CHRÉTIENS
Commerçants Artisans
Total Commerçants
Total général
Il résulte de ce tableau que la proportion des Juifs qui, en 1831, formaient les 43 centièmes du commerce et de l'industrie de lassy, était arrivée à près de 70^,o en 1889, à 73^o en 1846 et à 78*^/0 en 1860.
Les chrétiens ont diminué de 57*^/0 en 1831, à SO^io en 1839, à 27% en 1846 et à 22'^/o en 1860. .
Il faut, de plus, observer que si, en 1831, les Rou- "p^i^^'J^'-J^çonr mains formaient à lassy aussi bien que dans les autres '"erce indigène, villes du pays la majorité des commerçants et des artisans chrétiens (à lassy 1440 Roumains contre 1100 sujets étrangers chrétiens) ils n'en formaient plus qu'une bien moindre partie en 1860.
En effet, sur les 470 commerçants chrétiens, il y n'y a que 149 Roumains contre 321 sujets étrangers; sur les 1492 artisans chrétiens il n'y en a que 1043 qui soient roumains, 278 étant sujets étrangers et 171 tziganes.
Le nombre total des commerçants et des artisans roumains, en 1860, à lassy, n'était donc que de 1 193 contre 1440 en 1831. Delà où, en cette année, ils formaient les 32,6 centièmes de la classe marchande et industrielle de la capitale, ils n'en formaient plus que les 13,8 centièmes en 1860.
Ce n'est pas seulement le petit nombre des com-
') Y compris 321 sujets étrangers chrétiens. -) Y compris 278 sujets étrangers chrétiens et 171 Tziganes. ^) Y compris 214 Juifs sujets étrangers. *) Y compris 185 Juifs sujets étrangers.
^) Les chiffres pour 1860 sont pris dans le registre Nos. 1599 et 1603, Trsp. 1768, Op. II, de la Succursale de l'Archive de l'Etat à lassy.
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merçants et artisans chrétiens en ISGO (^ui démontre leur infériorité vis-à-vis des Juifs, mais aussi le peu d'importance de ces artisans et de ces commerçants.
Sur les 424G M négociants chrétiens il n'y en a que 27 qui payent une patente de I-ère classe et 144 (jui appartiennent à la Il-me classe, tandis que 4075, c'est-à-dire les 96 centièmes, font partie de la Ill-me et dernière catégorie.
Et encore faut-il observer que les commerçants chrétiens de la I-ère et de la seconde classe étaient presque tous étrangers.
La banque tout entière était aux mains des Juifs: l'unique maison chrétienne existant encore à lassy en 1831, n'ci3''ant pas tardé à fermer.
Les besoins des propriétaires, désireux de s'outiller et d'augmenter l'étendue de leurs cultures puis, surtout, avouons-le, leur manque de prévoyance, ne tardèrent pas à couvrir la propriété immobilière d'hypothèques portant de gros intérêts et consenties aux banquiers juifs de Lassy.
nfirement a'IÎ'x L^s dlsposltious légalcs intcrdisaut aux Juifs de
îrelferres"ir prcudrc dcs terres en ferme tombèrent rapidement en désuétude ou furent éludées par l'emploi de prêtenoms. Nous voyons un grand nombre de terres affermées à des Juifs après 1840.
Ce n'est pas seulement les villes qu'ils prirent pour siège de leurs spéculations: ils ne tardèrent pas à se créer des centres au milieu des campagnes.
En Moldavie de même qu'en Bucovine, en Galicie et dans la Pologne russe, le premier soin des Juifs avait été de mettre la main sur les cabarets.
On a vu que ce commerce leur avait été sévèrement interdit dans les campagnes au cours de la seconde moitié du dix-huitième siècle mais qu'ils étaient parvenus à faire lever cette interdiction en 1804 et, depuis, ils avaient fini par tenir le cabaret seigneurial dans presque tous les villages du pays.
C'étaient des entreprises très-courues par les Juifs, surtout dans les gros villages où le cabaretier était seul a exploiter, souvent plusieurs centaines de paysans. Il leur achetait toutes leurs denrées et leur fournissait tous les objets dont ils avaient besoin. Etant
ferme.
') Voir plus luuil, pages 104 et 107).
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sans concurrent on peut s'imaginer les bénéfices qu'il réalisait. Aussi le loyer du cabaret formait-il souvent le plus clair du revenu de la terre. Nous avons vu (lue l'exploitation des cabaretiers juifs devint tellement monstrueuse que le gouvernement, d'accord avec l'Assemblée générale, fut obligé de leur interdire le séjour des villages. Ils continuèrent, à la vérité, à tenir les cabarets sous de faux noms, mais l'exploitation du paysan, si elle ne cessa pas tout-àfait, devint certainement moins intensive.
Les colonies juives fondées sous le nom de bourgs ^** bourg" ''"* ( tir g iL^oare), surtout dans la 1 faute- Moldavie : à Burdujeiîï, Miliâilenî (Tîrgul-Noû), Lespezï, Sulita, Frumusica, etc., rapportaient de gros revenus aux propriétaires des terres sur lesquelles elles étaient établies. Ces revenus étaient constitués tant par le he.imen (emphytéose) annuel, que payaient les concessionnaires que par les octrois considérables perçus par le propriétaire sur les boissons consommées dans l'intérieur du bourg et les monopoles de boucherie et de boulangerie qui lui étaient également réservés.
De leur côté, les Juifs faisaient d'admirables affaires au milieu de ces populations primitives qui n'avaient idée ni de la valeur des produits qu'ils vendaient ni de celle des objets qu'ils achetaient.
Aucune disposition ne limitant le nombre des cabarets dans ces localités, chaque maison juive était un débit de spiritueux ayant une arrière boutique, plus ou moins grande, contenant des marchandises d'exé-
crable qualité à l'usage des paysans. ^ . • on
L'argent étant fort rare, le marché se faisait par dîi'Vi?san par voie d'échange. Le paysan, préalablement bien dispose Vt marchand .'^'^
par de copieuses rasades d'eau-de-vie, rentrait chez lui muni d'objets de quahté déplorable, achetés très-cher, en échange de ses denrées vendues au Juif à vil prix- Le Juif, du reste, faisait facilement crédit au paysan et recherchait même ces sortes d'affaires car les pertes étaient rares et, en ces occasions, il lui était loisible d'acheter à plus vil prix et de vendre encore plus cher
que de coutume. Vccroissemeut
Aussi voyait-on les bourgs sortir littéralement de du nomb^dès terre. Il y en avait vingt-et-un en 1841, quarante deux ''°'"'°'' en 1888, soixante-trois en 1S50 ').
A peine un propriétaire avait-il obtenu du Prince
') Voir le tableau XXXIIl du Chapitre I ci-dessus.
le chrysobulle l'autorisant à foncier un bourg sur sa terre que les Juifs accouraient.
La cabane en torchis décorée du nom de magasin était bien vite bâtie : Teau-de-vie prise à crédit à la distillerie voisine et la marchandise facilement obtenue des négociants en gros, toujours juifs, de la ville voisine, partie comptant, partie à terme. Il était rare, du reste, que la valeur de cette marchandise, dépassât deux à trois cents francs. Les bénéfices étant sûrs et rapides, les trois ou quatre premiers mois, seuls, étaient difficiles. Euu Te'^cabaretier ^ côté dcs commerçauts s'établissaient les Juifs
m^t.IrVroumains artisaus. La solidarité juive agissait, ils obtenaient les ''""pagnes!'"" matlèrcs premières pour la moitié du prix auquel elles étaient comptées aux artisans roumains; ils possédaient des outils perfectionnés, ils savaient confectionner des modèles plus nouveaux, plus agréables à l'œil, meilleurs: les artisans roumains des campagnes: bottiers, pelletiers, teinturiers, tailleurs, etc., disparurent rapidement devant les nouveaux venus.
En LS59 raccaparem.ent économique de la Moldavie pouvait être considéré comme complet. ^irirtSe"* Ils tenaient Ja grande propriété par les nombreu-
'"'"Tuffl''"'' ses hypothèques qu'elle leur avait consenties sur ses terres. Chaque banquier de lassj^ avait un nombre considérable de propriétaires dépendant entièrement de lui. î^gXifmono" Ils étaient complètement maîtres du commerce,
^°' Juifs*.'" '^' d'abord par leur nombre absolument prépondérant et puis, par le fait que les petits commerçants chrétiens qui existaient encore, étaient forcés de s'adresser à eux pour obtenir des crédits et prenaient mêm^e une grande partie de leurs marchandises chez les commissionnaires et marchands en gros juifs,
La plupart des métiers étaient entre leurs mains, les indigènes n'exerçant plus guère que les plus pénibles et les moins lucratifs.
Le paysan par son manque de besoin, sa pauvreté et la nature de ses rapports avec la terre et le propriétaire, était en grande partie garanti contre l'asservissement au Juif. Le terrain qu'il cultivait ne lui appartenant pas, il ne risquait pas de le perdre et le propriétaire veillait à ce qu'il ne perdît pas le bétail sans lequel sa terre n'aurait pu être travaillée. Mais s'il y avait peu de chose à prendre au paj^san, ce peu de chose était pris par le Juif cabaretier du village ou par un nar/usto/ (marchand) juif du bourg ou de la ville la plus proche.
Un Français, liomme de beaucoup d"esprit (jui avait habité la Moldavie pendant de longues années, disait en 1860, que si les Juifs de lass}^ voulaient faire jeûner les chrétiens pendant huit jours, ils n'auraient qu'à se mettre en grève.
Il avait certainement raison, tout l'approvisionnement de la ville: bouclieries, boulangeries et la plupart des épiceries étaient entre leurs mains.
L'action du gouvernement pour sauvegarder l'in- KouvwSnt'dc dépendance économique du pays s'était bornée à peu ^"'■'"" ^'"'•''="'de chose : à des règlements de police qui ne furent jamais exécutés. Nous avons pu juger de l'intérêtporté par Michel Sturdza aux corps des métiers par la résolution qu'il mit sur le rapport que lui adressa le Conseil Administratif à la suite des plaintes de la corporation des tailleurs de lassy.
Le gouvernement de Grégoire Ghyka était autre- .^^fe%hykt''t'-.i ment éclairé et intègre que celui de son prédécesseur, '''^s'olfcup^î-'p.a'!.^ Mais tout l'avenir de la nation roumaine se trou- écoVôm^uM.' vaut alors en jeu, les préoccupations politiques reléguaient les questions économiques au deuxième plan.
Poussé par d'impérieux besoins d'argent, on eut même le tort de revenir sur la mesure interdisant aux Juifs de tenir des cabarets et de vivre dans les villages.
Nous verrons pourtout bientôt que le Prince Gbj'ka se rendait pleinement compte du danger que constituait pour le paj's, la présence dans le sein de la nation d'un élément étranger aussi nombreux et aussi inassimilable que l'étaient les Juifs de Moldavie.
En Valachie le nombre des Juifs ayant de tout temps été minime, la classe commerciale était presque exclusivement chrétienne, les Roumains y formaient l'immense majorité.
L'immigration des Juifs polonais après la paix d'Andrinople se produisant sur une très petite échelle, non seulement ne causa aucun dommage, mais même fit du bien en donnant un nouveau stimulant au commerce.
11 n'y avait, avant 1859, presque pointde Juifs étabhs dans les campagnes de la Valacliie. C'était surtout à Bucarest, à Brâila et à Ploiestï que les colonies juives étaient nombreuses. Ils n'ont pas. à ma connaissance, donné de sujets de plainte jusqu'en 1859.