CHAPITRE IV
Genèse de la question juive en Roumanie. ..L'ère des persécutions brutales 1856—1879.
Les Juifs de Roumanie à l'époque réglementaire iMpo,,uertgien'aspiraient pas à obtenir des droits politiques. Nous JlJ^êS'pà'sà ne trouvons, du moins, nulle part trace de pareilles ""'poiStuiues?*'" aspirations qui, si elles existaient, n'avaient garde de se manifester.
Toutes leurs sollicitations, tous leurs efforts n'avaient en vue que la liberté de faire le commerce. Ils vivaient très-heureux au milieu d'un peuple aux mœurs exceptionnellement douces, très-tolérant en matière de religion et qui mettait une étonnante bonne volonté à se laisser exploiter par eux.
C'est dans le Protocole des Conférences de Con- enTJr'd^a^' stantinople, du 11 Janvier 1856, qu'il faut chercher •^X^^n'omn/n""' la première manifestation de la tendance de certaines iu^,é'^?V4otocoie Puissances à placer les Juifs des Principautés sur un „ô\^,ie'd?nfjan. pied d'égalité parfaite avec les indigènes et les autres "•"■ "^■^*'étrangers.
Ces Conférences avaient pour but de poser les bases de l'organisation future des Principautés roumaines. Les ambassadeurs de la France^) et de la Grande Bretagne-) introduisirent dans le Protocole contenant les dispositions détaillées de ce projet d'organisation, les deux articles suivants :
,,Art. XV. Les étrangers pourront posséder des
') D. A. Sturdza. Acte si documente relative la Istoria Bcnascereî Bomânieî, II, p. 941 et 942.
') Ibid. ibid., p. 917.
„biens-foiids en Moldavie et en Valachie en acquittant „les mêmes charges que les indigènes et en se sou- „mettant aux lois.
„Art. XVIII. Toutes les classes de la population, „sans aucune distinction de naissance ni de culte, joui- „ront de l'égalité des droits civils, et particulièrement „du droit de propriété sous toutes les formes ; mais „rexercice des droits politiques sera suspendu pour „les indigènes placés sous une protection étrangère \)."
Ces stipulations ne pouvaient laisser indifférents ceux des Roumains auxquels l'avenir de leur pays tenait à ccx'ur.
auTfncl'dè Le Prince Régnant de Moldavie, Grégoire Ghyka,
Gn'goueGhyka. parmi Ics critiqucs faites au projet des ambassadeurs dans le mémoire qu'il présenta au Congrès de Paris, ne manqua pas de protester énergiquement contre la teneur des articles XV et XVIII de ce projet^).
Voici comment il s'exprimait par rapport au premier :
„ Il est une autre considération toute lo-
„cale qui aggraverait encore l'état d'infériorité et de „décadence forcée du propriétaire indigène si l'on ou- „vrait ainsi, sans distinction, la porte aux étrangers : „c'est la présence en Moldavie d'une population juive „très-nombreuse, qui se réclame toujours d'une pro- „tection étrangère et dont l'irruption dans la propriété „serait une cause certaine de ruine pour le pays. Il est ,,de toute nécessité que ce nouveau droit accordé aux „ étrangers, ne soit accessible qu'à ceux qui jouissent „dans leurs pays de tous les droits civils et politiques „et que, une fois propriétaires, les étrangers soient as- „similés en cette qualité aux indigènes et soumis aux „mêmes charges et à la même juridiction. Sans cette „clause et cette restriction indispensables, une mesure „ excellente en elle-même, deviendrait fatale à la Mol- „davie dont l'Europe ne veut que la prospérité. Raison ,,de plus pour réserver le principe et la réalisation de „cette mesure au pays lui-même qui, seul, peut l'ap- ,.pliquer utilement et qui a, seul, qualité, en vertu de „son droit autonomique, de régler ce point do légis- „lation locale^)."
Et à l'article XVIII :
„Les nécessités locales demandent seulement l'ex-
') Ibid. ibid., p. 966.
») Ibid. ibid., p. 980.
„clusion de la population Israélite indigène (?), pour les .,raisons exposées à l'art. XV ^)."
C'était mettre la question sur son terrain véritable, d'une faron claire et précise. FA c'étaient là les paroles d'un homme auciuel ses adversaires et même quelciues uns des ses amis ont souvent adressé le reproclie d'avoir été imbu d'idées trop libérales et trop humanitaires.
La pétition ci-dessous, en français, remise par les ''^«''0" <!<•«
T'PTT /~i. r-i'- rni ' Juifs de lassv eu
Juifs de lassy au Caimacam (Lieutenant pnncier) Théo- i^^'v^^'e^mamiant dore Balscli. dans les premiers jours de son accession politiques. au pouvoir, prouverait (|ue les Juifs de Moldavie étaient tenus au courant des essais faits en vue de l'obtention des droits politiques pour eux.
„ Excellence.
„La haute sagesse de Votre Excellence qui est „ connue de tous Moldaves, nous laisse croire que le „triste état de la nation juive, dans la Moldavie, „qui n'est que le succès d'un ancien fanatisme contraire „à la civilisation et à Téclaireissement du milieu du dix- „neuvième siècle, objet qui a attiré la sollicitude de la „Sublime Porte et de toutes les autres Puissances Eu- „ropéennes. doit être amélioré sous le (Jouvernement „de Votre Excellence.
„C'est à Votre Sublime Personne, qui a maintenant „les moyens de venir en aide aux malheureux et ce n'en „est que plus juste, attendu que partout les droits pu- „blics de nos jours, connaissent seulement les hommes „et non les confessions. Etcomme les autres lois anciennes „d'un pays, qui étant conformes aux siècles passés, „ s'abolissent par chaque Régence, à mesure des temps „et des circonstances, aussi la loi qui existe en Mol- „davie dans l'annexe X du Règlement, par la quelle „les Juifs n'ont pas droit aux privilèges des chrétiens, „peut être réformée conformément au siècle actuel: et „nous voyons par la destination de la Providence (|ue „cet acte d'humanité, déjà promulgué par la Cour Su- „blime de Sa Majesté le Sultan et sollicité par les Puis- „sances étrangères, qui s'occupent maintenant des Prin- „cipautés, doit être réalisé sous la Régence de Votre „Excellence.
„Persuadés que les souffrances de notre nation „trouveront un écho dans le cœur sentimental de Votre
1) Ibid. ibid.. p. 986.
„Excellence, nous la prions très-humblement de vou- „loir bien prendre nos griefs en considération et de „ donner un ordre gracieux au Conseil Général de la „Moldavie, pour qu'il s'occupe d'une réforme de la loi „concernant le sort déplorable de la communauté israé- „lite en Moldavie, alors l'Europe qui connaît trop peu „la Principauté, aura la conviction que l'humanité et „réclaircissement sont des vertus que la Moldavie ,,possède.
„En rendant à Votre Excellence l'assurance de no- „tre attachement au Gouvernement de la Moldavie, nous „aioutons que le respect et la gratitude ne s'affaibliront Jamais dans le cœur des soussignés qui osent se nom- „mer, de Votre Excellence, les plus humbles serviteurs.
„(signés) L. Kahane, Michel Daniel fils, N. A. Kauf- „mann. Moses I. Wechsler, S. Schrager. Haïm Balaban, „A. AVechsler, L. Meyerhoffer etc., etc.
„Iassy, 10 Juillet 1856 ^j."
Cette pétition est importante non seulement par le fait qu'elle, aussi, parle des Juifs comme d'une nation séparée mais surtout parce que, son objet étant d'obteux l'égalité politique, elle se contente de la solliciter de la générosité du Caïmacam, au nom des principes humanitaires et nullement en vertu de droits possédés ab autiquo. On n'y parle pas d'Israélites indigènes, on n'y prétend nullement qui les Juifs sant établis en Moldavie depuis des siècles. Ces raisons en faveur de l'égalité h accorder aux Juifs fabriquées après-coup, ne passaient même pas]3ar la tête des signataires, tous hommes mûrs, ayant connu le régime antérieur à 1828 et ayant vu de leurs veux l'invasion de leurs coreligionnaires de 1828 à 1840.
Malgré sa forme humble et son exécrable français cette pétition est beaucoup plus digne que les plaidoyers actuels des Juifs en vue d'obtenir les mêmes résultats car, au moins, ses signataires ne sont pas de mauvaise foi. Ils sollicitent les droits qu'ils désirent obtenir mais, pour arriver à ce but, ils ne dénigrent pas le pays qui les nourrit, ils n'échaftiudent ni inventions ni calommies.
') Chestiunea Evreilor Pàmêntenî. p. S9. Cette pétition été trouvée dans les papiers de Michel Kogalniceano, dans un pli contenant au.ssi le mémoire adressé au Congrès de Paris par les Arméniens de la Moldavie.
Les stipulations favorables aux Juifs, contenues ysriH'''&t dans le Protocole de Constantinople du 11 Janvier ISôC), ^!',l^J''ii;^%^^^;; ne furent même pas discutées au Congrès de Paris. Le ali^^^vaMali-" soin de proposer les bases de l'organisation future des comniuioriu- Prineipautés a^^ant été confié par le Congrès aux As- "'?«*■""•• semblées spéciales, devant sous le nom de Divans adhoc, être élues dans les deux pays à cet effet et à une Commission Européenne comprenant des délégués de toutes les puissances signataires du Traité de Paris ^).
Le Divan ad-hoc de Yalachie ne s'occupa que des Cjuatre points formant la base du programme du parti national :
L La garantie de l'autonomie des Principautés et la neutralité du territoire.