ÉTUDE DES SYMPTÔMES
L’éruption rubéolique est le symptôme fondamental de la maladie; elle apparaît à une époque à peu près fixe dans le cours des rougeoles régulières, précédée de ce qu’on appelle le stade d’incubation, temps qui s’écoule entre le moment de l'infection proprement dite et l’apparition des premiers phénomènes morbides , et dont nous retrouverons l’étude au chapitre de Y étiologie.
On a pris l’habitude de décrire l’évolution de la maladie en deux phases :
1° L'une , d’invasion dite à tort prodromique, comprenant le temps qui s’écoule entre les premiers symptômes morbides et le début de l’éruption cutanée ;
2° L'autre, dite d’éruption, coïncidant avec les premières efflorescences de la peau.
SyMPTOM ATOLOGtE.
Cette manière classique d’envisager les choses n’est pas exacte si l’on tient compte de la marche Se l'éruption qui, dans la période dUé prodromique, existe, mais sur les muqueuses. Elle a de plus l’inconvénient de sembler méconnaître le caractère spécifique du catarrhe des muqueuses : enan-
thème. . . . .
Ce fait a cependant une grande importance, tant au point de vue du diagnostic que de la-prophy-
la En réalité, ces deux éruptions n’ont de différence entre elles que leur siège, leur époque d apparition et les modifications qu’apporte forcement aux lésions la nature du tissu sur lequel
elles évoluent. .
Les noms exanthème et énanthème sous lesquels on les désigne doivent donc être considérés comme l’expression d’un seul et même processus se manifestant, l’un sur la peau, l’autre sur les muqueuses.
Ces réserves admises, nous conserverons, ainsi qu’on le verra, la division classique .des périodes de la rougeole, parce que, cliniquement, l’éruption cutanée donne au médecin un point de repere important pour fixer le moment où en est arrivée la maladie, sous condition de ne pas y voir la première manifestation éruptive de celle-ci. v/
Rash . - L’existence d’un rash prééruptif a été signalée par différents observateurs. Mais c’est là un fait exceptionnel. On constate alors au . visage de très petites papules roses ou même un érytheme fugace (Henoch). Au premier jour, Henoch a ob-
servé dans un cas une rougeur diffuse du visage et de la poitrine, ayant disparu le second jour.
On a observé aussi au 2 e jour (Surmont) ou au 3 e jour de l’invasion (Talamon) un rash ortié.
Dans l’observation de M. Talamon, il débuta sur le tronc et sur les cuisses sous forme de plaques larges et saillantes ; il envahit les membres supérieurs, fut très discret sur les fesses et sur la poitrine.
Il dura 36 ou 48 heures, et n’influença en aucune façon l’éruption rubéolique.
On a rencontré quelquefois dans la période d’incubation l’existence d’éruptions passagères à forme morbilleuse, sans fièvre ni malaise (Dieulafoy). S’agit-il d’une coïncidence ou doit-on y voir un rash précoce?
Le rash existant ou non, la maladie commence avec l’éruptiomdes muqueuses.
I. Éruption des muqueuses. — Conjonctive, muqueuses du nez et annexes. — On peut dire que les phénomènes congestifs qui ont pour siège la muqueuse du nez et la conjonctive sont un des caractères les plus saillants du début de la rougeole. Ils permettent la plupart du temps de faire dès leur apparition un diagnostic précoce de celle-ci.
Les différents auteurs ont désigné cette période sous le nom de période catarrhale, mais cette expression ne fait mention que d’une lésion banale sans en faire ressortir suffisamment la spécificité : aussi croyons nous qu’il vaut mieux lui substituer
SYMPTOMATOLOGIE.
le nom de stade d’éruption des muqueuses, qui a précisément pour avantage de présenter à l’esprit le caractère de spécificité qui est propre à ces accidents.
Conjonctivite. — Les conjonctives sont brillantes, injectées; les paupières sont gonflées ; la rougeur qui a débuté par leurs bords s’étend parfois sur leur face externe; elles sont le siège de picotements désagréables qui engagent le malade à y porter constamment la main. La sécrétion lacrymale exagérée se traduit par un état humide anormal du globe de l’œil et par un écoulement de larmes sur le visage. Ce larmoiement est encore augmenté par les produits de l’inflammation de la muqueuse elle-même, produits qui donneront plus tard aux liquides qui baignent le globe oculaire un aspect muco-purulent et une consistance visqueuse. Au moment où l’éruption cutanée bat son plein, ces phénomènes sont très accusés : le muco-pus accole les paupières du malade, ou s’y dessèche sous forme de croûtes jaunâtres autour des cils et sur le bord libre des paupières.
Ces accidents disparaissent en général parallèlement au coryza et à la laryngo-bronchite, dans les jours qui suivent la fin de l’éruption cutanée. Comme ces derniers, ils peuvent persister plus longtemps à titre de reliquat de l’inflammation spécifique, ou, comme nous le verrons, être le point d’appel pour des organismes pathogènes étrangers à celle-ci.
L’examen du malade permet de reconnaître la
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conjonctivite dès son début. En retournant les paupières, on constate que les conjonctives sont rouges, injectées. Les malades, à qui la lumière est pénible, recherchent l’obscurité, la tête tournée du côté du mur. Dans certains cas, quand l’éruption muqueuse est intense, ces symptômes peuvent acquérir un haut degré d’intensité, et provoquer une photophobie très pénible.
Coryza. — Le coryza suit une marche à peu près parallèle. Symptôme de la première heure, il se manifeste par un écoulement abondant de mucus séreux par les narines. Celles-ci sont gonflées, rouges ; cette rougeur et ce gonflement s’étend parfois à la lèvre supérieure. Les malades ont des éternuements; ils éprouvent une sensation de prurit qui les force à se frotter sans cesse le nez et qui augmente la rougeur; parfois la congestion de la muqueuse se traduit par des épistaxis peu abondantes, et qui prennent rang parmi les signes du début de la maladie.
L’exanthème spécifique ne se borne pas là d’ailleurs : une sensation de plénitude et de tension au niveau de la racine du nez indique que les sinus frontaux eux-mêmes sont envahis.
Cette éruption nasale suit la même marche que celle des autres muqueuses. Au moment de l’éruption, elle se transforme : l’écoulement devient mucopurulent, jaune verdâtre ; puis peu à peu celui-ci s’atténue, les narines se tapissent de croûtes sèches, et tout disparait au bout de H à 13 jours.
Muqueuse bucco-pharyngée. — Au point de vue
YMPTOMATOLOGIE.
du diagnostic d’emblée, les symptômes fournis par l’existence d’un énanthème sur la muqueuse de la bouche et du pharynx n’ont pas dans le tableau morbide l’importance que présentent l’éruption naso-conjonctivale ou celle que nous allons voir atteindre le larynx et les bronches. Cet énanthème n’en existe pas moins, et demande seulement à être recherché. Dans certains cas même où le diagnostic est hésitant, sa constatation peut rendre les plus grands services.
De 36 à Æ heures avant les premières efflorescences cutanées, on peut constater une éruption sur les muqueuses de la bouche et du pharynx. L’élément éruptifestle même, mais la rougeurnormale de la muqueuse ne permet pas de l’apprécier aussi nettement que sur la peau. Cependant on peut s’assurer, en passant le doigt sur le voile du palais par exemple, qu’il existe un état rugueux de la muqueuse, indice certain d’une éruption papuleuse à ce niveau. A la vue, on perçoit également des taches d’un rouge vif, plus ou moins saillantes, à contours limités.
L’exanthème n’occupe pas de préférence le voilé du palais visible, mais la partie postérieure de celui-là et des piliers, le pharynx et probablement le larynx et l’arrière-cavité nasale. (Heim, Marc d’Espine, Blache et Guersant, Trousseau, Lasègue, Brouardel, Girard.)
Cette éruption papuleuse, s’accompagne de rougeur de la muqueuse, qui est légèrement tuméfiée, et d’un gonflement œdémateux léger de la luette.