CHAPITRE XI
Étiolooie. — Conditions de réceptivité'. — Immunité : immunité naturelle, immunité acquise. — Age, sexe, influence d’une première atteinte.
Incubation. - Durée de l’incubation. - Rougeole inoculée.
— Rougeole prise par contagion.
Contagion. — Siège du contage. — Époque de la contagion.
— Durée. — Persistance.
Mode de contagion. - Contagion intra-utérine. - Contagion directe. — Contagion indirecte. — Lois de la contagion.
Étiologie.
En dehors de toute épidémie, on constate que la rougeole, en particulier chez les enfants hospitalisés, se développe d’autant plus facilement que les malades ont été plus exposés au contact de rougeoleux. La contagion directe joue donc un rôle considérable. Mais on est bien obligé de reconnaître que ce n’est pas le seul ; car on voit se développer des rougeoles dans lesquelles il n’y a pas eu
ÉTIOLOGIE.
contact direct avec un malade. D’autre part, tous les sujets en contact avec les malades ne prennent pas la maladie ou ne la prennent que difficilement, après une imprégnation prolongée.
En dehors donc du germe contage, il y a des conditions de réceptivité individuelles et des conditions d'immunité plus ou moins grandes.
Les premières réalisent ce qu’on appelle dans un autre langage les causes prédisposantes.
Ces conditions de réceptivité quelles sont-elles? Au premier rang de celles-ci on place l'âge des malades. Il est certain que, d’une manière générale, les enfants fournissent beaucoup plus de victimes que les adultes et ceux-ci que les vieillards.
Cependant dans les moments d’épidémie aucun âge n’est épargné.
Avant un'an la rougeole est rare; elle est exceptionnelle .chez les enfants nourris au sein (Yegol et Sydenham)', la rougeole congénitale mise à part. (Voyez Contagion intra-utérine .) Sa fréquence se triplerait - de un à deux ans (Sanné), et elle deviendrait rare "après quinze ans. La diminution de fréquence de la rougeole chez l’adolescent et dans l’âge adulte, si elle montre la réceptivité particulière du jeune âge, tient Egalement à ce que plus tard une grande partie des individus ont payé dans leur enfance leur dette à la maladie.
La prédisposition relativement moindre que présentent les enfants nourris au sein tiendrait, d’après Blâche et Guersant, à ce qu’ils sont moins exposés à la contagion, entourés qu’ils sont de plus
de soins et de surveillance que les enfants plus âgés L’argument a sa valeur. Cependant M. d’Espme fait observer que dans une même famille on voit tous les enfants être pris de rougeole à l’exception du nouveàu-né, bien qu’il couche dans la même chambre, voire dans le même lit que ses frères et sœurs.
Et d’autre part, on voit des nourrices être prises de . rougeole, et le nourrisson rester indemne(Sevestre,
^En réalité, la rougeole ne paraît aussi fréquente dans l’enfance, par rapport aux adultes, que parce qu’elle confère une immunité plus ou moins prolongée à ceux qu’elle frappe. Les vieillards peuvent la prendre jusqu’à un âge avancé (76 ans, Heim ; 80 ans, Drake; 83 ans, Michœlsen).
Or, en dehors d’une première atteinte dp rougeole' ni l’âge, ni les maladies aiguës, ni les maladies’ chroniques, ni l’état de santé des sujets ne peuvent mettre à l’abri de la rougeole, quand on s’expose à la contagion. Des faits de ce genre sont bbservés tous les jours, et Panum a pu les vériüer lors de l’épidémie des îles Féroëen 1846, épidémie pendant laquelle les vieillards qui avaient ete frappés lors de l’épidémie de 1781, pendant leur jeunesse, furent les seuls épargnés.
Le sexe n’a aucune influence. 11 en est de mêrne des conditions d'existence large ou misérable. La rougeole frappe aussi bien dans les milieux riches
que chez les pauvres.
Contrairement à certaines maladies infectieuses qu’on voit se développer surtout chez les débilités
ÉTIOLOGIE.
ou chez les convalescents, la rougeole atteint aussi bien les enfants vigoureux ou bien portants que ceux-là. Le mauvais état antérieur prédispose seulement, ainsique nous l’avons vu, aux formes graves ou aux complications de la rougeole. Celle-ci apparaît également dans le cours de maladies générales ou d’autres fièvres éruptives, constituant ainsi la rougeole dite secondaire qui a fait l’objet d’une description spéciale : il n’y a donc pas d’immunité conférée par une autre maladie, fièvre éruptive ou autre.
Les conditions qui créent l’immunité sont celles qui résultent d’une attaque antérieure de la maladie. Cette immunité acquise peut mettre pour toute sa vie le malade à l’abri d’une nouvelle atteinte. Mais cette immunité peut être aussi incomplète ou transitoire : il y a alors récidive de la rougeole plus ou moins longtemps après la première atteinte. Tozetti, de Haen, Genovesi, Duboscq de la Roberdière, Rayer, Blacheet Guersant en auraient vu des exemples. D’autres ont été observés par Cadet de Gassicourt, Senator, Sevestre, Trojanowski.
D’aprèsM. d’Espine,ces faits seraient l’exception, et un bon nombre de ces rougeoles de l’enfance doivent être rangées dans le cadre des roséoles ou de la rubéole (d’Espine). (Voyez Récidive de la Rougeole.)
L’immunité naturelle n’existe guère d’une taçon absolue, même pour les nourrissons au-dessoiis de six mois. Outre ce fait que la rougeole congénitale
a pu être observée, on ne saurait pas par quel mécanisme et pourquoi cette immunité cesserait à mesure que l’enfant prend des forces. Il y a probablement, pour expliquer cette immunité apparente des nouveau-nés, des conditions particulières de non-contagion qui nous échappent.
Cependant on a remarqué (Blache et Guersant) que certaines personnes pouvaient impunément s’exposer à la contagion. Celles-là jouiraient donc d’une véritable immunité naturelle.
Un cas curieux d’immunité naturelle transitoire a été observé à Verdun. Une jeune fille qui couchait dans le même lit que sa compagne, atteinte de rougeole, ne prit pas la maladie. Il est vrai que l’année suivante elle eut à son tour la rougeole. Il faut donc admettre ou que cette immunité a cessé, ou que les conditions de contagion, si favorables fussent-elles, n’ont pas été suffisantes. (Rapport de M. Féréol, 1883, Académie de médecine).
Incubation. — On entend par incubation, le temps qui s’écoule entre le moment où le malade s’est exposé à la contagion et celui où les premiers symptômes de la maladie se montrent. On conçoit que ce temps puisse varier, le moment où le malade prend le microbe pouvant ne pas être celui où celui-ci commence à se développer et à agir. Il peut rester soit sur les vêtements, soit même probablement dans les cavités naturelles, à l’état indifférent, jusqu’au moment où les conditions qui le rendent pathogènes soient réalisées. A ce point
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de vue, les résultats fournis par l’inoculation sont les plus démonstratifs, et l’on sait que la durée de l’incubation, pour la rougeole inoculée, est de sept à huit jours.
Pour la rougeole prise par contagion, ce qui est le cas ordinaire, la durée de l’incubation est plus longue, et, comme nous le disions tout à l’heure, variable. A ce sujet, les chiffres sont dissemblables : entre six et vingt et un jours (Rilliet et Barthez); entre huit et quatorze (Sanné). Thomas aurait vu des cas d’incubation de quatre à cinq semaines. M. Sevestre la fixe à neuf jours pleins.
On s’accorde généralement à admettre, pour la rougeole prise par contagion, une période d’incubation de neuf ou dix jours, jusqu’à l’apparition des premiers prodromes.
L’incubation semble déplus longue durée quand, le contact avec le malade a été de courte durée.
L’incubation prolongée paraît de règle dans les cas à récidive.
M. Giron (de Marseille) *, qui a pu observer dans une épidémie de rougeole environ 2S0 cas, pense qu’il y a un rapport entre la durée du contact et celle de l’incubation. Après un contact prolongé, l’éruption apparaîtrait entre le neuvième et le onzième jour, ce qui ferait cinq à sept jours d’incubation avant les prodromes, après un contact court au contraire, l’incubation vraie jusqu’aux prodromes serait de neuf jours.