CHAPITRE VI
Dernière phase de la question juive. Campagne des Juifs
contre le crédit de la Roumanie. Les émigrations. Sincerus.
La loi pour l'organisation des métiers. Bernard Lazare.
Le Dr. Hugo Ganz. La note américaine.
La haute banque et l'Alliance Israélite Univer- ^faifi' israéîfte selle ne s'étaient pas résignées, tant s'en faut, à l'état *"' tlnqu^e*"*" de choses créé par la Constituante de 1879. Elles avaient réussi à obtenir pour les Juifs l'égalité civile et • politique, presque complète, dans tous les pays d'Europe la Russie et la Roumanie excepté.
Si, d'un côté, la situation des Juifs en Russie était, sous tous les rapports, pire qu'en Roumanie, et aurait dû attirer en premier lieu l'attention des organes dirigeants de cette race, la puissance formidable de cet Empire condamnait, de l'autre, d'avance à l'insuccès toute tentative de pression dirigée contre lui.
La situation des Juifs était certainement bien meilleure en Roumanie, mais celle-ci n'était qu'une petite puissance et les Juifs ne doutaient pas de pouvoir arriver à faire changer un état de choses qu'ils considéraient comme un outrage pour leur race et qui avait Tair de braver leur puissance.
Leurs efforts pour obtenir l'intervention des puissances, efforts qu'ils ne se lassaient pas de renouveler avaient, à la vérité, été vains, l'atmosphère des cercles politiques dirigeants de l'Europe étant devenue, depuis 1878, de moins en moins favorable aux Juifs, mais ils ne doutaient pas d'arriver au but désiré par leurs propres moyens.
Il n'y a pas de Roumain en relations d'affaires avec les Juifs eu vue de lassy ou de Bucarest, qui n'ait entendu un ou plusieurs de ceux-ci déclarer que leur situation dans le pays allait bientôt changer et que la Roumanie ne tarderait pas à être obligée de leur concéder l'égalité civile et politique. Et quand on les interrogeait sur les moyens qu'ils comptaient employer pour arriver à ce but, si les plus réservés d'entre eux gardaient un prudent silence, il j en avait de moins prudents qui ne manquaient pas de s'écrier :
„La finance européenne finira bien par se lasser „de placer ses millions en rente roumaine et fermera „ses coffres jusqu'au moment où la Roumanie se décidera „à reconnaître aux Juifs, en masse, l'égalité civile et po- „li tique."
Je crois qu'il y a peu de Roumains qui, de 1893 à 1899, n'aient plus d'une fois entendu ce langage.
Et ce n'était pas une vaine menace : la haute
banque juive nous guettait, prête à nous faire passer
par ses fourches caudines au moment opportun qu'elle
savait plus proche qu'on ne pensait en général.
Développement Lc dévcloppement extraordinaire pris par toutes
économique de. tit-w • ^^ tivt'
hi Roumanie les rcssources dc la Roumauie après la guerre de 1 nide- "nndéplndance^ pendanoe, l'influx d'or amené dans le pays par les, armées russes, avaient fait suivre aux revenus de l'État une marche extraordinairement ascensionnelle. Le budget de l'État se soldait en 1879 par environ 114 millions de francs tant aux recettes qu'aux dépenses ; en 1893/94 les encaissements se montaient à plus de 207 millions ce qui équivaut à un accroissement de 81 '^Iq en 14 ans. Les huit dernières années, de 1886,87 à 1898/94, s'étaient toutes soldées par des excédents dont le total s'élevait à plus de 60 minions.
Les Roumains eurent le tort de se laisser griser par cette prospérité.
Trop d'amciio- P^ls d'uu déslr fort excusable mais immodéré d'in-
ration.. trodulrc des améliorations radicales dans toutes les branches des services publics, ils ne se contentèrent pas de dépenser leurs excédents budgétaires mais contractèrent encore de nombreux emprunts.
Il n'est que juste de dire que ces emprunts servirent presque exclusivement à des constructions d'utilité publique qui , en grande partie , devaient, avec le temps, produire des revenus considérables, mais il n'en est pas moins certain qu'on marcha trop vite
dans cette voie. Où fit trop et ce qu'on fit aurait dû être fait avec moins de luxe.
C'est en vain que les gens prévoyants, comme feu Ménélas Gliermani et le Président actuel du Conseil, M. Démètre Sturdza, demandaient qu'on s'arrêtât dans cette voie ou, du moins, qu'on marchât moins vite: c'est en vain qu'ils montraient qu'une série de mauvaises années agricoles pourrait aisément mettre un terme à cette prospérité, la Roumanie étant un pays exclusivement agricole.
On leur répondait invariablement que le pays était loin de donner en fait d'impôts tout ce qu'il pouvait donner et, qu'en cas de besoin, on saurait aisément trouver dans de nouvelles taxes les ressources nécessaires à toute éventualité.
L'avenir se chargea de donner raison aux gens Mauvaises récoiqu'on traitait de pessimistes et d'esprits chagrins. lîésaltreal'ïllà.
La récolte avait été faible en 1S94 et en 1895, mauvaise en 1897: celle de 1899 manqua complètement et. pour comble de malheur, la guerre du Transvaal éclata.
C'est sous ces auspices défavorables que la Rou- pnmnelslg!" manie dût demander à la finance européenne près de 200 millions de francs pour liquider les bons du Trésor émis en prévision d'une émission de rente, et qu'on avait négligé de consolider à temps en cherchant à obtenir des conditions plus avantageuses que ne les comportait l'état du marché, ainsi que pour subvenir aux crédits extraordinaires votés et aux dépenses courantes, les rentrées ne s'opérant qu'avec une difficulté extrême et restant bien au-dessous des prévisions du budget.
L'occasion si patiemment attendue par les Juifs était là: ils ne la laissèrent pas échapper. Par leurs intrigues, ils firent traîner les négociations jusqu'au commencement de l'hiver, quand on se trouva les caisses vides, n'ayant pas avec quoi faire face au coupon de Janvier. La Roumanie qui n'avait jamais été en retard d'une seconde vis-à-vis de ses créanciers, risquait de ne pouvoir faire face à ses engagements.
C'était justement ce que les Juifs désiraient : la faillite de la Rouraaine et l'institution d'un contrôle financier international comme en Egypte et en Grèce,
L'égalité civile et politique pour eux eût été bien facile à obtenir dans ces conditions.
Heureusement que de grandes maisons de banque allemandes avaient tout intérêt à ce que les valeurs
Desseins des Jufs.
Campagne de le presse juive
contre les finances
roumaines.
L'émigration
des Juifs de
Roumanie
augmente.
roumaines, émises presque toutes par leur entremise, ne fussent pas par trop dépréciées. Elles prêtèrent à la Roumanie 173 millions de francs mais à des conditions onéreuses et draconienes, l'emprunt était fait pour un terme de cinq ans seulement.
Les Juifs n'avaient pas obtenu tout ce qu'ils voulaient mais ils avaient quand même tout lieu d'être satisfaits. Il n'était pas probable que la Roumanie pût, au terme des cinq ans, faire honneur à sa signature autrement que par le moyen d'un emprunt de conversion qu'ils sauraient bien empêcher si l'égalité civile et politique n'était pas préalablement concédée à tous leurs coreligionnaires habitant la Roumanie.
Pour cela, il fallait à tout prix discréditer la Roumanie : c'est ce que les Juifs tentèrent de faire par tous les moyens. La presse à leurs ordres dans tous les pays, en Allemagne surtout, commença à publier de fréquents articles ayant pour objet la situation économique de la Roumanie, la dépeignant sous les couleurs les plus noires et la présentant surtout comme sans remède. La forte augmentation de l'émigration des Juifs de Roumanie en 1900, donna à ceux qui dirigeaient cette campagne un excellent prétexte pour accentuer et accumuler les allégations erronnées de leurs feuilles.
Nous avans vu que ce mouvement d'émigration datait depuis de longues années et que New-York contenait en 1899 plus de 25000 Juifs venus de Roumanie.
L'état de gêne dans lequel se trouvait le pays à la suite d'une série d'années médiocres ou mauvaises se trouvant porté à son comble par suite du manque complet de la récolte de 1899, il était tout naturel que la misère dans laquelle se trouvaient les Juifs s'accrût.
Les causes de cette misère, dont il sera question plus loin, étaient absolument indépendantes de l'état légal des Juifs en Roumanie et, en général, des lois dont ils se plaignaient. Ce fut pourtant cet état légal et ces lois qui furent représentées comme les causes de l'émigration des Juifs qu'on transformait en véritable exode en masse. La presse juive ne se lassa pas de repéter que les Juifs roumains, réduits à la famine par les persécutions atroces des Roumains et par une législation barbare qui leur enlevait tout moyen d'existence, se voyaient forcés de fuir le sol natal, sur lequel leurs ancêtres avaient vécu depuis des siècles, afin de pouvoir aller gagner un morceau de pain dans des pays plus hospitahers, oii ils seraient
traités en hommes et libres d'exercer tous les métiers auxquels ils étaient aptes.
D'un autre côté, l'Alliance Israélite, les sociétés juives de bienfaisance fonctionnant soit en Roumanie Koit à l'étranger, fournissaint les fonds nécessaires à l'équipement de nombreuses troupes de Juifs qui, pourvues de la sorte de vêtements uniformes, partirent des différents centres de la Moldavie. Quoique le Gouvernement leur eût offert le transport par chemin de fer, à titre gratuit, ils se dirigèrent à pied et à petites journées vers les frontières.
Le voyage fait de cette façon était beaucoup plus fatigant et même beaucoup plus coûteux que le A^oyage par chemin de fer, mais il était, en revanche, beaucoup plus théâtral et donnait aux journaux juifs tant du pays que de l'étranger l'occasion de remplir leurs colonnes du récit des réceptions de ces émigrants par leurs coreligionnaires habitant les villes qu'ils traversaient, des discours des uns et des autres.
C'était un excellent moyen d'apitoyer l'opinion public sur le sort des Juifs de Roumanie et de la tenir en haleine.
On sait que des convois de Juifs roumains arrivèrent jusqu'à Vienne mais ne purent aller plus loin, parcequ'ils ne possédaient ni l'argent nécessaire pour le voyage jusqu'en Amérique ni le petit capital que doit justifier tout émigrant avant de pouvoir s'étabhr aux États-Unis.
Ces émigrants furent renvoyés en Roumanie aux frais du Gouvernement roumain.
Le Gouvernement hongrois fît savoir à Bucarest qu'il ne permettrait plus l'entrée en Hongrie de convois d'émigrants ne pouvant justifier la possession de la somme de 400 couronnes minimum.
Mais les Juifs avaient produit leur effet: à Pesth et à Vienne on avait été épouvanté de l'aspect misérable et sordide de ces émigrants ; leurs récits dont la vérité était en général bannie, ne pouvaient, naturellement, qu'ajouter à la pitié inspirée par la vue de ces victimes de la barbarie roumaine.
Je m'empresse de déclarer que je ne mets pas un instant en doute la misère très-réelle de ces mallieuet que je ne Conteste pas qu'elle fût de pitié : ce que je nie c'est que les Roumains eussent été, en quoi en que ce soit, responsables de cette misère.
reux émigrants digne
Immigration
IhéAtraie subventionnée I>!ir l'Alliance.
Rapatriement «les émigrés.
Brochures juives.
Le livre d Sincerus.
La campagne contre la Roumanie et contre son crédit continua de plus belle, d'innombrables brochures vinrent s'ajouter aux articles de journaux.
La plupart n'étaient que des pamphlets et ne contenaient que des calomnies et des injures. Dans leur colère les Juifs ne respectaient rien : S. M. la Reine de Roumanie, elle-même, fut prise à partie: on lui reprochait de faire des poésies pendant que ses sujets juifs étaient en butte à d'atroces persécutions et mouraient de faim.
De toute cette littérature, une seule œuvre se détache par une discussion plus objective et un langage convenable : je veux parler des : Juifs en Roumanie d'Edmond Sincerus. Des personnes en mesure d'être bien informées m'ont assuré que sous ce pseudonyme se cache un homme de lettres ne manquant pas de mérite, Juif, né en Roumanie et établi en Angleterre.
Mais, si le langage du livre de Sincerus est toujours mesuré et convenable, si l'argumentation est parfois serrée, on ne pourrait autant louer la bonne foi avec laquelle il a été fait. Le choix des sources dans' lesquelles Sincerus puise ses renseignements par rapport aux innombrables abus qu'il dénonce est plus que suspect et il le sait; il exagère sciemment en beaucoup de cas comme, par exemple, lorsqu'il parle des 30000 Juifs qui servent dans l'armée roumaine; enfin, il escamote avec une adresse de véritable prestidigitateur l'histoire de l'établissement des Juifs en Moldavie dans la première moitié du XlX-me siècle, quoiqu'il ne soit pas douteux qu'il ne l'ignore pas.
La partie historique de la question le gêne considérablement, aussi la fait-il tenir toute entière, depuis la fabuleuse fondation de Talmaeï par les Juifs, auxll-me siècle (!!); jusqu'en 1866, quand commence „rère des persécutions brutales", en cinq pages. Et encore ces cinq pages, encombrées de notes et de renvois, sont-elles surtout relatives à l'historiette du logothète Isaac ben Benjamin Schor (!!), aux prisonniers faits par les Tatars et rachetés par des Juifs, aux sectes juives en Moldavie, etc. etc. Enfin, il nous parle de Juifs indigènes f^^amc^wtenl) jouissant, „avant l'ère des persécutions", de privilèges dont ne jouissaient pas les autres étrangers et nous avons vu, dans le second Chapitre, ce qu'il faut croire de cette situation priviligiée. Je ne parle pas de la manière dont dans la Condica Liuzilor, il additionne les Juifs habitant la Moldavie en 1803, ni de sa façon de traduire Sulzer. Avec tous ces défauts, le livre de
Sincerus est, à ma connaissance, le seul ouvrage sérieux, défendant le point de vue juif de la (question.
Pendant que les calomnies pleuvaient sur elle, la Roumanie s'efforçait de remettre de l'ordre dans ses finances.
T /-, , • • ' Mesures (inaii-
Le Gouvernement au pouvoir pensa pouvoir re- d.-res.iiiGouver-
, 1 T yy^ •^•^ 1 1 T i il iiciiient <'0n8er-
tablir lequilibre du budget en proposant de nouveaux vawur. impôts directs et indirects. Ses Chambres votèrent sans la moindre opposition un impôt sur les appointements de tous les fonctionnaires, une taxe militaire, de nouveaux décimes sur les impôts directs et majora les patentes. Un grand nombre d'impôts indirects furent majorés, d'autres créés. Mais, d'une part, la gêne croissante ainsi que les économies que s'imposèrent les contribuables, furent cause que ces impôts restèrent bien au dessous des évaluations qui avaient été établies, de l'autre, le Gouvernement négligea de réduire les dépenses du budget. La situation empirait de jour en jour.
Au mois de Juillet 1900, dans le but de rétablir p,;tvo,>de*M. l'unité dans le parti conservateur divisé en deux frac- ^'■■"''■ tions, le Ministère présidé par M. G. Gr. Cantacuzène se retira pour faire place à un cabinet dirigé par M. Carp.
Tout en étant décidé à faire certaines économies, ''""ou-p^^^" M. Carp, aussi, ne voyait de salut que dans de nouveaux impôts proposés par lui et dont il espérait retirer 44 V;2 millions. Une partie de ces impôts votée, les autres trouvèrent dans la Chambre une opposition telle que le Ministère se vit obligé de se retirer. Le Roi confia le pouvoir à M. Démètre Sturdza, chef du parti libéral.
M. Sturdza avait déjà exposé ses vues sur la pouvoir de V
• • r- -^ T T j. c 1 ' i. i*tiirdza. Ses pro-
question financière dans un discours tenu au Sénat, jets financiers.
Son système était for't simple : il consistait à évaluer les revenus de l'Etat, majorés de quelques augmentations d'impôts indispensables, à un chiffre assez bas pour rendre tout mécompte impossible et à réduire les dépenses jusqu'à concurrence de la même somme. Ses adversaires traitèrent cette solution de solution simpliste^ le défièrent de la mettre à exécution et lui prédirent un échec certain, ainsi que la désorganisation de tous les services publics.
Il ne se laissa pas troubler par ces appréciations ^[^ès^ar m*' et entama vigoureusement sa tâche dans laquelle il faut sturdza. reconnaître qu'il fut admirablement secondé par son parti, par les Chambres et par le pays entier.
Tous les services inutiles, toutes les dépenses de luxe furent supprimées, les traitements de tous les fonctionnaires considérablement réduits, tout l'entretien des services publics restreint au strict nécessaire. ^Iaiifée8s"éie- Uu graud nombre de fonctionnaires se trouva,
nonsiVUdï^t presque du jour au lendemain, sans place; beaucoup evaTui^*'a.n'i'!.s eurent à souffrir des privations sérieuses; tout le monde dépensM;-?2i8 l'inclût rcstreludre son train de vie. La Chambre vota millions, presque sans discussion les mesures préposées par le Gouvernement et tous, même ceux qui étaient frappés par les nouvelles mesures, se résignèrent à leur sort sans protestation, presque sans murmure: chacun comprenait qu'il j allait de l'avenir du paj^s.
Car la situation était réellement des plus critiques: le déficit total s'élevait à plus de 71 milions de francs et les caisses étaient vides, sytimf de'M. Heurcusement, le mal était, non constitutionnel
Exrédenf <i> mals accidcutel et, quoique le rendement de la récolte 21 raillions, ^g ^QQ^ ^^^^ médiocre quant au blé et très-bonne seulement pour le maïs, l'exercice budgétaire 1901 — 1902 se solda par un bénéfice de plus de 21 millions de francs. Une série d'opérations de trésorerie habilement conduites permettait de faire face au déficit et même d'en acquitter une grande partie.
Les services publics avaient, pendant ce temps, continué à fonctionner, avec moins de luxe il est vrai, avec plus d'efforts de la part des fonctionnaires mais sans dommage pour le bien général. La solution simpliste avait donné les résultats les plus heureux. do^k-nu/'lf'for.s Et, pendant que la Roumanie, en faisant résolu-
Ta^uoumlliè^'' ment macliine en arrière et en s'imposant des privations qui furent senties par tous, prouvait à l'Europe qu'elle se rendait pleinement compte de la gravité de la situation, qu'elle était décidée à tous les sacrifices pour en sortir et pour rétablir son crédit sur des bases solides, les Juifs ne se lassaient pas d'annoncer au monde sa faillite prochaine et l'établissement d'un contrôle européen pour garantir les intérêts de ses créanciers.
Ils ne faisaient, du reste, aucun mystère de leur projet de réduire la Roumanie par la famine et de leurs efforts pour l'empêclier de convertir l'emprunt onéreux contracté en 1899.
nmr'îîfpsuys'.Tcs Volcl 06 qu'ou Ht daus une brochure aussi vio-
"'""■ lente que pleine de calomnies et de faits dénaturés, parue en 1901. ,,I1 nous reste cependant une consolu-
„tion: Sturdza fera certainement, de mt'me que son «prédécesseur, un voyage d'agrément à travers l'Eu- „rope. Il ira certainement, l'escarcelle à la main, cher- „cher de nouvelles sources d'emprunt pour la Rou- „manie en banqueroute (verhrachtj et il est à espérer „qu'il recevra la réponse qu'il mérite.
„Fasse le Ciel qu'il rencontre à chaque pas le «spectre grimaçant de l'homme au regard fixe, rendu „fou par la voix obsédante de l'épouse qui lui crie „sans cesse: l'enfant est mort de froid dans mes bras. Que „le spectre de la folle furieuse qui a perdu son mari et ses «enfants, morts du typhus de la faim, se dresse devant „lui. Qu'à ses demandes réponde l'écho des lamentations «déchirantes des nombreux orphelins en bas âge, des „innombrables veuves, des femmes et des enfants a- «bandonnés dont le soutien est mort de faim dans «sa propre maison, ou qu'on a forcé de fuir au loin «pour chercher son salut et du pain. Que résonnent «à ses oreilles les soupirs des nombreuses familles «que les persécutions ont précipité du sommet du «bien-être dans la plus noire misère; qu'il entende les «plaintes de ceux qui ont possédé une maison et qui, «chassés de leurs foyers, errent à l'aventure. Que les «cris de: arrière, arrière, le chassent de partout ]us- „qu'à ce que Prince, Ministres et peuple finissent par «comprendre que ces 250000 êtres humains doivent «aussi jouir des droits de l'homme.
«C'est ce que nous espérons" ^).
Ce galimatias difficile à traduire est de bien mauvais goût, les malheurs auxquels il fait allusion ne sont, Dieu merci, que des images dues à la riche imagination de l'auteur, on n'a chassé aucun Juif de la maison lui appartenant, mais le dessein arrêté de couper à la Roumanie tout crédit jusqu'au moment où elle accorderait les droits civils et politiques aux Juifs est évident.
Voici, du reste, un extrait du compte-rendu d'une séance de l'Alliance Israélite de Vienne qui ne permet plus le moindre doute à ce sujet.
«Le Dr. Bloch fait à la dernière séance de l'Al- «fiance Israélite de Vienne une proposition formelle «qui .... a été adoptée à l'unanimité.
«L'Assemblée générale de l'Alliance Israélite de
') China auf der Bnnkanhalbinsel von Jebicho Polonius. Lemberg 1901. Cuf, Jean Lahovary. Op. cit., p. 77.
Mauvaise foi des Juifs.
La sagesse de
la Ruiiin:inie
appréciée en
KuiDpe.
„Vienrie prie instamment son vénéré président, M. le „clievalier David de Gattman, d'intervenir par sa haute «influence et ses relations étendues auprès de la finance „israéiite. afin qu'on refuse au Gouvernement roumain „tout nouvel emprunt, tant qu'il n'aura pas amélioré „la situation des Israélites conformément au Traité de „ Berlin ^j.
Je crois que le caractère calomnieux ainsi que la mauvaise foi de la campagne menée contre le crédit de la Roumanie par les Juifs est plus <iue prouvé.
Personne mieux qu'eux, poutant, ne savait que la crise par laquelle passait la Roumanie était purement accidentelle et que jamais les intérêts de ses créanciers n'avaient été compromis. Si la dette du pays s'élevait, à la vérité, à 1.400 milfions de francs, personne n'ignorait que la plus grande partie de cette somme avait été employée à l'acquisition ou à la construction de nombreuses, voies ferrées, se trouvant toutes entre les mains de l'État, produisant des revenus qui allaient en croissant et ayant puissamment contribué au développement des ressources du pays. La plus grande partie du reste de cette dette avait été contractée pour des travaux d'utilité publique, pour des constructions scolaires et pour la défense du pays.
Les constructions avaient été peut-être faites avec un trop grand luxe et on aurait mieux fait de marcher plus lentement dans cette voie, mais le surplus de dépenses dû à ces causes était loin d'être assez considérable pour pouvoir compromettre la solvabilité du pays. Le tout était de s'arrêter et de ne pas continuer dans cette voie: entreprise difficile à faire accepter dans un pays à régime parlamentaire et encore plus difficile à exécuter.
Malgré l'énergie avec laquelle cette tâche s'accomplissait, les Juifs ne cessaient pas de dénigrer nos finances.
D'autrepart cependant, les correspondances de la presse ne dépendant pas des Juifs, les rapports des légations et des consulats, les correspondances des maisons de commerce, avaient commencé à éclairer l'opinion publique européenne, à lui montrer la situation sous son vrai jour et à mettre en lumière la manière sûre
') Curierul Eomino- American du 8 JuiUet 1900, apud Jean La- HOVABY. Op. cit., p. 77.
et énergique avec laquelle la Roumanie procédait à l'assainissement de sa situation flnancière. La véracité des bruits calomnieux répandus par la presse juive commenvait a être mise en doute, tandis que l'énergie et la prévoyance du Gouvernement aussi bien que la sagese de la nation roumaine étaient appréciées comme elles le méritaient. Les Juifs voyaient avec chagrin la Roumanie gagner au lieu de perdre dans l'estime de l'Europe.
C'est sur ces entrefaites (lue le projet de loi sur Torganisatiou des métiers vint leur donner l'occasion de commencer une nouvelle campagne sur le thème des persécutions.
La vieille organisation des artisans roumains en corps de métiers avait disparu depuuis la chute du régime réglementaire. C'est à l'absence de cette organisation que beaucoup de personnes attribuaient l'état précaire des artisans indigènes en Valachie et leur diminution si inquiétante en Moldavie. Depuis nombre d'années déjà, les artisans, surtout à Bucarest, se remuaient et demandaient que le gouvernement réglementât l'exercice des métiers et leur donnât une organisation les mettant à même de mieux protéger leurs intérêts.
Plusieurs projets de loi dans ce sens avaient même été élaborés mais, à la suite de circonstances imprévues, n'avaient pu parvenir à être discutés par les Chambres
Le gouvernement actuel ne crût pas devoir laisser plus longtemps cette question en suspens et, dans la session ordinaire de 1901 — 1902, il présenta au Parlement un projet de loi sur l'organisation des métiers, projet calqué sur le modèle des lois similaires de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Hongrie. Ce projet, après de longues et laborieuses discussions, fut adopté par les Chambres, sanctionné et promulgué le 3/18 Mars 1902.
Une vraie tempête se déchaîna contre la Roumanie. D'un bout de l'Europe à l'autre, aussi bien qu'aux Etats-Unis, la presse à la solde des Juifs s'évertua à dénoncer cette nouvelle loi comme étant le couronnent de l'œuvre de persécution entreprise par les Roumains contre les Juifs et comme n'ayant d'autre but que celui d'interdire aux Juifs l'exercice de n'importe quel métier.
C'était surtout l'article 4 qui était dénoncé à l'indignation publique. Voici le texte de cet article :
La loi «les métiers.
Prétexte fourni
aux Juifs par
la loi des métiers.
„Art. 4. Les sujets d'un État étranger, pour être „admis à l'exercice d'un métier, conformément aux „conditions de la présente loi, devront prouver que „dans leur pays le droit de réciprocité existe pour les „ Roumain s.
„A défaut de cette preuve, ils devront obtenir l'au- „torisation de la Chambre de commerce et d'industrie.
„Le présente loi ne déroge en rien aux conven- „tions internationales sur la matière.
„Les sujets d'un États étranger, employés dans „une entreprise quelconque, pour exercer un des mé- „tiers prévus à l'article 1, en vertu d'un contrat anté- „rieur à la présente loi, ne sont pas astreints, pendant „ toute la durée de ce contrat, aux conditions pres- „crites par la présente loi ^)".
On le voit, il n'y a dans cet article rien que de juste et qui ne soit conforme aux dispositions en vigueur dans d'autres pays.
Mais voici comment raisonnaient les Juifs :
En Roumanie, les Juifs sont considérés comme étrangers et, comme ils ne peuvent prouver que dans leur pays le droit de réciprocité existe pour les Roumains, vu qu'ils n'ont point de pays, ils devront, conformément au deuxième alinéa de l'article 4, demander cette autorisation aux Chambres de commerce et d'industrie qui, certainement, la refuseront.
Les Juifs se verront donc dans l'impossibilité d'exercer un métier et mourront de faim.
Le Gouvernement eut beau donner les assurances les plus formelles et relever que la réciprocité dont parle l'alinéa II de l'article 4 ne pouvait être demandée qu'aux étrangers dépendant d'une puissance étrangère et nullement aux Juifs non soumis à une protection étrangère qui, sans être citoyens roumains, se trouvaient, de fait, sous la protection roumaine.
En vain relevait-on les dispositions des l'articles 91 et 92:
„Art. 9L Tous ceux qui, lors de la promulgation de „cette loi, auront exercé pendant deux ans un métier „à leur propre compte seront, par exception, consi- „dérés comme maîtres et il leur sera délivré un bre- „vet en conséquence par la Chambre de commerce et «d'industrie.
') V. Loi du ôjlS Mars 1902 pour l'organisation des métiers et règlement pour la mise en application de cette loi. En français et en allemand. Publié par le Ministère des Domaines, Bucarest, 1902.
„Art, 92. A tous les ouvriers qui, lors de l'entrée „en vigueur de la présente loi prouveront qu'ils ont „ effectivement travaillé dans un métier pendant deux „ans au moins il sera, par exception, délivré le carnet ,,d'ouvrier conformément aux prescriptions de l'article ,.précédent, relatives au brevet de maître.
„Le carnet d'ouvrier pourra également être dé- ,,livré aux personnes qui ont suivi les cours d'une „école spéciale ainsi qu'aux ouvriers et aux apprentis ,,déjà en service qui seront recommandés par leurs „patrons".
Les dénonciations contre la barbarie roumaine qui défendait aux rluifs l'exercice de tous les métiers» n'en devenaient que plus violentes.
Après l'article 4, c'étaient les articles 64 et 70 de la loi qui soulevaient les protestations des Juifs car leurs dispositions réservaient le droit de prendre part à l'assemblée de la corporation ainsi que celui de faire partie du comité cette corporation, aux seuls citoyens roumains.
Cette disposition est identique à celles du paragraphe 93 a) de la loi allemande et à celle du paragraphe 133 de la loi hongroise qui réservent également ces droits aux membres de îa corporation jouissant de la plénitude des droits politiques.
Les syndicats professionnels, en France, sont des uvéc'îa''?orsur associationsabsolumentfaoultatives, n'importe quel étran-^''' "'FÎan^e!* ''"' ger, pourvu qu'il travaille en France, peut en faire partie et pourtant voici ce que dit l'alinéa 5 de l'article 4 de la loi sur les syndicats professionnels :
„Les membres de tout syndicat professionnel char- „gés de l'administration ou de la direction de ce syn- „dicat, devront être Français et jouir de leurs droits ci- „vils.-'
Voici les raisons, données par un commentateur français, pour expliquer cette restrictioi.
„Dans son article 2, la loi n'a exigé des membres ,,d'un syndicat aucune condition, elle n'a mis aucune „restriction, aucune entrave. 11 suffit que la persoiuie „ (étranger, femme ou enfant, qui veut faire partie d'un „ syndicat travaille en France.
„Toute autre est la situation d'un directeur ou ad- „ministrateur de syndicat : les décisions de ce syndi- „cat peuvent avoir une influence heureuse ou fâcheuse „sur l'industrie nationale; elles intéressent la prospé- „rité commerciale du pays : elles peuvent engager la
„situation économique de la PYance, c'était donc un de - „voir pour le législateur de ne mettre une arme pou- „vant à certain moment devenir dangereuse qu'entre „des mains sûres, entre des mains françaises; il devait „prendre des précautions commandées par l'intérêt gé- „néral, c'est ce qui il a fait." i)
Si ces précautions étaient justifiées en France, à plus forte raison l'étaient-elles en Roumanie surtout étant donné l'état dans lequel se trouvaient les métiers indigènes en Moldavie.
visiie^d^e^Bernaid q'q fut Ic momcut où la lol dcs métlcrs faisait
l'objet des dénonciations les plus violentes que Bernard Lazare choisit pour venir visiter ses coreligionnaires de Roumanie en passant par la Galicie. ^ ''^=«y- C'est en libérateur, en héros qu'il fut reçu à lassy:
les Juifs de la vieille capitale moldave furent sur pied pendant tout le temps que dura sa visite. Il visita toutes les écoles, toutes les institutions juives. Avant d'être Au club sloumste, après que la Dr. Lippe eût briè-
fiançais^ii est ygjjjg^-,^!^ cxposé, d'après leTalmud, l'histoire nationale des Juifs, le rabbin Dr.Niemrower salua à son tour Bernard Lazare et rappela que celui-ci avait toujours déclaré avec fierté qu'avant d'être français, socialiste ou journaliste, il était Juif. Bernard Lazare, ajoutait-il, a été le premier qui ait lutté pour Dreyfus quand celui-ci se trouvait encore à l'île du Diable. Il lutte aujourd'hui pour tous les Juifs qui, depuis des m i 1 1 i e r s d ' a n nées, sont expatriés également sur une île du Diable. Visiblement ému, Bernard Lazare répondit en remerciant pour la réception qui lui avait été faite.
„J 'app ar ti en s , dit-il, au peuple an- „cien qui lutte depuis des milliers d'an- „nées en bravant les persécutions et en „op posant sa volonté nationale aux op- „presseurs. Ce sera ma gloire de pou- „voir faire toujours plus pour mes frè- „r e s . "
On entonna l'hymne sionniste: .,Dort, doré n-odie Céder''. L'étudiant Naftulovicï qui possède une voix de té nor chante : V hymne de la liberté. Le rabbin Dr. Niemrower
') Cii. Brunot. Commentaire de In loi sur les syndicats professionnels,
ue les Galicle
la KoumaDie.
A Hiicarest.
iait rapotliéose de l'hymne de la liberté en disant que Bernard Lazare est, pour les Juifs, un drapeau, non de bois et d'étoffe mais do cd'ur et d'âme. Bernard Lazare remercie de nouveau V).
Au départ, manifestation encore plus enthousiaste qu'à l'arrivée et durant le séjour. Pendant toute la visite de Bernard Lazare à lassy, l'ordre avait été parfait: les Roumains avaient laissé les Juifs manifester à leur aise.
Pendant son séjour à lassy, Bernard Lazare avait dit à un reporteur de VAdevënd:
„Je trouve qu'il y a ici assez de misère mais chez jJ,\3''|,Vj^__ ,.les Juifs de la Gahcie la pauvreté est encore plus pro- '*°"' piusprûv^ „noncee. Les habitants (roumams.-') d ici ont des figures „plus distinguées que ceux de la Galicie, mais les fîgu- „res des Juifs d'ici expriment la douleur de l'âme ^)." À toutes les stations principales entre lassy et Bucarest, les Juifs de ces localités vinrent en foule aux gares faire des ovations à Lazare: nulle part il n'y eut le mojndre désordre.
À Bucarest, ils l'attendaient à la gare en masses compactes mais ils n'osèrent pas manifester un enthousiasme aussi bruyant qu'à lassy.
Il visita, ici aussi, toutes les synagogues, toutes les écoles, toutes les sociétés.
Voici une partie du discours qu'il tint à la synagogue de la Société la Volonté:
„ Merci a vous, merci a tous ceux qui dans ce ..pays m'ont reçu avec tant d'enthousiasme. Je suis ..venu ici pour voir votre douleur, vos souffrances et ..votre triste situation.
„J'ai vu ce que je ne croyais pas pouvoir exister ..en couleurs aussi noires. Je dirai au monde entier ..vos souffrances, je montrerai à tous votre sort mais ..jf montrerai aussi votre énergie.
„Et quand un peuple don ne des preuves aussi «éloquentes qu'il ne veut pas mourir alors, n'im- ,,porte ce qui adviendrait, il doit vivre et il vivra ^).-'
Les Juifs avaient projeté de tenir une grande réunion dans la quelle Bernard Lazare devait prendre la pirole.
') Adevënd du 7 Mai 1902. An. XV, No. 4586. -) Adevënd du 5 Mai 1902. An. XV, No. 4584. •■») Adevërul du 8 Mai 1902. An. XV. No. 4587.
Mais la population de la capitale ayant commencé à donner des signes de mécontentement, les étudiants ayant même ébauché une manifestation hostile aux Juifs, le Gouvernement, à juste raison, ne voulut pas courir le risque de voir des excès plus sérieux se produire et fit conseiller à Bernard Lazare d'abréger la durée de son séjour à Bucarest. C'est ce qu'il s'empressa de faire.
Il est important de remarquer que Bernard Lazare, loin de protester lorsque le rabbin Niemrower dit qu'„il „(Lazare) avait toujours déclaré avec fierté qu'a- „vant d'être français socialiste ou journaliste il était juif," avait remercié avec émotion. A la métaphore du rabbin qui avait montré tous les Juifs, du monde entier „expatriés sur une île du Diable", il avait répondu en déclarant appartenir au peuple ancien qui luttait depuis des siècles contre les persécutions en opposant aux oppresseurs sa volonté nationale.
Notons également son aveu au reporter de l'Ade-
vërul, que la misère des Juifs était plus grande en
Galicie qu'en Moldavie. Nous verrons qu'il n'est pas
le seul Juif militant qui soit de cet avis.
ii'rréfaST. Il tint d'ailleurs à-peu-près le même langage à
pesiher Lioyd. Budapcsth, à uu dcs rédacteurs du Pesther Uoyd:
„ . . . Mes études m'ont forcé de constater que ,,les Juifs galiciens, quoique possédant tous les droits ..politiques, doivent supporter toutes les misères.
,,Ce n'est donc pas, ici, une question religieuse ni „une question politique mais simplement une question «économique ')...."
Notons, enfin, l'aveu suivant, fait dans la même conversation.
r'<lr^'tater*'race . . . „Je u'al coustaté (à lassy), dans la popula-
™fa^y!""" ,,tion. aucune trace d'anti-sémitisme. J'ai pu faire des „études, visiter des écoles et des hôpitaux, parler tran- ,,quillement avec les ouvriers atteints par la loi sur les «étrangers (?) sans que la population ait organisé une «manifestation hostile quelconque ..."
Cela n'empêclia pas Bernard Lazare d'adresser, aussitôt retourné à Paris, à M. Delcassé, le lettre que l'on sait, dans laquelle il dénonce les barbaries des Ronmains et demande au Ministre des Affaires Etrangères
'l Cronica Tsrnelitd dn is Mai 1092. An. II., No. lit
de la République d'intervenir en faveur des Juifs de Roumanie.
La Roumanie, peu de temps après le départ de Bernard Lazare, eut la visite du Dr. Hugo Ganz, de Vienne, un autre journaliste juif.
Ses correspondances ont dernièrement paru, réunies en brochure. Si China auf der Balkanhalhinsel est une œuvre de polémique violente et grossière, la brochure du Dr. Hugo Ganz est certainement l'écrit le plus plein de fiel qui ait encore été publié sur la matière. C'est, d'un bout à l'autre, un dénigrement venimeux de la nation roumaine et, naturellement et surtout, de ses finances. Le peu de temps passé par le Dr. Ganz en Roumanie lui a suffi pour constater que les Roumains manquent do culture, de caractère, d'énergie, de conscience, d'honnêteté, de patriotisme, de mœurs, de goût, de tout enfin : mais ce qu'il fait ressortir à chaque pas, c'est que ce pays est irrémédiablement ruiné.
Je ne parle pas de l'élégance du langage employé par le Dr. Ganz quand il parle des Roumains. Je me bornerai à dire qu'il les traite, entre autres éphithètes flatteuses, de balayure des Balkans (Balhanlcehricht) . La vue dont est doué le Dr. Ganz est vraiment extraordinaire.
Il a vu des choses qui n'existent pas depuis une génération comme, par exemj^le, une classe de boyards qui, selon lui, exploite en ce moment le pays, la nation et les Juifs '). Il en a vu d'autres qui n'ont jamais existé, telles que le Comte roumain dont il est question à la page 42, le quartier des boyards (BojarenvierteJ) de Bucarest ^) ou bien la brochure officielle contre les Juifs quïl a même, assure-t-il, tenue entre ses mains, mais dont il négfige de donner le titre ^). 11 a vu, enfin, des choses situées à des distances jusqu'auxquelles jamais encore vue humaine n'a pu parvenir, même avec l'aide des meilleurs instruments d'optique car, du port de Braïla, il a vu les Balkans et a même constaté quïls avaient des teintes violettes. Il nous répète même le fait deux fois*). Et dire que de Braïla au point
'; Df- Hugo Ganz. Reiseskiszen aus Rumdnien. Berlin, 1903. A presque chaque page du livre.
^) Ibid., p. 61 et 71. 3) Ibid., p. 132 *} Ibid., p. 92 et 95.
l/e Dr. Hugo (Jaii/..
le plus rapproché de la chaîne des Balkans, il y a plus de 250 kilomètres à vol d'oiseau!
Iln'a vu, en réalité, que la collineCharlesI, ancienne montagne Jacob, située de l'autre côté du Danube, à quelques kilomètres de Braïla et dont la hauteur ne dépasse pas 300 mètres.
Son ignorance de tout ce qui a rapport à l'histoire du pays est stupéfiante. Ainsi, il s'imagine que la Roumanie a, autrefois, possédé une nombreuse population turque dont il regrette la disparition'). Il est vraiment regrettable qu'il n'ait pas voulu prendre la peine, avant d'écrire ses correspondances, de feuilleter quelques uns des nombreux ouvrages d'histoire et de statistique que, d'après son propre aveu, M. Sturdza avait eu la bonté de lui envoyer à l'hôtel ^).
Le Dr. Ganz reproche, entre autres vices, au peuple de Bucarest de manger trop d'ail et trop d'oignon ce qui, à la foire des Mo§1^ a désagréablement affecté son odorat ^). Je trouve qu'il a raison, on abuse en Roumanie de ces deux condiments à odeur désagréable. Mais ce que le Dr. Ganz ignore, c'est que ceux qui en mangent le plus ce sont précisément les Juifs. En Moldavie l'idée de Juif est inséparable de celle de mangeur d'ail. Malheureusement, ce n'est que le moindre de leurs défauts! Il est donc probable que l'odeur qui a si désagréablement impressionné les narines délicates du Dr. Ganz était surtout exhalée par ses coreligionnaires, qui, nous dit-il, se trouvaient en grand nombre à la foire.
Le Dr. Ganz est, je n'ai pas besoin de le dire, un admirateur convaincu du peuple juif. Contrairement à l'opinion d'un homme d'esprit qui prétendait que chaque pays a les Juifs qu'il mérite, le Dr. Hugo Ganz n'hésite pas un moment à nous déclarer que, selon lui: „11 n'y a pas de pays qui ne possède des Juifs bien meilleurs qu'il ne le mérite*)." Mais tout ce fiel, tout cet excès d'immagination et tout ce sémitisme à outrance ne donne que plus de prix à quelques précieux aveux échappés au Dr. Hugo Ganz.
Voici, d'abord, en quels termes il parle do la prétendue haine du peuple roumain contre les Juifs ainsi
ij Ibid, p. 36.
«) Ibid., p. 70.
=>) Ibid., p. 27.
*) Ibid., p. 129.
que de l'intolérance roumaine tellement dénoncée à l'opinion publique:
,,Une circonstance mo frappe. J'ai toujours entendu ,," lîa'in'e'c^ontre ..dire que la Roumanie était un pays antisémite. Je '^•^"'^• „vois ici, (à la foire des Mo§7, à Bucarest), de petits „ bourgeois juifs, habillés en citadins ou plutôt en fau- „bouriens, circuler à travers la foule compacte en „tenant leurs enfants par la main ou sur le bras. Ils „se tiennent au milieu du peuple, au bord du trottoir ,.et attendent l'arrivée du Roi. Personne ne les moleste, ..je n'entends aucune parole de moquerie ou d^injure. ,,11 n'existe donc pas de haine aggressive contre les „Juifs, ici, dans le peuple proprement dit. Si cette haine „existe, il faut la chercher ailleurs. Le fait que ce „peuple est tolérant n'a d'ailleurs rien d'étonnant. Dans „ce mélange de peuples on a tellement eu l'occasion „de s'habituer auy types les plus divers qu'on n'y fait „plus attention. Là où des Tziganes, des Arméniens, des „Turcs et des Bulgares, aux costumes étranges, peuvent „ tranquillement vaquer à leurs affaires, il est naturel „<iue le Juif ne soit rien de très-étonnant. On ne fait ,,pas attention à lui — c'est ce qu'il peut désirer de ,,mieux ^j."
Mais c'est surtout quand il compare l'état des Juifs de Moldavie à celui de leurs congénères de Galicie et de Pologne et qu'il expose les causes de la misère dans laquelle ces Juifs se trouvent que le Dr. Ganz devient tout-à-fait intéressant.
„I1 ne faut être injuste envers personne, pas ^dtTjuifs'dë ;,même envers un scélérat (Bosetcicht). 11 ne passera par n'^t^^riL „resprit de personne d'acquitter le Gouvernement rou- ""fégisfàtives""* „main de l'accusation de poursuivre une politique d'ex- „termination des Juifs, mais on commettrait une injus- „tice si on prétendait que la misère dans laquelle se «trouvent les Juifs en Roumanie est uniquement due „à cette politique. Les Juifs de ce pays se trouvaient „dans la misère avant que les Gouverne- „mentsne se fussent avancés sur le plan „incliné de la politique nationaliste. Pen- „dant longtemps il n'y a pas eu trace d'anti- ,,sémitisme. Ilyadix ans il était encore „permis aux Juifs d'ê t r e p atr i ot e s, mais „leur misère existait déjà, quoique pas à un ,. aussi terrible degré.