‹ La Roumanie contemporaineChapitre 26 sur 28 · SÉ · texte numérisé non relu

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listes » adorent la lumière. Elle entre à flots dans leurs classes, dans leurs dortoirs, dans le petit jardin d'hiver de leur infirmerie. Ces religieuses, pliées par la discipline à tous les renoncements et à toutes les mortifications, ne sont austères et dures que pour elles. Je voudrais que nos architectes, quand ils bâtissent des collèges, eussent le môme souci du bien-être des enfants. On ne me citera pas en France beaucoup de maisons d'éducation où les pensionnaires puissent, selon leur désir, se laver chaque matin à l'eau froide ou à l'eau chaude. Les dames de Sion ont emprunté à la science moderne ce qu'elle nous procure d'agréable confort. Ces bonnes sœurs, entêtées de superstitions, mettent entre les mains de leurs élèves les ouvrages dont nous meublons les bibliothèques des nôtres. J'y ai relevé en passant les livres de Boissier, Brunetière, Caro, Doumic, Duruy, Faguet, Vidal de La Blache. On y étudie les morceauxchoisis de Voltaire dans les éditions dont se servent nos futurs bacheliers.

J'entends bien que tous ces attraits ne doivent être que des appâts jetés aux petites âmes, car enfin des religieuses catholiques en pays orthodoxe, que rêveraient-elles, que machineraientelles, si ce n'est la conversion des hérétiques de l'Eglise grecque? On n'imagine pas l'influence d'un robinet d'eau chaude sur les croyances d'une

jeune hérétique habituée chez elle à l'eau froide. Et ne pensez-vous y)as que les Promenades archéologiques de M. Gaston Boissier ne sont qu'un chemin détourné pour aboutir au Vatican? Je me défie de Voltaire, ancien élève des Jésuites.

— Madame, dis-je à la religieuse qui me promenait dans sa forteresse romaine, combien, sur vos six cents élèves, avez-vous de catholiques?

Elle me répondit avec un bon sourire :

— Monsieur, nous en avons trois.

On s'étonnerait que les Roumains, qui n'éprouvent aucune sympathie pour le catholicisme, eussent à redouter Tapostolat de ces femmes^

Mais, alors, que font-elles? Elles font simplement ce qu'il importerait que nous fissions tous dans ces pays où la culture allemande et la culture anglaise essaient de se substituer à la culture française : elles sauvegardent la vieille autorité de notre langue et de notre nom. Partout, en Roumanie comme ailleurs, nos intérêts industriels sont battus en brèche, et, par une sorte d'incompréhensible aveuglement, notre commerce se

1. Cependant, Tan dernier, on les a accusées de prosélytisme religieux : on les a même poursuivies. Elles avaient heureusement choisi comme avocat le Président de la Chambre des Députés. Il est impossible que les Roumains appréhendent sérieusement une propagande catholique qui, du reste, n'existe pas ! Mais, derrière ce prétexte de catholicisme, je crains que ce ne soit l'influence française que des esprits entichés de germanisme, profitant de ce qui se passait en France, aient essayé d'amoindrir.

replie lui-même devant les forces ennemies. Il ne nous reste plus à défendre que les anciennes prérogatives du génie français. Tant qu'on apprendra notre langue et qu'on lira nos ouvrages, nous mériterons l'éloge de Joseph de JMaistre : que notre voix porte plus loin que la voix des autres peuples. Si nous pouvons nous flatter encore d'être entendus directement des nations étrangères, nous en sommes souvent redevables au patriotisme de nos missionnaires et de nos religieuses. Et c'est pourquoi je partage Fopinion que m'exprimait l'une d'elles dans ces beaux jardins du couvent de Galatz. Elle savait que ses sœurs de France allaient être dispersées et n'en témoignait pointd'amertume, car, disait-elle, les hommes qui les proscrivaient étaient mus apparemment par cette idée qu'elles seraient encore plus utiles à la France au delà qu'en deçà des frontières. Leur expulsion n'était qu'un acte, un peu rude, de politique extérieure. Ainsi l'esprit français essaime et colonise. merveilleuse expansion d'un pays qui, toujours affamé d'ascendant spirituel, consent, pour l'accroître, aux plus rares sacrifices, et tour à tour déborde sur l'Europe ses protestants, ses gentilshommes et ses religieuses !

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