‹ La Roumanie et les JuifsChapitre 35 sur 68 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

„Cette misère n'est, d'ailleurs, devenue aussi ef- „frayante (qu'après la grande crise agricole de 1899, „de laquelle ce n'est pas un seul Gouvernement qui «puisse être rendu responsable mais bien toute l'inepte „po]itique économique des classes dirigeantes. J'irai "^juîf e^'u.u" ••„même plus loin. En G a 1 i c i e il n"e x i s t e pas

"Ga\fcie'e1%*î!' r^l 6 restrictious légales pour les Juifs et Bueovine. ..pQurtaut la misère n'y est pas beaucoup ..moindre qu'en Roumanie. En Bueovine ..l'antisémitisme n'est même pas connu, „b eau coup de Juifs y occupent des situa- „tions élevées dans tous les corps repré- „sentatifset pourtant la misère des Juifs ,,y atteint des proportions complet em e n t «inconnues dans l'Ouest de TE u r o p e. Les „causes qui donnent naissance au prolétariat juif doivent, „par conséquent, être cherchées ailleurs et non uni- „quement dans des mesures gouvernementales.

,.I1 existe, parmi les Juifs de l'Orient, une misère

,,d'ordre intérieur qu'il ne serait pas possible de faire

,,disparaître par de simples mesures gouvernementales.

^Jflàmâç^nL ..C'est le ghetto intérieur qui est la vraie cause

-ie leur misère, jg ].^ mlsèrc dcs Julfs- Cc glictto intéricur est con- „stitué par le manque de soins donnés au corps, „par la manière unilatérale, purement théologique et „spéculative de penser ainsi que par les occupations ..presqu'exclusivement mercantiles de la majorité des „Juifs et, enfin, par leur entassement dans les villes. ,,11 est vrai qu'une partie des Juifs de la Moldavie ,,s'adonne précisément aux métiers et que, par exemple, ,,les tailleurs juifs passent pour être les plus habiles „dans leur art. Mais le travail juif, en général, n'est pas ,,très apprécié, et, si on confie volontiers l'exécution „d'un travail à des ouvriers juifs, c'est parce qu'ils tra- „vaillent a bien meilleur marché que les autres ouvriers : „presque sous le prix de revient. Si Ton excepte les „coupeurs à la mode, les artisans juifs ne passent pas „pour des maîtres dans leur art, comme il arrive en „général aux gens qui n'ont embrassé une profession „moins considérée que contre leur gré et parce qu'ils „n'ont pu trouver un autre moyen de gagner leur vie. „Celui qui veut avoir un bon travail s'adresse à l'Al- „lemand qui demande a être mieux payé que le Juif „et qu'on paye aussi volontiers mieux. C'est dans „c e s circonstances q u'i 1 faut chercher „re X p 1 i c a t i o n du fa i t q u e 1 e s J u i f s , q u i n e

„t r a V a i 1 1 a i e n t (] u'à d e s p r i x d e l' a m i n e , se „s ont trouvés sans économies au moment ,,d e Tarrêt de toutes les affaires (] u i a. „suivi la crise de 18 99.

,.S'il s'ag'it de venir effectivement au secours du „Juif, il ne suffira pas, pour arriver à ce but, d'obtenir „rabrogation des lois restreignant leur liberté de séjour „et l'exercice de certaines professions ; en Galicie ces lois ,.n'exislent pas et pourtant les Juifs sont dans la mi- „sôre — mais il est nécessaire de les aider à sortir du „ghetto intérieur, de leur professions unilatérales et de „les transformer en maîtres possédant leur métier à „fond, s'y livrant tout-à-fait et non rien que dans les „heures que l'étude du Talmud laisse libres

„11 faudra aussi mettre toute fausse sentimentalité „de côté. Rien n'autorise a voir d'avance, dans chaque „garçon juif, un futur tliéologue dont la vocation ne „pourrait être que celle de digérer d'une manière con- „templative ou de participer à des affaires lucratives. „C'est à l'étude trop exclusive de la théologie que ces «malheureux doivent leurs poitrines étroites et leurs «membres grêles et faibles, c'est à la chasse aux sem- „piternelles «affaires" qu'ils doivent la ruse caractéris- „tique qui donne à l'antisémitisme sa principale raison «d'existence. Le Juif doit reprendre goût à l'activité «corporelle, il doit acquérir de la dextérité manuelle «et, cessant d'être une chétive plante d'appartement, „devenir un homme sain et robuste. 11 est aussi pos- „sible de souffrir d'un excès de „tête". Pour ariver au „bonheur et au contentement il est besoin de qua- «lités autres que le maniement habile d'une dialectique «sophistiquée et j'appelle ces qualités: l'adresse, la «résistance du corps, la propreté, la connaissance de «la nature et une raison saine M"

Voilà des aveux bien précieux, dont nous nous empressons de prendre acte, dont nous comptons nous servir et, en faveur desquels, nous oublions volontiers les propos haineux du Dr. Ganz, son ignorance des choses du pays, ses exagérations, ses inventions ainsi que ses prédictions de banqueroute. L'excédent de plus de 30 millions de francs par lequel se solde l'année budgétaire 1902-1903 s'est d'ailleurs chargé de répondre pour nous sur ce dernier point.

>i Ibid., p. 138 et suiv.

C'est également au commencement de Tété de 1902 que parut le premier numéro du Romnanian Bulle- • tin qui s'intitule lui-même : A record of persécution *).

C'est une feuille de propagande publiée en anglais, à Londres, qui parait seulement occasionnellement et se distribue et s'expédie gratis dans toutes les parties du monde.

Elle a pour objet d'apitoyer sur le sort des Juifs de Roumanie l'opinion publique de tous les pays afin d'obtenir, par sa pression sur les différents Gouvernements, une intervention efficace à l'effet de contraindre la Roumanie d'accorder aux Juifs l'égalité civile et politi(|ue et surtout de la discréditer.

Le premier numéro, daté du 2 Juin 1902, est presqu" entièrement consacré à un long résumé de la question juive en Roumanie, d'après l'ouvrage de Sincerus et porte comme titre: Le P&il, un appel au public anglais. Ce résumé conclue en mettant les Anglais en garde contre l'invasion probable de 100.000 (?) artisans juifs chassés de Roumanie par la loi des métiers, faite exprès pour leur interdire l'exercice des professions qui leur donnaient le pain de tous les jours.

La communauté juive de Londres pourrait-elle encore, ainsi se terminait l'article, faire au sentiment public le sacrifice qu'elle lui avait fait en renvoyant ses frères fugitifs dans la fournaise des persécutions roumaines?

Après cet article venait un résumé des lois, incriminées par Sincerus, et formant, suivant l'expression employée par la rédaction : une chambre de torture économique.

A partir du numéro 2, cette liste se trouve placée en tête de chaque feuille, sous le titre : Comment la Roumanie traite ses sujets juifs.

-J'ai exposé tout au long, dans le chapitre précédent, la raison d'être des lois en question, je ne reviendrai donc pas sur elles, mais je me vois forcé de relever le manque de bonne foi avec lequel cette liste est présentée à un public forcément ignorant des éléments de la question.

En premier lieu, toutes ces lois sont présentées comme faites uniquement contre les Juifs tandis qu'on

') The Boumanian Bulletin. A Record of persécution issued for the information of the Press. Londres. William Clowes and Son.«.

sait qu'elles s'appliquent à tous les étrangers sans distinction.

Quelqu'un no connaissant pas le premier mot de la (juestion. quand il entendra que la loi du i2 Mai 1887 a limité le nombre des -Juifs pouvant être employés comme ouvriers dans les fabriques qu'elle a en vue, à un tiers du nombre total de ces ouvriers, s'écriera sur le champ et à juste raison que la loi du 12 Mai 1887 prouve que les Juifs sont persécutés en Roumanie.

Mais si on lui dit que la loi du 12 Mai 1887, qui traite de l'encouragement de l'industrie nationale impose, seulement aux fabriques voulant profiter des avantages qu'elle a accordés, la condition d'employer des ouvriers roumains jusqu'à concurrence des deux tiers, laissant au fabricant pleine liberté pour recruter l'autre tiers parmi toutes les races du monde, la question change d'aspect complètement, et il n'y a plus moyen de parler de persécution.

11 en est de même pour la plupart des autres lois mentionnées dans la liste. En Roumanie, tous les postes relevant de l'État sont réservés aux citoyens du pays comme partout ailleurs du reste.

Mais cette liste comprend des allégations complètement et sciemment fausses, faites en vue d'induire l'opinion publique en erreur et de la monter contre la Roumanie.

Telle est le cas de la loi sur le service sanitaire. Il est dit dans le Bulletin qu'elle interdit l'emploi des Juifs dans ce service. Les postes de ce service constituant des fonctions publiques, ils sont, naturellement, réservés aux citoyens roumains: mais la rédaction du Bulletin sait mieux que personne qu'il y a en ce moment nombre de Juifs non naturalisés qui occupent des postes des médecins rétribués par l'État.

Et la soi-disant loi excluant les Juifs des écoles secondaires et supérieures? Comment peut-on imprimer de pareils mensonges, de propos délibéré, sciemment?

Voici les chiffres officiels relatifs au nombre des élèves juifs des écoles secondaires et des étudiants juifs des Universités pendant Tanné scolaire 1900—1901, puisés au Ministère de l'Instruction Publique.

A. Enseignement secondaire.

Gymuases classiques et réaux: 379

J^ycées 796

Externats secondaires de filles 141

Écoles professionnelles de filles 107 Écoles des Beaux-Arts de Bucarest et

de lassy 50 Conservatoires de Musique de lassv et

de Bucarest 213

Écoles commerciales du V et du 2'"'' deg-ré 1 79

Page 1