I.a note américaine
^) Cronica IsraeUtâ du 7 Sept. 1902, An II, No. 35.
-) Voyez L' Indépendance Roumaine du 11 Septembre 1902, p
„La note ajoute que le Président des Etats-Unis ..tient pour nécessaire que les puissances accordent „leur attention à cette affaire et il espère que si ses „ représentations sont accueillies, des mesures seront „ prises pour amener le gouvernement roumain à se «préoccuper du mauvais état de choses en question. ,,En ce moment, comme toujours, les États-Unis sont „ouverts à l'immigration des étrangers qui seraient ,•1 ortés à s'assimiler à la population des États.
„Les lois américaines veillent à leur incorporation ,,dans la masse des citoyens sans faire de distinctions, „G'est à dire qu'elles leur assurent la même situation ,,qu'aux indigènes. Les mêmes droits civils à l'inté- „ rieur et la même protection à l'étranger sont assurés „à tous. Presque personne n'est mis en dehors du droit ,.à rimmigratien. Il n'est fait d'exception que pour les „individus absolument misérables, les criminels ou les „gens atteints de maladies contagieuses ou incurables.
„ L'immigration doit être volontaire, c'est là son „ caractère essentiel.
„ Aussi doivent en être exlus ceux dont l'immigra- „t,ion a été facilitée ou contrainte par d'autres États.
„Le but du traitement généreux accordé aux im- ,,migrants étrangers est de leur être utile à eux en ,.Tnême temps qu'aux États-Unis, mais non pas de créer ,.à un autre État un refuge pour les éléments dont il ,.veut se débarrasser.
„La situation des Juifs de Roumanie, au nombre „de 400,000 âmes, est depuis de longues années un „objet de préoccupation sérieuse pour les Etats-Unis. ,.La persécution de cette race sous la domination tur- ,,que, a provoqué en 1872 de vives représentations de ,,la part des États-Unis. C'est pourquoi le Traité de „Berlin, appelé à remédier aux anciennes injustices, a „été salué par l'Amérique car il déclarait expressément ,.que la Roumanie ne ferait plus de distinction parmi „ses habitants (?) au point de vue de la rehgion.
„Mais au cours des temps la Roumanie a rendu «illusoire un grand nombre de ces clauses équi- „ tables.
,.Les -Tuifs de Roumanie sont exclus du service „de l'État, de la carrière des sciences, ils ne peuvent „pas acquérir la terre, ni même la travailler comme „de simples ouvriers agricoles (?). De nombreuses bran- „clies du petit commerce et des métiers leur sont
«inaccessibles. Dans les villes où ils sont forcés de „ vivre en simples ouvriers, ils ne peuvent être em- „ployés par le patron que dans la proportion d'un «ouvrier juif contre deux ouvriers roumains!?).
,,A peu près exclus de tous les moyens de gagner „leur vie, ils ne peuvent pas échapper à l'humiliation „qu'on leur impose et il ne leur reste qu'à émigrer. Les «enseignements de l'histoire et de l'expérience du «peuple américain démontrent que les Juifs possèdent «à un degré élevé les qualités morales et intellectuelles «d'un bon citoyen et aucune classe d'hommes n'est «mieux vue qu'eux dans l'Amérique du Nord, au point de «vue moral et physique, qui les rend aptes à devenir «des citoyens américains. Mais le gouvernement des «Etats-Unis ne peut pas garder le silence en présence «d'une injustice internationale.
.,11 est obligé de protester contre le traitement «auquel sont soumis les Juifs en Romanie, non seu- «lement par la raison invincible de l'injustice qui en «découle pour les. États-Unis, mais encore au nom de «l'humanité. Les Etats-Unis ne pouvaient pas en ap- «peler d'une façon autorisée aux stipulation du Traité «de Berlin, attendu qu'ils ne figurent pas et ne pou- «vaient pas figurer par miles puissances signataires: mais «ils invoquent sérieusement les principes qui sont pro- «clamés dans les traités, principes qui sont la base du «droit international et de la justice éternelle et parce «qu'ils veulent défendre la large tolérance que ce traité «à promise et qu'ils sont prêts à donner leur con- „cours aux puissances pour la réalisation de cette to- «lérance.
«Du reste, par son procédé même, la Roumanie a «fait de l'Amérique un partie intéressée par rapport «aux puissances qui ont signé le traité de Berlin".
Ce qui frappe dans cette note c'est, d'abord le manque d'une connaissance sérieuse de la question et puis, les contradictions qui s'y trouvent.
On voit que l'auteur de la note n'a jamais cherché à se convaincre si le traitement auquel sont sujets les Juifs en Roumanie est, réellement, en contradiction avec les dispositions de l'article 44 du Traité de Berlin. Car s'il s'était donné la peine d'étudier la question il n'aurait pu manquer de constater que la religion ne constitue, en Roumanie, aucun obstacle à l'exercice des droits civils et politiques.
Il y a des citoyens roumains de religion ortho-
doxe, catholique, protestante, musulmane, juive. Il aurait, enfin, constaté que si la masse des Juifs habitant le pays ne jouit pas des droits politiques, c'est parcequ'ils sont étrangers et nullement parce qu'ils pratiquent la religion de Moïse. L'ignorance de ce fait dans laquelle parait se trouver l'auteur de la note prouve qu'il a complètement négligé de se mettre au courant de l'historique de la question.
11 affirme, de plus, que c'est au traitement appliqué aux Juifs de Roumanie qu'est due leur immigration aux États-Unis, mais il ne juge pas opportun d'appuyer cette assertion sur une preuve quelconque.
Que dire des allégations absolument fausses relatives cà l'état des Juifs en Roumaine ?
Quelles sont donc les nombreuses branches du petit commerce, quels sont les métiers qui leur sont inaccessibles? Oii M. Haye at-il pris ses informations pour venir raconter à l'Europe que les Juifs sont forcés de vivre dans les villes de la Roumanie en simples ouvriers et que les patrons ne peuvent les employer que dans la proportion d'un ouvrier juif pour deux chrétiens ?
Mais, ce qui est surtout étonnant, c'est la contradiction dans laquelle tombe l'auteur de la note. En effet, si les Juifs de Roumanie sont un élément aussi précieux qu'il veut bien le dire pourquoi leur immigration inspire-t-elle des inquiétudes au gouvernement des États-Unis ? Elle devrait être, au contraire, être encourtigée et protégée. Que dire, alors, de l'ép'ouvante subite dont a été pris le gouvernement des États- Unis à la vue de l'arrivée sur son territoire de quelques milliers d'émigrants juifs venant de Roumanie et cela tout en déclarant qu'ils constituent un élément éminemment civilisateur? Que craint-il?
Mais, même si tous les Juifs de la Roumanie, au nombre de 269000 en 1899, émigraient aux Etats-Unis, ce petit influx pourrciit-il présenter le moindre danger pour une nation de 80000000 d'âmes, disposant d'un territoire immense, pouvant nourrir une population dix fois plus nombreuse qui, à juste raison du reste, se vante d'être une des plus énergiques et des plus entreprenantes du monde?
Mais si les 2G9000 Juifs de Roumanie qui, à cause du refus des Roumains de leur accorder l'égalité politique, présentent un danger pour les États-Unis, que dire des 5187000 -Juifs de Russie qui sont soumis à
un traitement autrement dur que celui dont ils se, plaignent en Roumanie ? Depuis 1881 il a émigré aux États- Unis plus de 500000 Juifs de Russie sans que le gouvernement américain paraisse s'en émouvoir et, surtout, sans qu'il fasse de démarches ayant pour objet de contraindre l'Empereur de Russie à adoucir le régime sous lequel vivent ses sujets juifs M.
Pourquoi le gouvernement américain ne s'ément-il pas de l'immigration des Juifs austro-hongrois, bien plus considérable que celle des Juifs de Roumanie ?
Personne n'ignore que le gouvernement des États- Unis ne trouva d'écho qu'en Angleterre. Seul, le ca-
'j Voici d'ailleurs, d'après Kulischee, les Juifs en Amérique, dans: The Jeioish Encyclopedia 1, New- York et Londres 1931, (reproduit par le journal russe Voshod, 1901, vol. 12, p. 70, les chiffres résumant le mouvement d'émigration des Juifs de Russie aux États- Unis, de 1885 à 1900.
Koinbre d'émigrants
de 23 à 34000 annuellement
environ- 32000 par an
Kulischer est d'avis que l'émigration des Juifs de Russie doit l'essor qu'elle a pris à l'application rigoureuse des lois restrictives à leur égard. L'augmentation d'intensité constatée pour les années 1891 et 1892 serait due au fait qu'ils ont été expulsés du gouvernement de Moscou. Le chiffre pour 1900 comprend, toujours d'après Kulischer, les Juifs émigrés de Roumanie.
Cause de la note américaîne
Un rabbin belliqueux.
La brochure de M. Lahovary.
La brochure de M. de Bratkel.
Le Lord -Mu ire de Londies.
binet britannique répondit qu'il s'associait à la démarche faite par le cabinet de Washington : les autres puissances signataires du Traité de Berlin répondirent par un silence significatif.
Le presse européenne, indépendante des Juifs, fut moins réservée: partout on se demanda de quel droit les États-Unis, qui n'avaient pris aucune part au Traité de Berlin, intervenaient dans cette question et comment cette immixtion dans une question d'ordre intérieur d'un Etat européen était conciliable avec la doctrine de Monroë.
Des gens bien informés prétendirent que le cabinet de Washington ne s'était jamais fait illusion sur le succès de la note et que celle-ci devait le jour à une simple manœuvre électorale.
Le parti républicain était fortement battu en brèche à New- York et il s'agissait de s'assurer l'appoint du vote juif, extrêmement important dans cette ville, à l'occasion des élections au Congrès dont le résultat devait exercer une influence considérable sur la prochaine élection présidentielle.
Les Juifs américains ne furent du reste pas satisfaits de la démarche de M. Haye qu'ils ne trouvaient pas assez énergique. Un rabbin de Pennsylvanie appelé Krauskopf \) tint, en pleine sjaiagogue, un discours dans lequel il disait qu'il aurait été du devoir des J^tats- Unis de déclarer la guerre à la Roumanie afin de la forcer d'accorder aux Juifs l'égalité politique.
Nous devons à la note américaine l'excellent opuscule de M. I. Lahovary: La Question Israélite en Routnanie.
C'est la première fois que cette question a été présentée à l'Europe, par un Roumain, sous son aspect véritable, d'une manière claire, impartiale ettoutà-fait objective.
Presque en même temps que la brochure de M. Lahovary, apparaissait celle du baron de Brackel, sur les finances roumaines.
Cet exposé aussi clair i|ue complet, réduisait à néant tout l'échafaudage de calomnies sur le crédit du pays si laborieusement élevé par la presse juive. J'y renvoie ceux riui désireraient être complètement édifiés sur ce sujet.
Je ne m'étendrai pas sur l'acte discourtois et d'un goût
') L'Indépenâance Eoumaine du 21 Novembre (4 Décembre 1902).
douieux (lu Lord-Maire de r^ondres, Sir Marcus Samuel, qui à proposé aux alderraen et obtenu d'eux qu'on n'invitât pas le Ministre de Roumanie au banquet de Guildliall, afin de protester contre la manière dont les Juifs étaient traités dans ce pays. La Cité y a gagné une tâche sur' sa traditionnelle réputation de courtoisie, la Roumanie n'y a rien perdu.
La conversion de l'emprunt de 1899, effectuée aU|.^X''ru"'t'd"i8». commencement de Janvier 1903, mettra, pour le moment, un terme à la campagne des Juifs qui n'a plus d'objet immédiat en vue. Elle n'est pas arrivée à son but mais elle nous a certainement fait du mal en facilitant aux financiers les moyens d'exiger de nous des conditions plus dures que n'en comportait notre situation actuelle. Le nouvel excédent qui s'annonce pour l'exercice de 1902—1903 et qui dépassera 30 millions, achèvera mieux que n'importe quelle démonstration écrite, d'éclairer le public sur notre vraie situation financière.