CHAPITRE VII
État moral des Juifs en Roumanie : leur action morale sur
les Roumains. Etat économique actuel des Juifs. Véritables causes
de rémigration des Juifs.
Tous les témoignages contemporains sont, ainsi ^^e" S po"o^ que nous l'avons constaté, unanimes à nous dépeindre nai^ était bas. les Juifs polonais, aussi bien avant qu'après leur émigration en Moldavie, comme un élément dont le niveau moral était très-bas. Tous concordent à nous les montrer comme étant rapaces, âpres au gain, dénués de scrupules, et de conscience, n'ayant d'autre but, d'autre objet, d'autre idéal que le gain, fût-il le fruit des fraudes les plus révoltantes : faisant du dol leur occupation journalière, bas et rampants devant la force, ne reculant devant aucune bassesse pour se concilier la faveur des puissants.
Je ne nie nullement que les mauvais traitements auxquels ils ont été en butte pendant des siècles, les humiliations dont ils ont été journellement abreuvés, l'abaissement et le mépris qui ont pesé pendant dixhuit cents ans sur leurs têtes ne soient, du moins en grande partie, les causes de ce déplorable état moral. Ce ne sont pas les causes du lait qui nous intéressent mais bien le fait lui-même. Il est positif, nous ne connaissons et il n'existe aucun témoignage le contredisant.
L'influence exercée par un pareil élément sur ^rL"e"es*ju"f6" n'importe quel peuple avec lequel il se serait trouvé ^^epo^'yàiriue en contact ne pouvait être que déplorable. Pour le ''"*' pe'-nicte»"*peuple roumain cette influence était plus pernicieuse
que pour tout autre. L'existence précaire qui avait été le lot des Principautés pendant des siècles, l'insécurité continuelle, les changements incessants des Princes, leurs exactions pour se dédommager des frais faits pour arriver à la Principauté, les intrigues des grands pour obtenir la faveur de ces éphémères souverains et pouvoir à leur aise exploiter le peuple, n'avaient, certes, pas eu une influence heureuse sur le moral du peuple roumain. Les vices et les abus du despotisme oriental n'avaient pu développer que des défauts et non des qualités.
e3?SanTpTus ^1 ©st d'autaut plus regrettable qu'au changement
irjSK'le"troa"4'de réglmc amené par la paix d'Andrinople, cette paix *âvecT''peupTe':' ^^1 mettait fin à l'influence désastreuse de Constantinople, les Roumains se soient trouvés en contact immédiat, de tous les moments, avec un nouvel élément corrupteur. Et ce nouvel élément corrupteur était bien plus redoutable que les Turcs et les Grecs de Constantinople, d'abord parce qu'il arrivait dans le pays en nombre infiniment plus considérable que ceux-ci n'y étaient jamais venus et puis, surtout, parce qu'il se trouvait en contact immédiat et continuel avec le peuple.
En effet, les Turcs n'avaient jamais habité le pays qu'en nombre infime: c'était comme oppresseurs et non comme corrupteurs qu'ils s'étaient fait connaître au peuple. C'étaient les grands du pays, seuls, qui s'étaient contaminés à la vénalité et à la corruption des vizirs et des pachas de Constantinople.
C'était également la classe élevée qui s'était trouvée en contact immédiat avec les Grecs, et qui avait souffert de l'infiuence délétère du byzantinisme. Si les Grecs venus dans le pays à la suite des Princes phanariotes, avaient été assez nombreux pour accaparer une grande partie des dignités publiques et pour déteindre sur la classe élevée d'une manière aussi sensible que pernicieuse, ils ne l'avaient pourtant pas été assez pour pouvoir journellement fréquenter le peuple.
Celui-ci n'avait guère ressenti que le contre coup du système néfaste introduit par eux.
Mais le Juif, au contraire, était en contact surtout avec le peuple. Le mépris, l'infériorité dans laquelle ce nouvel arrivant était tenu, rendaient rares les occasions de contact entre lui et le boyard : celui-ci ne s'abouchant guère avec le Juif que lorsqu'il avait besoin d'argent ou que l'occasion d'une affaire fructueuse se pré-
sentait et encore, lu plus part du temps, l'alTaire étaitelle conclue par l'intermédiaire du veJcil ou liomme d'affaires du boyard. Avec le paysan, le contact du Juif était permanent et immédiat. Il était de l'intérêt du cabaretier de connaître à fond son liomme, de savoir quel était son point faible, d'être continuellement au courant de ses ressources et de ses besoins.^
À force de voir le Juif dupe journellement le Roumain, le paysan finit par s'habituer à la duperie, à ne plus la considérer comme quelque chose d'insolite et s'essaya lui-même dans cet art. .a. force de voir le Juif aclieter des objets volés ou les recevoir en dépôt, il finit par croire que le vol était un péché beaucoup moins grand qu'il ne l'avait cru jusqu'alors et s'y livra plus fréquemment.
Cependant le paysan moldave possédait, malgré les mauvais exemples qu'il avait sous les yeux, un tel fond de droiture et d'honnêteté natives que les mauvais exemples du Juif n'ont guère réussi à le pervertir sous ce rapport. ^^ j^^.^ ^^1^;,^
Mais, malheureusement, le Juif s'adressa à un défaut le' paysan en u
j . , ' . prenant par ses
développe chez le paysan par les circonstances dans ^-'^63. lesquelles il vivait depuis des siècle: à son imprévoyance. 11 développa en lui le goût de la boisson et, une fois !ce levier entre ses mains, il l'exploita à sa guise. Produits des récoltes et de l'industrie domestique vendus d'avance, à vil prix, charrois engagés en hiver pour l'été suivant au quart du prix habituel, tout cela payé, en général, moitié en boissons, un tiers en mauvaises marchandises dont le prix était plus que surfait et un tiers à-peine au comptant, voilà ce qui forma le gros des transactions entre Juifs et paysans. Et je ne parle pas des autres duperies, des fausses mesures et des faux poids, des comptes de cabaret majorés en profitant de l'état d'ivresse du chrétien.
Ces pratiques furent surtout dangereuses pour le paysan après l'application de la loi rurale de 1864 et jusqu'au moment où il finit d'acquitter les rates pour le rachat de la corvée.
Libéré alors de la tutelle du propriétiire, le pay- ;::u"e"du pays^aô San se trouvait dans la situatioa d'un mineur brus- 7a'im7u?aie^' quement émancipé et jouissant tout à-coup d'une liberté de laquelle il n'était pas accoutumé et contre les dangers de la([ue . Les rates du
rachat étant relativement élevées car toute la dette s'amortissait en quinze ans et quelques unes des années qui suivirent 1864 ayant été mauvaises, le paysan se vit plus d'une fois obligé de s'adresser au Juif pour se procurer le montant de la rate. Ces circonstances procurèrent aux Juifs l'occasion d'excellents placements rapportant souvent plus de 100 pour cent par an: les paysans moldaves y perdirent une grande partie de leur bétail. Du reste, si les terres qui leur avaient été dévolues ne se trouvèrent pas, au moment où le rachat fut complété, en 1880, aux mains des Juifs, du moins en grande partie, c'est que, ainsi que nous l'avons vu au chapitre IV, le législateur avait pris la sage précaution de les rendre inaliénables et que les Juifs ne pouvaient pas acquérir d'immeubles ruraux. C'est à ces deux précautions seules qu'on doit de ne pas voir en Moldavie le pitoyable état de choses existant dans la Galicie Orientale et dont il sera question au chapitre suivant.
L'aicoousme. Mals c'ést l'alcoolismc qui constitue le mal irré-
médiable apporté par le Juif au paysan moldave. Le nombre dés cabarets avait été toujours en croissant jusqu'en 1873, quand la loi des licences vint arrêter les progrès du mal. Les Juifs ne lui ont pas encore pardonné aujourd'hui et né se gênent pas pour la dénoncer comme l'origine et le point de départ de tous leurs maux. Mollement appliquée pendant les premières années, à cause des dificultés du dehors que les Juifs surent susciter au gouvernement roumain, on peut dire que ce n'est que depuis 1880 que, grâce aux mesures énergiques de Jean Bratiano et de C. A. Rosetti, date sa véritable mise en vigueur, pumi^ndli-ari Lcs résultats de ces mesures ne se firent pas at-
Ucle 8 de la loi fonrlrÀ des licences. tCllUi c.
De 33865 *) en 1878, le nombre des débits de spiritueux, diminua continuellement pour tomber en ce moment à 21.545 ^).
Cela nous fait donc une ' diminution dé 87,57 ''/(, dans lé nombre des cabarets.
') Expunerea Sitiiafieî Tesauruhd Public la 30 Sept. 1887, p. LVI. '^) D'après une statistique communiquée par le Ministère lie l'Intérieur.
La consommation de l'alcool qui était d'environ 15,000,000 de litres en 1869, avait atteint pour les années de 1881 à 1885 une moyenne annuelle de 21,775,471 litres : elle ne se montait plus qu'à une moyenne annuelle de 8,618,083 litres pour la période 1899—1002.
Ces chiffres se passent de tout commentaire : la Roumanie rend hommage à la mémoire des hommes qui, par leur clairvoyance et leur énergie, ont su enrayer le vice terrible qui rongeait la Moldavie. Les critiques et les plaintes intéressées des Juifs ne sauraient en rien diminuer leur mérite.
Le tableau suivant, qui nous donne le produit des ZlT qu'on cH't' octrois des communes rurales et nous montre les dis- '""î^fcôoiî''"* tricts rangés d'après le produit de ces octrois par tête d'habitant en 1893 - 1894, nous donne les moyens de constater quels sont les districts consommant le plus de spiritueux. On sait que ce sont les taxes sur ces boissons qui forment presque la totalité du produit des octrois communaux. Le produit de ces octrois par tête d'habitant est évidemment en rapport direct avec les spiritueux consommés, également par tête d'habitant. Le rapport entre le produit des ces octrois communaux par tête dans les différents districts est également, par conséquent, et en réalité, le rapport des spiritueux consommés par tête dans chaque district.
J'ai pris, pour la population, le chiffre de 1899. évidemment supérieur à celui de 1893 — 1894 parce que les chiffres antérieurs ne sont pas de nature à m'inspirer confiance, mais il est évident que par ce fait, la proprortion n'a pas pu être modifiée d'une manière sensible.