‹ La route du TchadChapitre 14 sur 68 · LES LARVES COMESTIBLES · texte numérisé non relu

LES LARVES COMESTIBLES

grande effervescence se produire au milieu de mes porteurs. C'était l'heure de la halte du déjeuner: ils se réunissaient en petits groupes, discutant très fort. Je m'informai et je tinis non sans peine par obtenir les renseignements suivants. Une caravane de porteurs qui nous avait croisés le matin, venant de Brazzaville et se dirigeant sur Loango, avait répandu au milieu de mes hommes des nouvelles alarmantes. On disait que plusieurs blancs faisant partie de la

Fig. 13. — Arrêt sur les liauls plateauv, d'après une pliotograpliie.

mission Crampel avaient été assassinés. Or, mes porteurs savaient que j'avais pour objectif d'aller rejoindre cette mission, et mes Loangos refusaient absolument de marcher dans de semblables conditions, craignant d'avoir à subir le même sort. Pour mon compte, je n'ajoutai aucun crédit à cette nouvelle, que rien ne m'indiquait comme devant être vraie. Mais il fallait du moins calmer la terreur de mes hommes, qui étaient capables de refuser d'aller plus loin et peut-être même de déserter. Je réunis donc tous mes porteurs et je leur dis de n'avoir aucune inquiétude, car je n'emmenais personne de force, et si véritablement leurs craintes n'étaient pas vaines, et qu'ils eussent à redouter d'aller plus loin,

Brazzaville, je leur rendrais leur liberté ; que, dans tous les cas, ils n'avaient rien à craindre jusqu'à ce point et que, par conséquent, ils n'avaient qu'à se rassurer.

Ce discours parut leur donner confiance.

Le lendemain, nous arrivâmes au petit poste de Comba. J'appris quels avaient été les faits qui avaient donné lieu, la veille, à l'inquiétude de mes porteurs. Les nouvelles avaient été inexactes, mais celles que j'appris ne furent malheureusement pas meilleures.

La mission qui devait remonter la rivière Sanga, et dont la direction était confiée à M. Fourneau, avait été attaquée par les indigènes. Un blanc, M. Thirier, avait été tué; M. Fourneau et un de ses compagnons blessés ; un certain nombre de porteurs loangos massacrés. M. Fourneau avait dû battre en retraite, après avoir brûle toutes ses marchandises pour ne pas les laisser aux mains de l'ennemi.

Les nouvelles que l'on avait de la mission Crampel n'étaient pas bien rassurantes non plus. Il y avait deux mois, M. Orsi mourait delà dysenterie, etl'on venait d'apprendre que l'ingénieur de la mission, M. Lauzière, qui était chargé des relevés de route, venait de mourir aussi. On était peu rassuré, me disait-on, sur le sort de la mission entière.

La situation se présentait toute grosse de difficultés à vaincre. Mes porteurs manifestaient maintenant une inquiétude que je ne pouvais plus calmer, et je redoutais qu'ils ne consentissent même pas à m'accompagner jusqu'à Brazzaville. Or, je ne l'ignorais pas, si la marche de la mission Crampel avait été retardée et si des difficultés surgissaient autour d'elle à tous moments, la principale cause en était de ce qu'il n'avait pu emmener de porteurs avec lui.

Au moment de son départ cependant, aucune mauvaise nouvelle n'était venue le frapper et entraver le recrutement. Il avait espéré trouver dans la région haute des indigènes qu'il croyait pouvoir engager comme porteurs, et l'on me disait que ses espérances avaient été déçues.

Par tous les moyens, il m'importait donc d'essayer du moins de conserver les hommes que j'avais avec moi. Je leur fis distribuer des suppléments de rations, leur promettant d'élever leur solde s'ils consentaient à m'accompagner jusqu'à Brazzaville. Les Loan-

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