‹ La route du Mississippi [microforme]Chapitre 11 sur 12 · IX. — Louis Henwerin · texte numérisé non relu

IX. — Louis Henwerin

La Salle donne à Michel Accau, pour faire aux Sauvages les présents habituels, des marchandises pour douze cents livres. Hennepin reçoit, pour le même objet, une douzaine de couteaux, autant d’alènes et quelques paquets d'aiguilles (4). Ce détail établit la situation respective des deux explorateurs.

Quand le bon Père se donne la première place, surtout quand il appelle dédaigneusement Accau et du Gray ses canoleurs (2), il abuse de sa fonction d'historiographe.

Ils partent de Crèvecœur le 29 février 1680, descendent la Seignelay (l'Illinois) et atteignent, le 7 mars, son confluent avec le fleuve Colbert (Mississipi), où ils sont retenus pendant cinq jours par les glaces que charrie le fleuve. Le 12, ils se mettent en route vers le nord (3). La pêche et la chasse leur fournissent une abondante nourriture.

Hennepin prévoit qu'il sera tué si les Sioux le rencontrent pendant la nuit, aussi prie-t-il avec ferveur saint Antoine de Padoue pour que la rencontre ait lieu de jour. Il est exaucé. C'est à deux heures de l'après-midi, le 11 avril, près du confluent du Wisconsin, à 500 milles environ de l'Illinois, que les Sioux, au nombre de 120, font leur apparition. Après avoir lancé quelques flèches, ils sautent sur le rivage en poussant des cris, et font prisonniers les trois Européens.

Plusieurs chefs veulent leur casser la tête ; d’autres s’y refusent pour ne pas empêcher les Esprits Blancs)](les de

(1) HenNeriN, Description de la Louisiane, pp. 187, 188. (2) HENNEPIN, 0p. cit., pp. 211, 234, 237, (3) HENNEPIN, op. cit., pp. 188-198.

leur apporter des armes, des haches et du tabac. Un jeune chef, Narrhetoba, vient le lendemain fumer dans le calumet du P. Hennepin et le prend ainsi sous sa protection. Quelques vieillards mettent la main sur la tête du moine et répandent d’abondantes larmes que le bon Père essuie avec un vieux mouchoir qui lui reste, tout en s’efforçant de les consoler. Il n’est cependant pas sans inquiétude, car ces sensibles vieillards refusent de fumer dans son calumet. Plus tard, quand il sut que leur grand chagrin venait du désir qu’ils avaient de lui casser la tête, que leurs gémissements avaient pour but d’attendrir les chefs, il y fut beaucoup moins sensible, et finit même par trouver désagréables ces lamentations qui l'empêchaient de dormir (4).

Un chef, nommé Aquipaguetin, pleurait très-régulièrement une partie de la nuit. Les Miamis lui avaient tué un fils, et il aurait voulu venger sa mort sur les Français, A la suite d’un festin, où les larmes coulèrent plus abondamment que de coutume, Hennepin donna au lac près duquel ils se trouvaient le nom de lac des Pleurs. C’est aujourd’hui le lac Pepin.

Les Sioux allaient faire la guerre aux Miamis (2). Pourquoi? Parce que les Miamis ne parlaient pas tout à fait leur langue et honoraient un manitou un peu différent du leur. Ils ccmprirent, sur les indications d'Hennepin, que les Miamis avaient passé le Mississipi, ce qui rendait leur voyage inutile, et

(1) HENNEPIN, op. cit., pp. 207-227.

(2) Les Sioux ou Dacotah, comme ils s'appelaient eux-mêmes, formaient trois grandes tribus. Ceux qui prirent Hennepin étaient des Issenti, Issanyati ou Issati. La principale tribu portait 1° - *m de Meddewahantonwan ; les autres étaient les Yonktons et is Tintomvans ou Tetons. Ils vivaient sur le Mississipi et s'étendaient sur le Missouri jusqu'aux Montagnes Rocheuses.

Le nom de Sioux est une abréviation de Nadouessioux, mot Ojibwa qui veut dire ennemis. (M. F. PARKMAN, The discowery of the Great West, p. 240, note.

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se souvinrent fort à propos qu'il y avait dans leur pays, comme sur l'Illinois, des plaines et des forêts, de la folleavoine et du gibier. Ils commencent donc le 13 avril, à remonter le Mississipi, et comme le canot des Français, lour-

dement chargé, ne peut les suivre, ils donnent pour aider à

le conduire quatre ou cinq bons rameurs.

Pendant dix-neuf jours, les Sioux se dirigent tantôt au nord tantôt au nord-ouest, ramant du mätin au soir, avec une vigueur qui fait l'admiration du P. Hennepin. Ils font parfois de bons repas et parfois des jeûnes de vingt-quatre heures et plus. Ils cabanent quand il pleut, et couchent en plein air quand il ne pleut pas. Hennepin trouve cette existence un peu dure, ce qui ne l'empêche pas de rire. « Si nos Religieux » de l’Europe », dit-il, « essuyaient autant de fatigues et de » travaux, et s'ils faisoient des abstinences semblables à celles » que nous estions souvent obligez de faire dans l'Amérique, » l’on ne demanderoit point d'autre preuve de la canoni- » zation ; il est vrai que nous ne meritions pas toujonrs dans » de semblables csnjonctures, et que si nous souffrions, c'est » que nous ne pouvions nous en dispenser (1) ».

Une chose le chagrinait beaucoup, c'était la difficulté de dire son bréviaire. Quand les Sauvages le voyaient remuer les lèvres en regardant son livre, ils croyaient que ce livre était un méchant esprit et que le bonhomme faisait des enchantements. Ils lui firent comprendre leur mécontentement et le résultat qu'ils réservaient à sa persistance. Ses deux compagnons le prièrent de ne pas leur faire casser la tête pour une chose dont les circonstances lui permettaient de se dispenser. « Cela m'obligea », s’écrie-t-il, « de demander » pardon À nos deux canoteurs, leur disant que je ne devois » pas me dissenser de dire mon office, que si iis nous mas-

(1) HENNEPIN, 0p. cit., pp. 210-229.

» sacroient pour ce sujet, je serois la cause innocente de » leur mort aussi bivn que de la mienne (4) ».

Accau et du Gray n'étaient pas contents et auraient bien voulu que le fervent récollet fût encore à Crèvecœur.

Après dix-neuf jours de navigation, toute la troupe prit terre dans le comté qui porte aujourd’hui le nom d’Hennepin, au site Saint-Paul, que ce Père a célébré sous le nom de saut de Saint-Antoine-de-Padoue.

Les trois Français furent donnés à trois chefs. Le maître d'Hennepin fut Aquipaguetin, ce même vieillard qui avait tant pleuré pour qu’on lui cassât la tête. Ce qui restait des marchandises fut également partagé, le canot fut brisé ; les ornements pontificaux du moine devinrent le partage de l’un des fils d'Aquipaguetin, qui ne manqua pas de s’en parer. Toutefois, les Issatis offrirent à Michel Accau des peaux de castor en paiement des marchandises (2).

Si les Sauvages ramaient admirablement, ils ne marchaient pas moins bien. Hennepin dit que les Européens ne pourraient supporter les fatigues qu'ils affrontent gaiement. Le bon moine, à bout de force, se laissa tomber plus d’une fois en implorant la mort. Les Sauvages, pour renouveler sa vigueur, mettaient le feu aux herbes, «si bien, » dit le Père, « qu'il faloit avancer » ou brusler (3).» Pour ne pas le laisser brûler, les Sauvages lui donnaient la main (4).

Après cinq jours de marche, il atteignit sa destination. Ce fut, dit-il, vers les fêtes de Pâques. Comment cela se peut-il ?

Fait prisonnier le 11 avril (5), il voyage dix-neuf jours en

(1) HENNEPIN, op. cit., pp. 213, 214.

(2) HENNEPIN, 0p. cit., pp. 333-35.

(3) Henngpin, Voyage ou nouvelle découverte, p. 351. (4) Description de la Louisiane, p. 206.

(5) Op. cit., pp. 215-238.

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Hennepin se plaint beaucoup des Sauvages, mais sans raison.

Aquipaguetin l’adopte à la place du fils que lui ont tué les Miamis, et tout le monde dans le pays lui donne le nom de fils, de frère ou de neveu. Il est bien soigné, va, quand il lui plaît, dans les autres villages ; il vient même, contre la volonté de « son père », jusqu’au Mississipi. (3)

Cependant pour les vivres, qui sont rares, les femmes accordent la préférence à leurs enfants, ce dont je ne me sens pas le courage de les blâmer. De son côté, il ne fait rien pour s’en procurer ; il les attend patiemment, sans remuer ni parler, comme une image de saint attend les offrandes. Il lui faut aussi travailler aux champs avec les femmes et les enfants de « son père ». Tout cela lui est fort désagréable.

(1) Op. cit., p. 238.

(2) Son récit de 1697 présente des variantes qui doivent être signalées.

Il est fait prisonnier le 12; le 13, Narrhetoba fume dans son calumet (pp. 324-329). Il navigue 19 jours (pp. 335-349) et arrive, 5 ou 6 jours après (p. 355), au village d’Aquipaguetin « au commencem ent dumois de mai 1680. « Je n’en puis point, dit-il, marquer le jour plus précisément » (pp. 359, 60). Le compte était pourtant facile à faire, mais le bonhomme avait des raisons pour ne rien préciser et ne plus parler des fêtes de Pâques.

(3) Le 11 juillet 1680, Hennepin revoit ce « père barbare » alors qu’il le croyait à plus de 200 lieues de lui. Il tremble fort pour sa tête, mais « ce père barbare » se contente de lui donner de la folleavoine, une tranche de bœuf et le conseil de passer de l’autre côté de la rivière où sa vie doit être moins exposée (Description de la Louisiane, pp. 276-77).

Talonné par la faim, il s'efforce d'apprendre la langue de ses maîtres, et les enfants l’aident beaucoup dans ce difficile travail. Les sauvages s'étonnent de le voir leur répondre quand il regarde son papier ; mais ils ne s’étonnent pas qu'il soit célibataire, ainsi que ses compagnons. Vous êtes si laids avec votre barbe, lui disent-ils, que nos femmes ne voudraient pas de vous (4).

Les vieillards regrettaient qu’on le laissât sans manger et lui promettaient de bons morceaux pour la prochaine saison des chasses ; ils s’affligeaient de ce qu'il refusait des robes de peau de bœuf et de castor pour essuyer ses larmes. En résu: mé, pour un esclave, il n’était pas trop malheureux. Il est à croire qu’il n'aurait pas changé son sort contre celui des serfs des pays chrétiens, même des abbayes.

Comme je l'ai dit plus haut, Hennepin partit avec des chasseurs pour le Mississipi, contre la volonté de son père Aquipaguetin. Le 28 juillet il rencontra sur ce fleuve le Sieur du Lhut, célèbre chef de coureurs de bois, et revint en sa compagnie Chez les Sioux. Quelque temps après, muni d’une carte dressée sur les indications d’un sauvage, il reprit avec du Lhut la route de la Nouvelle France.

Ce nouveau compagnon du P. Hennepin mérite une mention particulière pour la part qu’il a prise à la découverte du Mississipi.

Daniel Greysolon du Lhut, de la petite aoblesse lyonnaise, était parent de Tonty, lieutenant de de la Salle, et de Louvigny, officier de la garde du gouverneur. Frontenac le protégeait fort, ce qui fait dire à l’intendant Duchesneau, dont le témoignage n’est d’ailleurs pas très-sûr, qu’il avait un intérêt dans ses affaires.

Du Lhut était continuellement aux avant-postes des habitations françaises, C:11s les forêts, dans les bourgs indiens,

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(1) HeNN&piN, description de la Louisiane, p: 252.

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xplorant, trafiquant, combattant, contenant les Sauvages et les Blancs, qui n'étaient pas moins indisciplinés les uns que les autres. Il vint plusieurs fois à Versailles conférer avec le ministre Seignelay. Il tenait peu de compte des ordonnances royales sur la traite des fourrures, mais il rendait à la colonie des services qui lui assurent une place d'honneur parmi les pionniers de la civilisation américaine.

Quand Hennepin le rencontra, il explorait depuis deux ans le nord du lac Supérieur. Il avait visité les Sioux et les Assiniboins, réuni des conseils et engagé ces tribus à vivre en paix (1). Bien que dans ses fonctions publiques il n’ait pas perdu de vue ses intérêts et ceux de ses associés, à sa mort, qui arriva dans l’hiver de 1710, tous les fonctionnaires et tous les historiens l’ont présenté comme un très-honnête homme et comme un officier du plus grand mérite (2).

Sur une carte contemporaine, dressée par le Jésuite Raffeix, on lit: « M. du Lude le premier a esté chez les Sioux en 1678, « et a esté proche la source du Mississipi, et ensuite vint « retirer le P. Louis (Hennepin) qui avait esté fait prisonnier « chez les Sioux. » Du Lhut apparaït ici comme sauveur d'Hennepin, ce dont le bon père ne convient nullement (3). Si l’on en croyait celui-ci, c'est même tout le contraire qui aurait eu lieu. D'après son récit, il dépasserait

de cent coudées son nouveau compagnon, et, pour sûr, il l’aurait sauvé.

(1) En 1687 il a combattu aux côtés de Denonville qui l'avait chargé, l’année précédente, de fortifier Détroit. En 1695, il fut gouverneur du fort de Frontenac, et devint, en 1697, capitaine d’une compagnie d'infanterie.

(2) Il avait construit sur Thunder Bay, à l'embouchure de Kaminitiquia River, un fort qui porte aujourd’hui le nom de William.

(3) Tout ce qui est dit sur du Lhut esi traduit ou abrégé de M. Parkman (The discovery of the Great West.p, p 252-256).

- En passant, au retour, près du saut Saint-Antoine, deux hommes de la troupe ont enlevé des robes de castor que les Sauvages avaient consacrées à la divinité du fleuve. Du Lhut est fort mécontent et trouve absurde que l’on expose aussi légèrement la vie de ses compagnons. Hennepin ne pense pas ainsi : « Je loüai, » dit-il, « cette action de nos deux hommes, « qui faisaient voir en cela, qu'ils improuvoient la supersti- « tion de ces peuples. » Il ne s’en tient pas à cette profession de niaise intolérance : il ose dire que du Lhut tremblait de peur et qu’il dut s’interposer pour l'empêcher de frapper de son épée l’un des voleurs.

En réalité, du Lhut craignait que les Sauvages ne vinssent tirer vengeance du sacrilége, et ses craintes étaient fondées, Trois espions arrivent au camp, et le P. Hennepin d'ajouter au récit de l’entrevue : « du Lhut ne pouvait point revenir de « ses frayeurs, et me disoit qu'il auroit bien fait d’obliger de « gré ou de force celui qui les avoit prises (les robes de « castor), de les remettre au lieu où elles étoient. Je pré- « voyois que la dissension pourroit nous être funeste. Je fus « encore mediateur de paix... puis que l'action de cet homme « étoit bonne en elle-même. » Quand, deux jours après, une troupe d’environ deux cent cinquante Issatis arriva sur eux, il fit le brave et prétendit montrer à du Lhut comment on se servait du calumet. Celui-ci le laissa faire, pensant peut-être in petto que la perte d’un pareil compagnon ne serat pas un bien grand malheur.

Si l’on en croit Hennepin, tout s’arrangea grâce à son courage, à son habileté, à son intimité avec le chef des Sauvages, aux conseils qu’il donna au sieur du Lhut sur la conduite à tenir (1). Si le bon Père avait connu Virgile, s’il l'avait seulement vu, il aurait appris à la ville et au monde qu'il avait inspiré, revu et poli les Géorgiques et l’'Eneide. Si tout ce qu’il raconte de son voyage avec du Lhut était vrai, il faudrait

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(1) HENN&PIN, Voyage ou nouvelle découverte, pp. 4217-34.

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Après cette dernière rencontre avec les Sioux, nos voyageurs entrent dans le Wisconsin, et le soi-disant héros de tant d'aventures revient sain et sauf à Québec. Il se met aussitôt à écrire la relation de son voyage et la termine par un pompeux éloge de Cavelier de la Salle qui « réleve par « son zele et son courage les noms des Caveliers ses « ancestres, » qui « descendit l’année passée (1682) avec son « monde et nos Recolets, jusques à l'embouchure du grand « Fleuve Colbert, et jusques à la mer, » et se rendit « en « France pour donner à la Cour une ample connoissance de « toute la Louisiane que nous pouvons appeller les delices et « le Paradis terrestre de l'Amérique (1). »:

Il avait dit avant, sans y être forcé par personne, et, à coup sûr, sans prévoir ses futures prétentions : « Nous avions

quelque dessein de nous rendre jusques à l'embouchure du fleuve Colbert, qui probablement se décharge plutost dans le sein de Mexique, que dans la Mer vermeille; mais ces Nations qui se saisirent de nous, ne nous donnèrent pas le temps de naviguer haut et bas de ce Fleuve (2) ».

Il écrivait ces lignes en 1682, et son livre fut achevé d’imprimer le 5 janvier 1683.

Quatorze ans plus tard, dix ans après la mort de Cavelier de la Salle, il tient un langage bien différent. « C’est ici, » dit-il, « que je veux bien, que toute la terre sache ce mystère

de la découverte, que j'ai caché jusques à présent pour ne

pas donner de chagrin au sieur de la Salle, qui vouloit avoir seul toute la gloire, et toute la connoissance la plus secrete de cette découverte. C’est pour cela qu'il a sacrifié plusieurs personnes, lesquelles il a exposées pour empécher, qu’elles

(1) Description de la Louisiane, pp. 310, 311, (2) Description de la Louisiane, p. 218.

» ne publiassent ce qu’elles avoient vû, et que cela ne nuisit » à ses desseins secrets (1) ».

IL raconte ensuite un prétendu voyage qu'il aurait fait, du 12 mars au 11 avril 1680, de l'Illinois au golfe du Mexique et du golfe du Mexique au Wiscoasin.

MM. Sparks, Gilmary Shea, et Francis Parkman ont fait justice de ces impudents mensonges. M. Parkman s’est même donné la peine de relever tous les passages qu'il a copiés, souvent mot pour mot, dans les manuscrits du Premier élablissement de la foy.

La Salle connaissait bien cette nuance dominante du caractère d'Hennepin, car il disait, dans une lettre datée de Frontenac, le 22 août 1681 (2): « J'ai cru qu’il étoit à propos de » vous faire le narré des aventures de ce canot (d’Accau et de » du Gay) parce que je ne doute pas qu'on en parle; et si vous » souhaitez en conférer avec le P. Louis Hempin (sic) Récol- » lect qui est repassé en France, il faut un peu le connoitre, » car il ne manquera pas d’exagérer toutes choses, c’est son » caractère, et à moy mesme il m'a écrit comme s’il eust esté » tout près d’estre brulé, quoiqu'il n’en ait pas esté seule- » ment en danger ; mais il croit qu’il lui est honorable de le » faire de la sorte, et il parle plus conformément à ce qu’il » veut qu’à ce qu'il fait ».

Hennepin avait une autre faiblesse qui d’ailleurs, était ausis fille de sa vanité: la médisance. Il a médit du loyal Tonty, de Michel Accau, du brave du Lhut ; il a diffamé Cavelier de la Salle dans l'espoir de lui ravir l'honneur de ses travaux.

Il ne manquait ni de courage ni de mérite ; son voyage avec Michel Accau lui vaudrait une place d'honneur parmi les pionniers de l'Amérique septentrionale, mais son excessive vanité

(1) Voyage ou nouvelle découverte, p. 248.

(2) M.F. ParkmaAN, The Discovery of the Great West, p. 259, n, 2.

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