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admirables et une navigation si aisée par les belles rivieres qu’il a traversées, que, du lac Ontario et du fort de Frontenac, on pourroit aller en barque jusque dans le golphe du Mexique. qu'il a été jusqu’à dix journées près du golphe du Mexique et croit que par les rivieres qui, du côté de l’ouest, tombent dans la grande riviere qu'il a trouvée, qui va du nord au sud, et qui est aussi large que celle de Saint-Laurent, vis-à-vis de Quebec, on trouveroit des communications d'eaux qui meneroient à la mer Vermeille. » Cette lettre est très-précise, mais trois ans plus tard, en
1677, le même comte de Frontenac écrivait à Colbert : « Sur
l'avis qu'ont eu les Jésuites du dessein de M. de la Salle de demander la concession du lac Erié, ils ont résolu de faire demander eux-mêmes cette concession pour les sieurs Jolliet et Lebert, gens qui leur sont tout dévoués et le premier desquels ils ont tant vanté, par avance, quoiqu'il n'ait voyagé qu'après le sieur de la Salle, lequel vous témoignera que la relation de M. Jolliet est fausse en beaucoup de choses (1). »
En 1673 et 1674, la Salle fut chargé, par le comte de Fron-
tenac, d'amener à une conférence, sur le lac Ontario, les
(1) M. P. MarGrY, Les Normands dans les vallées de l'Ohio et
du Mississipi. (Journal de l'Instruction Publique, n° du 20 août nan.) 1862.)
tribus iroquoises (1), et de diriger la construction du fort de Cataraconi. A l'automne de 1674, il partit pour la France et ne revint l’année suivante que pour reconstruire le fort, qui prit le num de Frontenac, défricher sa concession, fonder des villages indiens, faire des canots, dresser des rameurs, étudier le grand projet d'exploration qu'il méditait. En 1677, il s’embarqua de nouveau pour la France. S'il était alors en état de critiquer ce que dJolliet disait du Mississipi, c'est évidemment qu'il avait vu ce fleuve avant 1678, c'est-à-dire avant Louis dolliet.
Le caractère du comte de Frontenac est d’ailleurs une garantie de sincérité. Un homme comme lui ne pouvait déloyalement attribuer à la Salle un honneur qui aurait appartenu à Louis dolliet. En 1677, comme en 1674, il a dit la vérité. Ainsi que l'observe M. Margry : « Frontenac pou-
vait, avec justice, en 1674, louer les entreprises de dolliet,
vanter même des découvertes qui dépassaient le terme des explorations de Cavelier de la Salle, mais en 1677, lors-
qu'on invoque la priorité de l'entreprise pour avoir le droit
de l’achever, Frontenac devait avoir sous les yeux les élé-
ments d'information qui servirent sans doute à l'acte d’ano-
blissement de Cavelier de la Salle (2). »
Cet acte même d’anoblissement ne place-t-il pas les services de la Salle au-dessus de ceux de Louis dolliet ?
VIL — Jacques Marquerre er Louis Jocrrer (1673).
Pour n'avoir pas eu l'honneur de découvrir le Mississipi, Louis Jolliet n'en fut pas moins un homme de valeur. Après de bonnes études chez les PP, Jésuites, il renonça au sacer-
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(1) Relations inédites de la Nouvelle-France, t. 11, append., art. III et IV.
(2) M: Mancry, Revue maritime et coloniale, t. XXXIII, pp. 556-557.
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Au commencement de sa carrière, il fut chargé, par le gouvernement colonial, de plusieurs missions sur la marge des pays connus. Mais après son voyage avec Jacques Marquette, il ne pensa plus, pendant une vingtaine d'années, qu’à ses intérêts personnels. Les PP. Jésuites étant pour lors omnipotents, il crut que leur bannière le conduirait sûrement à la fortune. Cela lui était était d'ailleurs facile parce qu'il eut toujours pour ses anciens maîtres une grande affection. Ceux-ci, de leur côté, tinrent à s'assurer un homme dont ils connaissaient les brillantes qualités. Avec cette habileté que nul ne leur conteste, ils jugèrent qu’en l'opposant à Cavelier de la Salle ils le riveraient à leur Compagnie. Ils l’envoyèrent donc à Marquette qui, depuis quatre ans, comme on l’a vu, se préparait pour l'exploration du Mississipi.
On reproche à Marquette d’avoir presque complètement effacé de sa relation le nom de Louis dJolliet et de laisser croire qu’il était en réalité le chef de l'expédition.
Ce reproche n’est peut-être pas fondé.
Marquette se voyait, selon ses propres expressions, « à la « porte de ces nouvelles nations, lorsque, dès l’an 1670, il « travaillait en la Mission de la Pointe du Saint-Esprit, qui « est à l'extrémité du lac Supérieur, aux Outaouais (2). » Il avait appris l’illinois et cinq autres langues, recueilli une
(1) M. P. MarGry, Louis Jolliet (Revue canadienne, nes de décembre 1871, janvier, février et mars 1872).
(2) Récit des voyages et des découvertes du R. P. Jacques Marquette, de la Compagnie de Jésus, en l’année 1673 et aux suivantes, ap. Mission du Canada.— Relations inédites de la Nouvelle- France (1672-1679) pour faire suite aux anciennes Relations (1615-1672) ; Paris, Douniol, 1861, t. Il, p. 241,
masse de renseignements et dressé une carte des pays à parcourir. Son intention était de tenter le voyage avec un Français et le jeune Indien qu’on lui avait donué, sur un bateau qui lui était promis par les naturels (1).
Ne devait-il pas tenir à récolter lui-même la gerbe qu’il avait cultivée avec tant de patience et de labeur?
Bien qu'il vécût beaucoup moins avec les homme, «avec la Vierge et les Saints, il lui devait être désagréable de renoncer à son rêve de gloire et de soumettre sa volonté à celle d’un simple laïque qu’il pouvait considérer comme son élève.
D'autre part, quand on voit Cavelier de la Salle gèné par la présence de Casson et de Galinée, il semble difficile que dolliet ait pu commander à Marquette, homme de mérite, qui le primait par l’âge et portait le chapeau légendaire devant lequel il avait l'habitude de s’incliner toujours respectueusement.
Il est donc possible que la commission délivrée par Fron--
tenac et Talon, sur la demande des PP. Jésuites, n'ait “nféré au jeune Canadien qu’une autorité purement nomin
En tout cas, Marquette, dans sa relation, portait la parole et faisait les présents ; dans les festins, il était servi le premier , c’est à lui qu’on offrait le calumet; sans consulter Jolliet, il baptisa le Mississipi du nom de Conception. S'il n’était pas chef, c’est que son récit n’est pas conforme à la vérité.
Qoiqu’il en soit, le 17 mai 1678, Jacques Marquette et Louis dolliet partent, avec cinq hommes « bien résolus », de la mission de Saint-Ignace, à Michillimackinac. Ils sont heureux, pleins d'espoir, et rament gaiement sur le lac des Illinois ou Michigan. La première nation qu’ils rencontrent est celle des Mahominis ou de la Folle-Avoine, sur la baie verte (Green Bay). Pour les détourner de leur voyage, les Mahominis leur font entrevoir les plus grands dangers : des nations féroces,
(1) Relation de 1670, pp. 89-91.
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uu fleuve terrible, et même des démons, êtres fantastiques dont on a toujours beaucoup parlé dans tous les temps et dans tous les pays et qu'on n’a jamais vus nulle part.
Comme il s'agissait de démons sauvages, le Père Marquette n’en voulut rien croire, Il remercia donc ses bénévoles conseillers et reprit le chemin de la baie Verte pour se rendre, par la rivière aux Renards (Fox River), au pays des Maskoutens (Vation du Feu), où il arriva le 7 juin.
« C’est ici », dit-il, « le terme des découvertes qu'ont « faites les Français, car ils n’ont point encore passé plus « avant (1). »
Eh ! Révérend Père, Jean Nicolet n'était-il pas Français ? Son excursion sur le Wisconsin est-elle une fiction du P. Vimont ?
Les Maskoutens avaient déjà reçu des missionnaires, et l’on voyait, au milieu de leur village, une belle croix ornée d'offrandes au grand Manitou des Français, En cet endroit, Jolliet porta la parole : « de suis envoyé, dit-il, par le Gou- « verneur pour découvrir de nouveaux pays » — et le P. Marquette vient, « de la part de Dieu, pour les éclairer des « lumières du saint Evangile (2). »
Nos voyageurs se remettent en route k 10 juin, avec deux guides Miamis (3), pour le Wisconsin. Sept jours plus tard, juste un mois après leur départ de la mission de Saint-Ignace, ils entrent dans le Mississipi par 48° degrés de latitude nord, au lieu dit la Prairie du Chien.
Marquette chante victoire. Il croit être le premier Français qui trempe sa rame dans le Père des Eaux. Ce qu'il y a de
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(1) Marquerre, Récit des découvertes, pp. 247-250.
(2) Marquerre, Récit des voyages, p.252. C'est la seule fois que Jolliet est dit avoir porté la parole, et c'est pour donner à Marquette le premier rang.
(3) Les guides étaient indispensables pour traverser le pays marécageux qui porte aujourd'hui le nom de Marquette,
certain, c’est qu’il vient d'inscrire son nom au Livre d'Or de la Nouvelle-France. Deux cents ans plus tard, en 1873, le 17 juin, Jacques Marquette et Louis dolliet seront célébrés par les Etats-Unis d'Amérique.
Marquette et Jolliet descendent le fleuve dont le cours paisible leur laisse le temps d'admirer les E .les prairies qui bordent la rive gauche et les hautes montagnes qui, sur la rive droite, ferment l'horizon. Après avoir vu des animaux vrais et cru voir des animaux fantastiques (1), ils remarquant, le 25 juin, des pistes d'hommes et un sentier qui se perd dans de vastes prairies. Ils laissent à la garde du bateau leurs cinq hommes, s'engagent bravement dans le sentier et visitent successivement deux villages illinois où ils trouvent une réception très-sympathique.
C'est Marquette qui porte la parole et fait les présents, c'est à lui qu'on offre le calumex (2) ; dans un festin où l’on servit de la sagamité, un grand chien “ du poisson, c'est à Marquette que l’on présente toujours les premiers morceaux. Pour faire honneur aux deux Français, le maître des cérémonies leur met «uns la bouche : la sagamité, après avoir soufflé dessus ; le poisson, après en avoir retiré les arêtes ; la viande, après l'avoir coupée en morceaux (8).
Marquette et dolliet reviennent au Mississipi en suivant le cours du Pekitanouï (Missouri) et continuent leur exploration.
Le calme et limpide Mississipi est transformé par la masse d’eau que lui verse le Missouri. Il devient trouble et impétueux ; il déchire ses rives et charrie des arbres entiers qui forment des îlots flottants très-dangereux pour la navigation.
Les Français atteignent le confluent de l'Ohio (37° 10’ lati-
(1) MARQUETTE, Récit des voyages, p. 258.
(2) MARQUETTE, op. cit., pp. 263, 269.
(8) MarqueTTe, op. cit., p. 264.
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tude nord, non 86°, comme l'indique Marquette). Le Père accorde en passant un souvenir aux tribus de Chaouanons qui, sur cette rivière, vivent heureuses et paisibles quand il
| plaît aux Iroquois de ne pas les troubler.
Il semble qu’à cet endroit de son récit le P. Marquette devait citer Cavelier de la Salle, probablement alors le seul
| Européen qui eût dormi dans un wigwam de Chaouanon.
Marquette ignorait-il qu’on lui devait la découverte de l'Ohio ? Peut-être. De 1669 à 1672 il fut loin du théâtre des événements, et les PP. Jésuites avaient cette découverte pour si peu agréable qu'ils n’en disent pas un seul mot dans leurs relations.
Un jour que nos voyageurs se laissaient aller au gré du courant, ils virent sur la berge une troupe d’Indiens armés de fusils. Le calumet du P. Marquette produisit son effet, c'est-
| à-dire que le combat, qui paraissait imminent, fut remplacé
par une réception très-cordiale. Ces Indiens voyaient souvent
| des Européens qui leur vendaient des étoffes et diverses | marchandises.
Un peu plus bas, en face de Mitchigamea, les mêmes
| alarmes se reproduisirent, et le calumet, agité avec persis- | tance, fit encore succéder les caresses aux menaces. Mar-
quette, bien qu'il entendît six langues, ne trouva personne à
| qui parler. Cependant il fit comprendre par signes qu’il se | rendait à la mer. IL donna de la même manière des explicalions sur Dieu et les « choses du salut », mais il n’est pas sûr d’avoir été bien compris par les Sauvages (1).
Le lendemain, Marquette et Jolliet remontent en bateau pour se rendre au village des Arkansas. Ils trouvent dans ce | village un jeune homme qui comprend l'illinois et consent à | leur servir de truchement. Par son moyen, Marquette fait les | présents d'usage et dit sur « Dieu et les mystères de notre
(1) MARQUETTE, 0p. cit., p. 268.
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» Sainte Foy » des choses que les Indiens trouvent admirables (1). Ces Sauvages voulaient même le retenir pour qu'il continuât leur instruction. Cependant, malgré leur admiration, ils proposèrent le soir même, dans un conseil, de casser la tète au prédicateur et à ses compagnons. Le chef fut heureusement d'un autre avis, et pour sauver ses hôtes, il leur dansa le calumet, puis offrit au P. Marquette le précieux talisman.
Les Français tinrent conseil de leur côté. Ayant considéré qu'ils ne pouvaient aller plus loin sans risquer d'être tués par les Sauvages ou d’être capturés par les Espagnols, ils résolurent de reprendre, dès le lendemain, la route du nord.
Ils avaient atteint le confluent de l’Arkansas, probablement le site actuel de Prentiss, soit 83° 50’ de latitude nord, et dépassé de 2 10’ les découvertes de Cavelier de la Salle.
Marquette resta dans les missions de l'Illinois et y mourut le 19 mai 1675, à l’âge de 38 ans. Le continuateur de sa relation raconte gravement que des guérisons miraculeuses furent opérées par son tombeau (2). Quand les désuites se moquent des miracles des Sulpiciens de Montr“al, ils ont ‘aison, je crois; quaud à leur tour ils prétendent en faire, ce qui leur arrive à tout instant, je me permets de ne pas en croire un seul mot. Il est certain néanmoins que les Américains ont en vénération la mémoire de Jacques Marquette.
Au mois d'août 1674, Louis dJolliet touchait au saut Saint- Louis, près de Montréal. Encore quelques coups d’aviron et
son voyage était heureusement terminé. « J’avois évité tous Q » les dangers des sauvages », dit-il au comte de Frontenac, ÀÆ (2) » en lui envoyant la carte des pays qu'il a parcourus, « j'avois (8) » passé quarante-deux rapides et j'estois prest de débarquer pt » avec toute la joye qu’on pouvoit avoir du succès d'une si Mar. » longue et si difiicile entreprise, lorsque mon canot tourna di CR M dis List SES lat, x
ron,
(1) MARQUETTE, 0p. cit., p. 284. dans (2) MARQUETTE, 09. cit., p. 302, (4)
‘ent admipour qu'il dmiration, e casser la it heureuleur dansa eux talis-
, considéré l'être tués agnols, ils du nord.
)bablement e nord, el a Salle.
ty mourut de sa relaraculeuses Jésuites se ‘al, ils ont en faire, ce ne pas en les Améri- 'quette.
saut Saintl'aviron et évité tous Frontenac, s, « J'avois débarquer is d’une si not tourna
» hors des dangers. J'y perdis deux hommes et ma cassette » à la veue des premieres habitations françoises que j'avois » quittées, il y avoit deux ans (1).
En transmettant à Colbert la carte de Jolliet, Frontenac disait : « Ila laissé dans le lac Supérieur, au Sault-de-Sainte- » Marie, chez les Pères, des copies de ses journaux que
» nous ne saurions avoir que l’année prochaine, par où vous » apprendrez plus de particularités de cette découverte, dont » il s’est très-bien acquitté (2) ».
Que sont devenus les papiers de Louis dolliet ? Ils n’ont pas moins d'importance que ceux du missionnaire. Il serait intéressant de connaître ses propres observations et de voir s’il confirme la priorité que s’attribue Marquette. Les Jésuites ont toujours dit, il est vrai, que dolliet fut le chef, mais les Relations des Missions et celle du voyage montrent certainement le contraire.
La perte de ces papiers est fort regrettable et fait ombre sur le récit d» P. Marquette.
Les Américains, qui ont le sentiment de la reconnaissance envers les pionniers de leur pays, ont consacré les noms des deux explorateurs en les donnant à divers lieux. Toutefois, la distribution des honneurs a été en raison inverse des services rendus. Sur la carte des Etats-Unis on lit sept fois le nom de Marquette (3) et une fois celui de son compagnon (4). On peut
(1) M. MarGry, Revue Canadienne, janvier 1872, p. 69.
(2) Lettre du 14 nov. 1674.
(3) Marquette, ville au sud du lac Supérieur, par 460 33° lat. n. et 8% 36° long. o. (mér. de Paris). — Marquette, ville sur la côte est du lac Michigan, par 43 55’ lat. nord et 88 42’ long. o. — Marquette, ville du Wisconsin, par 4% 43° lat. n. et 91e 26’ long. 0. — Marquette Bay, sur la côte est du lac Michigan, par 43° 58 lat. n. et 88° 46’ long. o. — Marquette Island, au nord du lac Huron, par 45° 57 lat. n. et 86° 35° long. 0. — Marquette County, dans le Wisconsin. — Marquette County, dans le Michigan.
(4) Jolliet, ville de l'Illinois, par 4le 30° lat. n. et 90° 25’ long. o. (mér. de Paris). 4
cependant, sans faire tort au premier, mettre ses titres beaucoup au-dessous de ceux du second.
Cette glorification du bon jésuite, qui doit toute sa renommée aux récits de ses confrères et à la perte inexpliquée de la copie du journal de Jolliet, donne fort à penser.