès, donnant une mortalité de 6,3 p. 100.

Les mauvaises conditions de santé des enfants alimentation défectueuse, gastro-entérite, athrepsie, etc. — prédisposent, ainsi que nous l’avons vu, aux formes anormales de la rougeole. 11 appartient au médecin, le cas échéant, d’apprécier les chances bonnes ou mauvaises qui permettront d’espérer ou non la guérison, et au sujet desquelles il n est guère possible de formuler des règles générales. Il se rappellera simplement que c’est surtout dans les états cachectiques que la rougeole peut marcher comme une maladie terminale, tandis qu’elle semblebeaucoup moins grave dans la convalescence des maladies aiguës. Mais, nous le répétons, il n’y a pas à cet égard de règle générale, et le pronostic de chaque

cas en particulier dépend et de la forme de la maladie et de la résistance individuelle des malades.

Les conditions d'hygiène qui entourent le malade ont une influence non moins remarquable et plus positive. Nous les retrouverons quand nous parlerons des complications de la rougeole. Il est avéré, en effet, que la rougeole est plus grave à l’hôpital qu’en ville, toutes choses étant égales d’ailleurs. A ce point de vue, l’isolement des rougeoleux a plutôt fait monter le chiffre de la mortalité pourcent. Il en est de même quand les petits malades sont soignés dans des logements bas, humides, sombres, habités par un trop grand nombre de personnes, ou privés d’une chaleur suffisante, etc., ou bien quand euxmêmes manquent de soins, soit médicaux, soit de propreté'.

L 'époque de l’année où l’on se trouve n’a peutêtre pas la même importance pour le pronostic ; cependant elle n’en mérite pas moins d’être prise en considération. On sait (voyez le chapitre consacré à l’épidémiologie) que la rougeole sévit surtout au printemps et en particulier pendant les mois de mars et d’avril.

1. M. Henrot (de Reims) a fait des observations intéressantes sur la gravité variable de la hougeole da!ns une même épidémie sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques. Dans une épidémie qui a sévi à Diny, en 18S3, il a relevé les chiffres suivants ;

A Diny, village où la population est aisée, et vit dans de bonnes conditions, 1 décès;

A Diny-Magenta, où la situation des habitants est inverse il y a eu 17 décès (Rapport de M. Féréol pour l’année 1883,, Acad, de médecine).

pronostic.

Or, c’est dans la période qui correspond au maximum de cas qu’on note le plus grand nombre de rougeoles graves. Les rougeoles de l’automne sont en général beaucoup moins graves. A ce point de vue donc,l’époque de l’année mérite d’être relevée pour le pronostic.

Il en est de même en ce qui concerne l’influence de Y épidémie régnante. Le génie épidémique ^ ou la constitution médicale varient en effet de l’une à l’autre, et les médecins des petites villes ou des campagnes qui se réunissent entre eux pour se communiquer leurs observations ont pu s’assurer de l’importance qu’il y a dans certains cas à connaître la marche et la malignité plus ou moins grande de . l’épidémie. Prévenus de certaines particularités, comme de la fréquence des accidents pulmonaires ou gastro-intestinaux, ou de la malignité de la maladie, ils ont pu soit prendre à l’avance leurs dispositions en face d’un cas nouveau, et prévenir des accidents graves ou les atténuer, soit s abstenir de certaines médications perturbatrices (emploi de purgatifs, du tartre stibié). ,

Il est inutile d’insister sur l’intérêt qu’il y a à être fixé à l’avance sur ces points importants de la pratique journalière. Avisé de bonne heure, et pour ainsi dire à l’avance,de la gravité d’un cas, le médecin n’en a que plus de netteté dans ses jugements et plus de décision dans son intervention 1 .

1. La mortalité de la rougeole est eu effet liée dans ces cas et à la malignité de l’épidémie (probablement par suite d associations morbides) et à la nature des sujets quelle frappe

Toutes ces conditions extérieures au malade étant connues, le médecin se trouve alors en présence de la maladie elle-même prise en particulier et de la forme qu’elle peut revêtir.

(soldats surmenés par une campagne). Voici, à titre de curiosité, quelques chiffres au sujet du pronostic général de la rougeole et cités par M. Sevestre.

Dans l’épidémie de Kiel, Bartels dresse la statistique suivante. Mortalité :

Au-dessous de 1 an.100 p. 100

De 1 à 5 ans.. 39 —

De 5 à 10 ans.. . . . 37 ’ 5 —

Dans l’épidémie d’Abbeville, M. Hecquet a relevé : Décès

De 17 mois à 4 ans. 4/7 57,14 p. 100

— 4 ans à 8 ans. 1/3 33,33 —

- 8 ans à 15 ans.1/L0 10 —

M. Colin, à Bicètre, en 1870, perdit un malade sur 2,72, soit 36,76 p. 100, chiffre énorme pour des adultes, attendu que la statistique de l’armée en temps de paix est de 3 p. 100 en moyenne. Dans le cours d’une épidémie meurtrière avec broncho-pneumonie, M. Laveran, en 1861, eut 33,33 p. 100 de décès ; il s’agit encore de soldats. — En ce qui concerne plus spécialement les enfants :

Dans la thèse de M. Oyon, on trouve une statistique portant sur les rougeoles, aux Enfants assistés, de 1867 à 1872. Mortalité : 42,59 p. 100. Il s’agit, ainsi qu'on sait, d’enfants au-dessous de deux ans.

Voici une statistique postérieure du même hôpital :

Dans les hôpitaux d’enfants plus âgés (au-dessus de deux ans), la statistique est moins sombre.

pronostic. 139

Les rougeoles abortives et les rougeoles frustes comportent en général un pronostic très bénin.

La rougeole synochale doit, par contre, éveiller toute la sollicitude du médecin, même quand elle se développe chez des enfants vigoureux et de belle apparence. Les complications broncho-pulmonaires sont, ainsi que nous l’avons vu, plus frequentes dans cette forme que dans toute autre. La persistance d’une haute température après lerup-

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