‹ La RougeoleChapitre 52 sur 67 · Article Rougeole du Dictionnaire de Jaccoud · texte numérisé non relu

Article Rougeole du Dictionnaire de Jaccoud

ÉPIDÉMIOLOGIE.

Tandis qu’à Vienne le début des épidémies a coïncidé presque toujours avec les premiers mois de l’annee, à Munich 39,6 p. 100 des cas se sont montres en automne 43,4 p. 100 en hiver, et 17 p. 100 au printemps et en été D’après Forster, à Dresde, huit épidémies sur quatorze ont débuté en été, de juin à septembre; a Genève, Rilliet indique mars, avril, mai pour le maximum des épidémies. Pendant treize ans, Marc d Espme a trouvé que le maximum des décès par rougeole tombe d’avril à juin.

A Londres, de 1840 à 1847, c’est en automne qu.on a le plus souvent observé de décès morbilleux.

Il n’y a évidemment aucune loi à tirer au sujet des recrudescences saisonnières de la rougeole : elles doivent dépendre de conditions multiples, en dehors du germe lui-même. En ce qui concerne, les recrudescences signalées plus haut touchant Pans, il y a Sainement à faire une grande part à la contagion

pour expliquer ces recrudescences : les entants maintenus en hiver chez eux s’exposent moins aux chances de contagion par le contact des autres enfants tandis qu’avec le printemps et l’été commencent les, sorties et la fréquentation des promenades. Mais on peut invoquer aussi, sous l’influence de conditions climatériques que nous ne connaissons pas, une îeviviscence particulière dans la virulence du germe. Il se passe pour la rougeole le même phénomène que pour la diphtérie ; seulement les circonstances climatériques favorables semblent être inverses.

La régularité de cette évolution multiannuelle dë la rougeole est d’ailleurs troublée par l’arrivée dans le milieu contaminé d’individus en état de

réceptivité. C’est’ce qu’on'observe dans les épidémies de casernes, où l’arrivée des recrues prolonge la durée de l’épidémie et aggrave passagèrement, quelle que soit l’époque, la morbidité.

Lorsque la rougeole sévit sur un pays indemne depuis quelque temps, elle exerce des ravages parfois considérables,comme nous le verrons plus loin. Mais elle se comporte dans son extension selon lés mêmes règles et selon les chances de la contagion. Gomme dans les écoles, elle frappe dans les maisons, dans les famillès,tous ou à peu près tous les sujets susceptibles d’être contagionnés. Mais si des mesures d’isolement efficaces sont prises à temps, si on empêche les voisins en particulier de venir voir le malade, l’épidémie peut rester limitée, C’est ainsi, et par le même procédé, que certaines familles peuvent rester indemnes dans un bourg ou village et que des villages, des îles (épidémie des îles Péroê) peuvent y échapper, alors même qu’ils se trouvent en plein pays contaminé.

Larougeoleneprocède donc pas comme la grippe par exemple, frappant en peu de temps une étendue quelquefois très grande de pays et marchant avec une rapidité parfois effrayante ; maiselle progresse par foyers isolés, réunis entre eux par la contagion. C’est du moins ce qui se passe dans l’immense majorité des cas.

La relation de certaines épidémies montre en effet' le peu de diffusion du germe épidémique. Dans une

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épidémie qui a sévi, eii 1889,4 Montargis, sur le 82= régiment d’infanterie, M. le docteur Delamarre n’a observe des cas de rougeole que dans un seul quartier ; un autre, distant de quelques mètres du premier,n’a pas présenté un seul cas («apport de M. Bouchard: Académie de médecine). ■

Par contre, certains observateurs ont signalé des exemples inverses. M. Coronot (de Gap) a pu constater que dans certaines épidémies la rougeole franchissait de longues distances («apport de M. Féréoî; 1883 : Académie de médecine). Ce fait d’une diffusion anormale de la.rougeole est une exception..

Les épidémies sont d’autant plus graves qu'un temps plus long s’est écoulé depuis la précédente épidémie. Dans ces circonstances, les cas sont nombreux, ce qui s’explique facilement par ce fait que le nombre des immunisés par une première atteinte est plus faible.

L’épidémie des îles Feroë en 1846 en est un exemple. La rougeole n’y avait pas paru depuis plus de soixante ans ; et il y eut 6000 personnes frappées sur 7782 habitants. Il en fut de même de l'épidémie de? îles Fidji en 1873 où la mortalité fut énorme.

En France,'la rougeole atteint en moyenne un habitant sur 30 dans les localités frappées, et la mortalité est dans ces cas, prise en bloc, de 7 à 8 p. 100 des malades. Mais, dans certaines circonstances, la rougeole s’est montrée beaucoup plus sévère (Colin).

Telles furent, en 1833, les épidémies de la Nièvre et du Pas-de-Calais où la'mortalité fut de 20 à 2p p. 10,0.

Nous devons encore citer, d’après M. Colin, les' épidémies suivantes :

Ruelle en 1861. . . 139 décès sur 582 malades, 27,7 p.. 100 1 2 3 4

Arras en 1864. . . 13 — sur 45 — 28,88 - 2

Val-de-Grâce, 1860. 40 — sur 125 — 32 — s

Bicêtre, 1870. . . . 168 — sur 457 — 36,7 —

La gravité des épidémies dépend encore des circonstances dans lesquelles elles se développent, des associations pathologiques qui coexistent avec elles, et de l’état de santé des sujets qu’elles frappent.

La dernière de ces conditions est liée, au point de vue qui nous occupe, aux deux premières. Elle dépend en effet des circonstances particulières qui peuvent agir dans le même temps sur un groupement d’individus, en mettant de grandes masses d’hommes dans des conditions défavorables de santé et par conséquent de résistance. Telle on peut observer la rougeole frappant une ville assiégée, un pays ravagé par la guerre civile où étrangère, parla disette; des armées surmenées par une dure campagne ou éprouvée par des revers.

Les associations pathologiques — épidémies de grippe, par exemple — agissent de deux façons pour aggraver la marche des épidémies de rougeole. Elles créent par leur atteinte antérieure à celle-ci des conditions de moindre résistance individuelle,

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